Un nouveau report du coup d’envoi du championnat pourrait être lourd de conséquences.

Alors que toutes les compétitions dans tous les pays monde, même ceux en guerre, ont repris, alors que les arènes des stades européens connaissent une grande liesse populaire avec des matches de la Ligue des champions de qualité qui chavirent les foules, le championnat tunisien, lui, est toujours dans l’attente du feu vert pour son coup d’envoi. Après le report de la première journée du 30 septembre, pour des raisons sécuritaires, un autre report, même s’il n’est pas annoncé officiellement, pourrait intervenir pour les matches de ce week-end. Nos équipes, après avoir été obligées, la première fois, de quitter les vestiaires deux heures avant le début des matches et de rebrousser chemin, sont cette semaine aussi dans le doute et craignent d’effectuer tous les préparatifs et les dépenses de leur déplacement pour rien et d’être enclins une nouvelle fois à retourner d’où elles sont venues. Pour une nation qualifiée en Coupe du monde, un tel spectacle est vraiment dramatique et écœurant. Quand un litige entre un club et la Fédération dégénère à un point tel que l’intérêt général est relégué au second plan, on peut dire adieu à ce football qui, malgré toutes ses imperfections et ses zones d’ombre, demeure cet opium du peuple qui nous fait regarder la vie en rose en pleine tempête de nos difficultés au quotidien. La menace à la paix sociale invoquée comme raison de ce report ne peut pas provenir de ce football censé donner de la joie. Un pays sans football, sans le sport roi, est comme un pays en deuil. Il est encore temps que chacun de son côté y réfléchisse profondément pour le bien de notre pays. Les réformes indispensables à un chantier, on peut les faire en parallèle, mais pas en arrêtant les travaux ou en démolissant toute la construction.

Réformer avec lucidité et sagesse

Dans notre football, objet de tous les reproches, il y a une grosse part de vérité avec tous ces maux qu’a énumérés le ministre de la Jeunesse et des Sports, M. Kamel Deguiche, dans sa conférence de presse assez musclée de mercredi. Sa volonté d’arrêter ces fléaux ravageurs, d’assainir le paysage sportif pour plus de transparence et de bonne gouvernance, de réformer des textes en vigueur depuis 1995 ne peut qu’être louable et on ne pourra qu’applaudir un tel courage et une telle détermination à le faire. Mais il ne faut pas s’occuper seulement de la moitié vide du verre sans penser, en même temps, à sauvegarder la moitié pleine. Les zones d’ombre ne doivent pas cacher les zones de lumière. Ce football, qui va mal, a quand même fait de bons résultats et réalisé quelques prouesses que des pays plus favorisés n’ont  pu obtenir, en nombre de licenciés, d’infrastructures et de moyens financiers. Notre équipe nationale est qualifiée pour la 6e fois en phase finale de la Coupe du monde et nos clubs participant aux compétitions africaines et arabes ont grappillé pas mal de titres haut la main. Le classement de notre championnat au niveau mondial, africain et arabe est plus qu’honorable, et nous avons laissé plus d’une nation qui nous dépasse de très loin au niveau des ressources humaines et matérielles loin derrière nous. Ce sont des chiffres qui parlent d’eux-mêmes et des acquis incontestables que nous devons prendre en considération pour ne pas tout peindre en noir et tirer à boulets rouges sur tout le monde. Il y a des responsables de club qui ont mis la main dans la poche, consenti les plus gros sacrifices personnels, en l’absence de soutien financier et de subventions en ce moment crucial de la saison, pour mettre sur pied leurs effectifs, faire des stages de préparation. Ils attendent vivement le démarrage du championnat et l’ouverture des stades au public pour avoir des rentrées d’argent, vendre les abonnements et alléger les lourdes charges qu’ils ont sur les épaules. Des joueurs, qui ont choisi le football comme métier, attendent également une partie de leurs rémunérations pour subvenir à leurs besoins et nourrir leurs familles à charge. Sans oublier d’autres intervenants liés directement à ce football business qui est un facteur de croissance économique à ne pas sous-estimer. Continuer à retarder le démarrage de ce championnat, c’est mettre tout notre football en péril au risque de casser toute la baraque. La Fifa, qui n’a pas hésité, il y a quelque temps, à mettre en garde la Fédération française de football, ne va pas être tendre avec nous si elle passe à l’action quand elle juge d’elle-même «qu’il y a ingérence des politiques dans les prérogatives de la Fédération». Voilà la vraie menace qui pèse sur notre football et que nous devons prendre au sérieux pour ne pas avoir un jour à constater trop tard l’immense gâchis et les gros dégâts. Alors, soyons sages et intelligents, et arrêtons au plus vite ce triste feuilleton qui ne peut que nous nuire.

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Charger plus par Hédi JENNY
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