1er forum Afrique-France de la transition écologique et énergétique | Alexandre Arrobio, Représentant résident de la Banque Mondiale en Tunisie : “La Tunisie peut devenir un hub énergétique régional”

Evoquant le projet sur l’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie (qui est financé par la Banque mondiale en partenariat avec l’Union européenne, la BEI et  la banque allemande de développement KFW), Alexandre Arrobio a souligné que cette interconnexion ouvre un boulevard d’opportunités pour la Tunisie et constituerait un moteur de développement économique durable et intégré dans l’ensemble de l’espace maghrébin et de l’Europe.

Intervenant lors du panel “Financer la transition écologique et énergétique en Afrique”, le représentant résident de la Banque mondiale en Tunisie, Alexandre Arrobio, est revenu sur les principaux projets d’appui à la transition énergétique en Tunisie qui sont financés par la Banque mondiale et en cours d’achèvement. Il estime que le développement des énergies renouvelables et la transition énergétique en Tunisie constituent une opportunité majeure, précisant que la Banque mondiale est en train d’investir de manière significative avec ses partenaires pour aboutir à des résultats qui peuvent être très impactants pour le pays.

Améliorer la sécurité énergétique

Arrobio a fait savoir, à cette occasion, que la Banque mondiale, s’est actuellement, penchée sur un nouveau projet sur l’interconnexion électrique entre la Tunisie et l’Italie qui sera réalisé avec d’autres partenaires, notamment la BEI, l’Union européenne et la banque allemande de  développement KFW. Il a souligné, à cet égard, qu’il s’agit d’un projet dont le coût est très élevé, il s’élève à plusieurs centaines de millions de dollars et représente une opportunité d’investissement tangible dans le contexte géopolitique actuel.

En ce sens, le projet ouvre un boulevard d’opportunités pour la Tunisie et constituerait un moteur de développement économique durable et intégré dans l’ensemble de l’espace maghrébin et de l’Europe, a-t-il affirmé.

“Il  peut permettre à la Tunisie de devenir un hub énergétique régional”, a ajouté Arrobio. Il a précisé que ce projet offre des avantages à la fois stratégiques, économiques et environnementaux, car il permettrait d’améliorer la sécurité d’approvisionnement du système électrique des pays du Maghreb et, en particulier, de la Tunisie. De surcroît, cette interconnexion favoriserait l’accès à des sources énergétiques diversifiées et l’alternance entre importation et exportation, et ce, en fonction des besoins. “En cela, ce projet améliorerait la flexibilité des systèmes, assurerait  une complémentarité des coûts de charge des systèmes interconnectés des deux côtés et favoriserait une  meilleure intégration des énergies renouvelables, étant donné leur raccordement à des réseaux de grande taille, tel que le réseau européen. Cela permettrait de renforcer la stabilité des réseaux des pays maghrébins et de mieux résister aux incidents de fonctionnement ou d’exploitation”, a-t-il argumenté.

Evoquant le contexte énergétique tunisien, le représentant de la Banque mondiale a affirmé que la question de la transition énergétique est liée non seulement à la décarbonation et au changement climatique, mais aussi à la sécurité d’approvisionnement. En effet, le pays est fortement dépendant aux importations énergétiques qui ont atteint 48% en 2021, pesant ainsi fortement sur les déficits budgétaire et courant. Arrobio a dans ce contexte mis l’accent sur la dépendance de la Tunisie à une principale source d’importation de gaz (Algérie) qui couvre 62% de la consommation nationale. “Au-delà des questions climatiques et de décarbonation, il y a une nécessité  de diversifier les sources énergétiques”, a-t-il expliqué.

Des enjeux environnementaux, économiques et sociaux

Le représentant de la Banque mondiale est également revenu sur la question de la subvention de l’énergie qui devrait atteindre, selon les estimations et suite à la hausse des prix des énergies, 5% du PIB en 2022. Selon Arrobio, le système de subvention tunisien contribue à la croissance de la demande d’énergie. Il a expliqué que la transition énergétique s’avère dans ce contexte une opportunité  non seulement pour améliorer la sécurité d’approvisionnement, réduire les coûts énergétiques et les émissions de carbone, mais aussi pour attirer les investisseurs. “Outre la forte  dépendance à une seule source d’importation et le coût élevé de la subvention, on a observé une détérioration commerciale et financière de l’Entreprise nationale de l’électricité, la Steg”, fait-il remarquer. Et d’ajouter : “Nous pensons créer une véritable fenêtre d’opportunités actuellement, notamment avec la situation géopolitique qui a émergé depuis le mois de février de l’année 2022, suite à laquelle l’Europe essaye de renforcer la recherche de nouvelles sources d’énergies”.

Arrobio a, par ailleurs, fait savoir qu’outre les objectifs environnementaux et  de sécurisation de l’approvisionnement en énergie, la Tunisie doit se conformer aux nouvelles exigences européennes, en termes de décarbonation.  En effet,  dans une dizaine d’années, et dans le cadre de sa politique environnementale qui vise à atteindre zéro net carbone, l’Union européenne exigerait la décarbonation des produits importés et fabriqués en dehors de l’espace européen.

Rappelant que le mix énergétique de la Tunisie est fortement dépendant au gaz naturel (à hauteur de 97%), Arrobio a souligné que la  participation du secteur privé  dans la production d’électricité est très limitée et que l’essentiel des coûts de cette dernière (60% à 70%) provient des achats de combustibles. Il a précisé qu’avec un taux de 3% de part d’énergies renouvelables dans le mix énergétique, “il y a un gros travail à faire”. Selon le représentant de la Banque mondiale, plusieurs  défis en matière de gouvernance, d’organisation, d’agilité et de fonctionnement relatifs aux modèles adoptés pour les concessions et les autorisations s’imposent. “Il y a un travail d’organisation et de gouvernance à réaliser là-dessus”, a-t-il ajouté.

Les priorités énergétiques à prendre en charge

Evoquant les priorités auxquelles il faut s’atteler pour débloquer la situation énergétique et réussir la transition vers les énergies renouvelables en Tunisie, Arrobio a mentionné trois  axes importants sur lesquels le gouvernement est en train de travailler avec la Banque mondiale. Le premier axe concerne la réforme du système de subvention de l’énergie. Il a rappelé, à cet égard,  qu’il est important de  passer d’un système qui cible les prix à un autre qui cible les personnes et les individus, notamment les plus défavorisés et les classes moyennes. “C’est une réforme très complexe qui est très sensible, mais qui est nécessaire vu l’impact des subventions sur les finances publiques et sur l’économie. Il est très important d’instaurer des mesures d’atténuation pour les vulnérables”, a-t-il précisé. Le deuxième axe est relatif à l’accélération de la réalisation du programme de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique. Pour ce faire,  le gouvernement a rehaussé ses objectifs en matière d’énergies renouvelables et est en train de travailler  sur les concessions et sur les différents éléments  qui vont permettre d’accélérer le déploiement des énergies renouvelables, a-t-il ajouté. Le dernier axe concerne le renforcement des interconnexions électriques régionales, notamment vers l’Europe qui ouvre, selon lui, un boulevard d’opportunités dans le domaine de l’exportation de l’énergie.  Arrobio, n’a pas omis d’évoquer l’importance du développement des énergies innovantes et alternatives, pour répondre aux problèmes de stockage, étant donné l’intermittence de  l’électricité solaire et éolienne. D’autres sujets émergents, tels que le transport (la quantité d’énergie qui peut être transportée à l’instant donné), mais aussi l’hydrogène vert et la promotion de la décarbonation des secteurs d’utilisation finale (l’industrie, le transport, l’agriculture), ont été aussi mis sur la table et font l’objet de discussion avec le gouvernement.

Les projets de la Banque Mondiale

Par ailleurs, le représentant de la Banque mondiale a rappelé les projets d’appui à la transition énergétique de la Tunisie qui sont en cours. Il s’agit, principalement, du programme de renforcement du réseau du transport et d’amélioration de la performance commerciale de la Steg, dont le coût s’élève à 160 millions de dollars. L’essentiel du montant est alloué aux  infrastructures de transport Sud-Nord en Tunisie, a-t-il précisé.

Le deuxième projet qui est en cours d’achèvement est un financement de 13 millions de dollars, qui vise à aider la Tunisie dans la préparation des études de faisabilité sur  l’interconnexion avec l’Italie. Outre les financements évoqués, la Banque mondiale fournit, également,  une assistance technique pour appuyer la Tunisie dans sa réforme du système des subventions de l’énergie, mais aussi dans l’éventuelle mise en place d’un régulateur d’électricité et sur le développement des projets d’énergies renouvelables, et ce, sans oublier l’appui de la banque à l’élaboration d’une feuille de route sur l’hydrogène vert.

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