L’on peut toujours continuer d’appeler de ses vœux un exode inverse de compétences grâce auquel le pays peut véritablement capitaliser sur toutes les expériences enrichissantes de sa diaspora hautement qualifiée et sur le savoir-faire acquis dans d’autres pays où ces talents ont pu réellement éclore. En fin de compte, c’est ce qui a fait de Bangalore la Silicon  Valley de l’Inde. Mais faut-il encore  préparer des politiques incitatives, qui permettent de déclencher un jour le processus du retour.

A ce jour, aucune étude n’a été réalisée pour quantifier l’impact de la fuite des cerveaux sur l’économie tunisienne. Mais d’après les estimations des organisations internationales, telles que l’Ocde ou l’Organisation internationale du travail (OIT), on sait que l’exode des compétences conduit à l’assèchement des opportunités d’innovation, à la perte d’investissements dans l’éducation, mais aussi à la dégradation et au déclin des services dans les secteurs de la santé et de l’éducation.  On sait aussi que la Tunisie figure parmi les pays africains et arabes qui se ressentent d’une fuite des compétences de plus en plus accentuée, bien qu’il s’agisse aujourd’hui d’un phénomène mondial. D’après l’Ocde, la Tunisie est le deuxième pays arabe touché par ce fléau après la Syrie. Entre 2015 et 2020, environ 3.300 médecins et plus de 39.500 ingénieurs ont quitté le pays, en quête de nouveaux horizons et de nouvelles opportunités. Pour le secteur de la santé, les conséquences de ce fléau peuvent s’avérer lourdes: en 2021, le nombre des médecins qui se sont envolés vers d’autres cieux a dépassé la barre symbolique de 1.000. Des chiffres qui révèlent que la tendance est loin d’être ralentie : l’hémorragie des départs qui concernent les métiers dits « en tension »  (tels que les ingénieurs IT et les médecins) va continuer de s’accentuer. Car, dans les pays à revenus élevés, les compétences font défaut et les secteurs de pointe en demandent davantage. En Europe, première destination des cadres tunisiens, le vieillissement de la population, mais aussi le déficit des compétences et l’exode des talents européens (dans le cadre de la mobilité circulaire) risquent d’impacter directement la croissance. L’exemple de l’Allemagne peut être, en ce sens, édifiant : en 2030, l’économie allemande, moteur de l’Europe, pourrait manquer de près de 5 millions de travailleurs. Un déficit qui devrait être comblé par les étrangers. Ainsi, l’Allemagne compte augmenter l’immigration dans toutes les branches, y compris, les ingénieurs et le personnel de santé. 

Des formations universitaires qui coûtent cher à l’Etat 

Fuyant un contexte socioéconomique difficile ou des conditions de travail rébarbatives ou à la recherche de nouvelles opportunités professionnelles,  parfois des postes de travail qui correspondent à leurs qualifications, les compétences tunisiennes ne peuvent plus se projeter dans l’avenir, bien que la majorité n’envisage pas une migration définitive. Mais cet exode massif nous amène à nous interroger sur les conséquences de ce fléau sur des secteurs compétitifs et sur l’économie d’une manière générale.

Dans un document intitulé « Quand le Maghreb perd ses talents », publié en 2019 par l’association Konrad-Adenauer-Stiftung, son auteur Amine Ben Naceur évoque « un manque de retour sur un investissement » problématique pour l’économie, mais aussi en termes de qualité de vie, étant donné que les étudiants en médecine et en ingénierie coûtent cher  à l’Etat. Une fois formés, ils mettent à profit leurs compétences et leurs savoirs acquis au service d’autres économies. « En Tunisie, par exemple, la formation complète d’un ingénieur coûte à l’Etat tunisien plus de 2 millions de dinars (550,000 euros), quant à celle d’un médecin spécialiste, elle peut s’élever jusqu’à 12 millions de dinars (3,5 millions d’euros). Enfin, c’est dans le secteur des services que le phénomène du départ massif des compétences à l’étranger impacte le plus la vie quotidienne de la population. De l’enseignement aux soins, la fuite des compétences accroît la baisse de la qualité des services et va même jusqu’à remettre en question leur pérennité », souligne le document.  Mais malgré ce tableau sombre, l’espoir est permis. L’on peut toujours continuer d’appeler de ses vœux un exode inverse de compétences grâce auquel le pays peut véritablement capitaliser sur toutes les expériences enrichissantes de sa diaspora, hautement qualifiée, et sur le savoir-faire acquis dans d’autres pays où les talents ont pu réellement éclore. En fin de compte, c’est ce qui a fait de Bangalore la Silicon  Valley de l’Inde. Mais faut-il encore, préparer des politiques incitatives qui permettent de déclencher un jour le processus du retour. 

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