Ce n’est pas une surprise, comme on pouvait s’y attendre, l’une des principales agences internationales de notation envisage de dégrader une nouvelle fois la notation financière de la Tunisie. La notation actuelle, à Caa1, est déjà l’une des plus mauvaises pouvant être accordée par une agence.  En novembre 2019, Moody’s avait dégradé la note du Liban de «Caa1» à «Caa2», tout le monde connaît la suite. A Dieu ne plaise.

La décision de Moody’s signifie que l’on va vers le défaut de payement, c’est-à-dire l’impossibilité à la Tunisie de faire face à ses engagements et à ses échéances de remboursement de ses dettes.  Deuxièmement, elle traduit la méfiance de la communauté internationale à l’égard de la solvabilité de la Tunisie. Troisièmement, cette éventuelle dégradation rendrait difficiles les négociations futures de l’exécutif pour faire face aux besoins du pays. Même pour contracter des prêts commerciaux à courtes échéances, comme pour importer les denrées alimentaires. Quatrièmement, et, selon nos sources, une profonde méfiance est largement répandue parmi les banques européennes à l’endroit de la Tunisie. Et, cinquièmement,  la mention qui est faite à la Banque centrale est très inquiétante. La BCT étant censée être une institution indépendante solvable et crédible. Moody’s ne lance pas ainsi une simple alerte, c’est bel et bien un coup de tonnerre.

L’agence de notation américaine Moody’s a annoncé, vendredi soir, 30 septembre 2022, avoir placé la note souveraine «Caa1» de la Tunisie sous surveillance, en vue d’une dégradation.  L’agence américaine a également  indiqué avoir placé la note de la Banque centrale de Tunisie sous surveillance en vue d’une dégradation. «La Banque centrale de Tunisie est légalement responsable des paiements sur toutes les obligations de l’Etat. Ces titres de créance sont émis au nom du gouvernement. Avant cette action de notation, la notation de la Banque centrale de Tunisie était «Caa1» avec perspectives négatives, rappelle l’agence, dans son rapport sur la Tunisie.

«La décision de soumettre les notes à un examen en vue d’une révision à la baisse reflète l’évaluation de Moody’s selon laquelle, en l’absence d’un accord opportun sur un nouveau programme du Fonds monétaire international (FMI), les risques de liquidité de plus en plus élevés de la Tunisie et sa position extérieure fragile, augmentent le risque de défaut».

«Les importants déséquilibres budgétaires et extérieurs de la Tunisie et les risques de refinancement élevés représentent d’importantes faiblesses du crédit qui, parallèlement aux tensions sociales, ont été exacerbées par les implications mondiales du conflit militaire russo-ukrainien». Moody’s envisage de concentrer, à cet effet, la période de surveillance sur l’évaluation des progrès accomplis par les autorités pour obtenir l’approbation par le Conseil d’administration d’un nouveau programme du FMI qu’elle juge «essentiel pour atténuer les risques de financement et de vulnérabilité externe, et en fin de compte, les risques sociaux, avant la fin de l’année».

Ce nouveau programme pourrait, selon l’agence, augmenter la probabilité de maintenir des sources de financement public suffisantes dans les années à venir, pour éviter une crise de la balance des paiements ou budgétaire ayant des implications sociales négatives.

Un accord qui représente une étape vers un programme du FMI

Les plafonds de la Tunisie restent inchangés à B1 pour le plafond en monnaie locale et B3 pour le plafond des réserves en devises. L’agence évoque, dans son rapport, une large empreinte du secteur public, des déséquilibres externes et un environnement politique et social difficile qui entrave le climat des affaires, face à des institutions relativement prévisibles, bien qu’affaiblies, reflété par l’écart de trois crans entre le plafond de la monnaie locale et la notation souveraine.

L’agence évoque, également, des déséquilibres extérieurs persistants et la dépendance à l’égard des entrées de devises étrangères qui augmentent l’exposition des entreprises aux risques potentiels de transfert et de convertibilité.

Le 19 septembre 2022, Moody’s avait réagi à l’accord conclu le 15 septembre entre le gouvernement et l’Union générale tunisienne du travail portant sur une augmentation salariale de 3,5% dans le secteur public et la fonction publique.  Elle a précisé que cet accord représente une étape vers un programme du FMI, soulignant que les besoins de financement élevés du gouvernement tunisien ne seront probablement satisfaits que par le déblocage d’un financement concessionnel, dans le cadre d’un nouvel accord avec le bailleur de fonds international.

Le 14 octobre 2021, la note souveraine de la Tunisie avait été abaissée par l’agence de notation, de B3 à Caa1, alors que la perspective négative avait été maintenue. Moody’s avait expliqué que ce déclassement reflète «l’affaiblissement de la gouvernance et une incertitude accrue quant à la capacité du gouvernement à mettre en œuvre des mesures à même de faciliter l’accès aux financements nécessaires pour répondre aux besoins de financement élevés, au titre des prochaines années».

La note Caa1, est une note dans la catégorie spéculative du classement de Moody’s pour les obligations d’entreprise à long terme, selon le dictionnaire de Nasdaq. «Les obligations notées Caa1 sont jugées de mauvaise qualité et sont soumises à un risque de crédit très élevé. La note supérieure d’un cran est B3. La note inférieure d’un cran est Caa2».

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