TROIS événements se sont produits dernièrement et sont intimement liés, quoiqu’ils relèvent, à première vue, de domaines distincts les uns des autres, comme peuvent l’être la culture, le sport et le tourisme. Chronologiquement, le championnat arabe des clubs de handball arrive en premier lieu. C’était un certain samedi 17 septembre 2022. Il est d’usage en Tunisie, comme ailleurs, que la cérémonie d’ouverture d’une grande compétition sportive donne lieu à un événement festif où le pays hôte déroule son savoir-faire en matière d’organisation de spectacles grandioses. Or, la célébration inaugurant le tournoi en question a consisté en un numéro solo de danse orientale. Si cette prestation faisait partie d’un tableau chorégraphique pensé et exécuté selon un thème et par une compagnie de danseurs et danseuses, elle aurait probablement trouvé des défenseurs. Ce n’est point le cas. Il s’agit bien d’une scène unique présentée par une danseuse esseulée au milieu d’un grand terrain. 

A l’occasion de la tenue du premier tournoi de Tunis, Jasmin Open de Monastir, du 1er au 9 octobre, des tenniswomen ont été conviées à faire une tournée dans des villes tunisiennes. Sauf que les sportives internationales sont apparues dans un drôle d’accoutrement. Une sorte de Jebba informe, hybride,ni féminine ni masculine, avec le tombé d’un sac de farine et d’une couleur indéfinie. Or, à l’occasion de la visite de la grande mosquée de Kairouan, les organisateurs auraient pu penser habiller les visiteuses de costumes de circonstance dont peut se prévaloir le patrimoine vestimentaire national, sans toutefois tomber dans le folklore. Les clichés des sportives ainsi déguisées ont fait sinon le tour du monde, du moins de leurs pays respectifs. Encore un coup de marketing institutionnel raté.

Et de trois. Pour fêter le « Mouled ». Commémoration de la naissance du Prophète, Kairouan devient la capitale du moment. Les autorités ont décidé d’y célébrer l’occasion en grande pompe.  Or, le spectacle proposé, mardi 4 octobre, « Stambeli » en l’occurrence, nous laisse pour le moins perplexes. Ni la musique, ni les tenues des jeunes danseuses, ni la danse n’étaient adaptées à la nature de l’évènement. Si c’était une dissertation écrite, l’élève aurait été flanqué d’un zéro pointé pour hors-sujet.

Notre critique des évènements sus-cités ne convoque ici ni la morale ni la religion, mais s’appuie sur un aspect artistique et purement esthétique. Les adeptes du moralisme puritain peuvent donc passer leur chemin.

Elément à décharge les caisses publiques tournent dans le vide. Un postulat de départ. Les responsables peuvent-ils faire appel aux professionnels de renom pour organiser de grands spectacles, alors qu’ils n’ont pas de quoi financer les budgets de production ni payer les artistes ? Ils sont contraints de fonctionner en autarcie quasi complète. Et cela donne à voir ces ratages grandeur nature. Toutes proportions gardées. Notre admiration est sans bornes pour ces femmes, qui, faute de moyens, se fournissent dans les vêtements d’occasion, les recyclent et les mettent au goût du jour, de telle façon qu’elles font bonne figure sans se ruiner ni tomber dans le kitch. Seulement voilà, pour ce faire, il faut disposer de certaines qualités, être raffiné, avoir de la culture et un goût sûr.

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