Un cri d’alarme, lancé il y a quelques jours par l’OMS, fait état des données suivantes : 40% des médecins ont plus de 55 ans dans 1/3 des pays d’Europe et d’Asie centrale, dont la France. La Tunisie, pays connu pour l’exode massif de ses médecins et de ses cadres médicaux, sera touchée directement par ce fléau.

Selon un nouveau rapport publié le 14 septembre 2022 par l’Organisation mondiale de la santé, tous les pays de la Région européenne de l’OMS, qui comprend 53 Etats membres en Europe et en Asie centrale, sont actuellement confrontés à de graves problèmes concernant les travailleurs de la santé et des soins.

Une bombe à retardement démographique…

Dans son rapport, l’OMS s’inquiète du risque de provoquer des situations de pénurie dans les années à venir. 13 des 44 pays, ayant communiqué des données sur cette question, ont une main-d’œuvre composée de 40% de médecins déjà âgés de 55 ans ou plus… A cet égard, entre l’aggravation des écarts d’espérance de vie, la moindre consommation de soins hospitaliers, le vieillissement des professionnels de santé ou encore la baisse de la densité médicale, il n’est déjà pas simple d’obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste ou spécialiste. Et donc, le parcours du combattant sera encore plus complexe à l’heure où la situation est pourtant déjà extrêmement tendue en Europe, où il est difficile de trouver un médecin généraliste traitant ou un médecin spécialiste dans un délai et une proximité nécessaire pour l’ensemble des patients. Aujourd’hui, cette situation risque de s’aggraver davantage avec des temps d’attente importants avant traitement, beaucoup de décès évitables, voire un effondrement des systèmes de santé…

«Le vieillissement des personnels du secteur de la santé et des soins était un problème grave avant la pandémie du Covid-19, mais il est encore plus préoccupant aujourd’hui, car l’épuisement professionnel et les facteurs démographiques contribuent à une diminution constante des effectifs… Actuellement, tous les pays de la région européenne de l’OMS sont confrontés à de graves problèmes liés au personnel de santé et de soins. Il s’agit d’une bombe à retardement démographique qui menace nos systèmes de santé et qui risque d’entraîner de lourdes conséquences pour la santé partout…», alerte l’OMS.

Dix actions à mettre en place…

Pour répondre aux besoins de santé actuels et futurs, l’organisation mondiale identifie ainsi dix actions prioritaires. Afin de renforcer les ressources humaines dans le secteur de la santé, l’OMS recommande notamment de «mettre l’enseignement en phase avec les besoins de la population et les impératifs des services de santé», «de renforcer le perfectionnement professionnel pour doter les travailleurs de nouvelles connaissances et compétences» ou «d’élaborer des stratégies pour recruter et maintenir en poste les travailleurs de la santé dans les zones rurales et éloignées».

Le recours «aux outils numériques» est également sollicité par l’organisation qui préconise par ailleurs «d’instaurer des conditions de travail propices à un équilibre sain entre travail et vie privée» pour «préserver la santé et le bien-être mental des travailleurs». Finalement, mais pas moins important, l’OMS exhorte les pouvoirs publics à agir dès maintenant pour «former, recruter et maintenir en poste la prochaine génération de travailleurs de la santé et des soins».

«Remplacer les médecins et soignants qui partent à la retraite sera un enjeu crucial des gouvernements et autorités de santé dans les prochaines années. Nous implorons les pays d’agir aujourd’hui pour former, recruter et retenir la prochaine génération de soignants», indique l’OMS.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres

Contrairement à la Tunisie, les pays européens profitent, depuis plusieurs années, des compétences de nos médecins, étant donné que depuis la révolution, notre pays voit désormais fuir près de 1.000 médecins par an, soit plus que le nombre de praticiens qu’il forme annuellement. Grâce à une compétence reconnue à l’étranger, notamment en France, les médecins s’expatrient de plus en plus malgré que, depuis des années, l’exode des médecins tunisiens a toujours suscité des débats contradictoires ; si certains dénoncent avec vigueur cette fuite des cerveaux, d’autres pointent du doigt le manque d’opportunités de carrière en Tunisie, mais surtout l’absence de réforme d’un secteur livré à lui-même. Aujourd’hui, ce vieillissement des médecins en Europe explique “le chant des sirènes” adressé à nos jeunes de la part de ces pays et à l’heure où les Tunisiens pleurent leurs médecins partis à l’étranger.

Face à cette situation, Dr Faouzi Addad, médecin, cardiologue et ancien Professeur à la Faculté de médecine de Tunis, indique qu’il falloir se protéger à moyen et long terme car, la fuite de nos médecins va aller en s’aggravant vu les besoins grandissants d’ici 2030. «Il y a plusieurs solutions pour diminuer cette fuite et récupérer nos jeunes qui auront acquis une grande expertise de l’autre côté de la Méditerranée. Cela passera par l’amélioration des conditions de travail, plus d’opportunités locales et une amélioration des conditions financières. Ils doivent aussi avoir une plus grande visibilité sur leurs avenirs professionnels et personnels… Mais regarder l’hémorragie sans bouger le petit doigt aboutira à une catastrophe. Il faut aussi dès maintenant numériser la médecine pour pallier cette pénurie de médecins qui va nous toucher de plein fouet», souligne-t-il.

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