Elles sont marginalisées, sans protection ni droits, les ouvrières agricoles connaissent un quotidien de plus en plus douloureux. Sans elles, aucun produit agricole ne parviendra à notre couffin. Aujourd’hui, elles disent: «Ras-le-bol, trop c’est trop…». Il est grand temps qu’elles réclament leurs droits à une vie meilleure.

Les femmes tunisiennes des zones rurales jouent un rôle vital dans le maintien de la sécurité alimentaire, mais continuent de souffrir d’exploitation et d’exclusion. Transport indécent, conditions de travail précaires et exploitation professionnelle, marginalisées, elles sont les grandes oubliées de l’Etat tunisiens depuis toujours.

Lundi dernier, des travailleuses du secteur de l’agriculture de Sfax, Kairouan et Sidi Bouzid, ayant participé au rassemblement de protestation organisé à Tunis, ont adressé un message aux autorités, notamment les présidences de la République et du gouvernement, ainsi que les ministères concernés pour les exhorter à reconnaître leurs droits.

Dans un communiqué publié par le Forum tunisien des droits économiques et sociaux (Ftdes), elles appellent les médias, les associations, les organisations du droit de l’Homme et l’Union générale tunisienne du travail (Ugtt) à rejoindre leur mouvement de protestation qui vise à défendre leur droit de former des syndicats dans tous les gouvernorats et les délégations.

La chargée du dossier des ouvrières agricoles au Forum tunisien des droits économiques et sociaux, Hayet Attar, a indiqué que ce rassemblement de protestation observé par les travailleuses agricoles n’a été parrainé par aucune structure syndicale, soulignant que le rôle du forum est de soutenir ces mouvements spontanés afin de faire pression sur le gouvernement.

Elle a souligné que les ouvrières agricoles marginalisées réclament leur droit à un salaire décent et au transport sécurisé, en plus d’une couverture sociale et d’une retraite qui leur permettront de vivre dans de bonnes conditions après plusieurs années de labeur.

Au fait, ces ouvrières ont également sollicité l’appui de l’Ugtt, en attendant la réponse du ministère de la Famille, de l’Enfance, de la Femme et des Personnes âgées et des autres ministères concernés.

Problème chronique de transport

Alors que leurs conditions de travail sont déjà connues pour être désastreuses, la crise de santé publique a aggravé leur insécurité économique et sociale. Cela s’ajoute à des conditions de transport insécurisées, provoquant souvent des accidents mortels. 

Pourtant, le ministère du Transport et celui de la Femme ont convenu, il y a plus d’un an, de coordonner avec les différents intervenants, à l’effet d’aboutir à la mise en place d’une convention-cadre visant à appliquer l’article 22 du décret n°724/2020 relatif à la détermination des conditions de l’exercice de l’activité du transport des ouvriers agricoles.

Ledit article 22 permet aux personnes possédant des autorisations de transport public irrégulier d’exercer l’activité de transport des ouvriers agricoles dans le même véhicule exploité dans l’activité principale, à condition d’obtenir une approbation écrite d’une durée limitée auprès du gouverneur, après avoir présenté des informations sur la convention avec l’agriculteur ou une société agricole, pour transporter les ouvriers concernés.

Dans ce sens, les organisations de la société civile ont spécifiquement appelé à l’amélioration des infrastructures publiques dans l’intérieur rural du pays afin de garantir la circulation en toute sécurité des moyens de transport, tels que spécifiés dans le décret, et leur accès aux terres agricoles.

Les femmes opérant dans le secteur agricole, ces oubliées du pays et dans la précarité, sont souvent victimes d’accidents de la route. En avril 2019, on se rappelle tous, douze personnes sont mortes dans l’accident d’un pick-up surchargé à Sidi Bouzid. Un drame qui n’est pas sans lien avec l’extrême pauvreté qui perdure dans les zones rurales.

Selon le ministère de l’Agriculture, près d’un million de femmes vivent en milieu rural et 58% d’entre elles servent de main-d’œuvre agricole. Sur les quatre dernières années, le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux a répertorié quarante décès et 496 blessés liés à des accidents du même genre.

Quid des solutions ?

Comment bien structurer ce secteur, tout en garantissant les droits de ces travailleuses ? L’Etat tunisien peine à trouver les solutions adéquates depuis plusieurs décennies. Mais le problème ne se limite pas aux conditions de transport.

Une enquête menée par l’organisation La Voix d’Ève auprès de mille femmes du gouvernorat de Sidi Bouzid établit qu’au moins 94% des ouvrières travaillent sans contrat, que 97 % ne bénéficient d’aucune protection sociale et que 20% sont mineures. Des statistiques qui en disent long sur la situation de ces femmes qui basculent, jour après l’autre, dans la pauvreté et dans la précarité. Les organisations de la société civile appellent, d’ailleurs, à tout un système de protection sociale et de prise en charge destiné exclusivement à ces femmes. D’autres appellent même à la mise en place d’un office qui sera chargé des affaires de ces travailleuses dont le sort reste inconnu.

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