Kafkaïenne à tous les points de vue. Voilà comment l’on pourrait qualifier la situation que notre pays est en train de vivre. Une situation qui n’est rien d’autre que le fruit de l’accumulation des problèmes tout au long de plus de six décennies. C’est-à-dire depuis son indépendance de façade en 1956.  Une indépendance pourtant chèrement acquise mais qui, hélas, demeure fictive car notre pays est resté fortement dépendant de l’ancienne puissance coloniale. Une dépendance qui s’est aggravée de jour en jour depuis ladite date et qui a transformé tout un peuple en une simple masse de consommateurs. Il nous faudrait donc déclencher un processus sérieux capable de résoudre tous les problèmes qui traînent, comme déjà dit depuis des décennies. Pour cela, il nous faudrait organiser le plus tôt possible de vraies élections législatives et présidentielle, le pouvoir de fait, du 25 juillet 2021, doit lui aussi partir, car il a été un élément fondamental de la crise politique, économique, sociale et morale qui s’est aggravée depuis début 2020.

L’ensemble des forces vives de la nation dûment représentées pourraient calmement  tout revoir et concevoir de nouvelles politiques publiques. Nous devons  créér un nouveau pouvoir, celui de la planification stratégique, le Congrès national. Pouvoir exécutif  et pouvoir législatif seront chargés, eux, de traduire les politiques que ce pouvoir aura mis au point en programmes et plans d’action. Le tatonnement, le court terme, le rafistolage et les solutions imposées  doivent finir. Ladite institution sera, ainsi, chargée de tout remettre à l’ordre au niveau des grands choix du pays et des grandes réformes à  entreprendre. Composée des représentants de tous les organismes nationaux élus, elle donnera au dialogue national une puissance délibératoire.

Elle sera  chargée aussi de proposer dans les plus brefs délais un plan de sauvetage du pays, l’économie en premier lieu. L’organisation d’un congrès national puis son institutionnalisation sont ainsi devenues plus qu’urgentes, vitales même. Le soulèvement populaire de fin 2010-début 2011 a, certes, permis la décapitation d’un régime autocratique, pourri, mafieux et violent, mais il a échoué à faire changer les choses en profondeur. Pire, tous les conflits idéologiques étouffés tant bien que mal depuis 1934, se sont exacerbés et ont rendu la vie publique infecte.

Le régime décapité était en fait la continuité de celui qui l’avait précédé, calqué même sur lui, mafieux en sus, Ben Ali ayant été un sous-produit de Bourguiba. Les deux régimes ayant perverti la vie publique, la mentalité des Tunisiens, car ayant trahi chacun ses engagements et usurpé la souveraineté du peuple, ainsi que tous ses droits.

Le coup d’Etat de Ben Ali contre Bourguiba n’était en fait qu’un coup d’Etat de plus. Ben Ali avait motivé  son acte par l’incapacité du président en place, surtout sur le plan mental, or Ben Ali a été nommé dauphin par ce même chef d’Etat atteint de sénilité. Ce qui a rendu  sa nomination, en tant que dauphin «constitutionnel», illégale et caduque. D’où l’illégalité de tout le processus.

Sachant que le régime de Bourguiba était lui-même juridiquement illégal, et ce, au moins depuis 1975 c’est-à-dire depuis l’institution de la présidence à vie et du dauphinat. Cela suite à un amendement anti-constitutionnel de la Constitution de 1959, elle-même illégale.

Revenons à 2011 pour préciser qu’un processus vicié a été initié deux mois après la chute de Ben Ali. La destitution de ce dernier est du point de vue strictement  juridique illégale et peut être considérée comme un coup d’Etat, mais d’un point de vue élargi un acte fictif car le régime de Ben Ali était alors juridiquement  illégal. Il était un pouvoir de fait.

En abrogeant la Constitution et en dissolvant les deux chambres du Parlement, début mars 2011, le président par intérim de l’époque est devenu ainsi  illégal et aurait dû laisser la place à un conseil de la révolution. Instance provisoire qui aurait rassemblé les représentants élus de toutes les formations politiques et sociales ainsi que les différents ordres des professions libérales et les conseils universitaires.

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