La 37e édition du Festival international du film francophone de Namur (Fiff), qui a démarré le 30 septembre dernier et s’est terminé le 7 octobre, a révélé son palmarès. Nous avons eu droit en tant qu’accréditée en ligne de découvrir une sélection de films dans les catégories : compétition officielle, compétition première œuvre, pépites et doc. Retour sur les films visionnés : « Hommes d’action » de Paul Negoescu (compétition officielle), «Ashkal » de Youssef Chebbi (compétition première œuvre), « Les grands seigneurs » de Sylvestre Sbille (pépites) et « Nous les étudiants » de Rafiki Fariala (doc).

«Hommes d’action»: (Roumanie) et de corruption

Contrairement à son titre, le quatrième film de Paul Negoescu est sans action. Certes, les hommes d’action sont ceux de la police et les malfrats. Les uns contre les autres dans une histoire de corruption et de malversation. Que peut un policier anti-héros par excellence qui cherche à s’installer tranquillement dans un village contre une bande de malfaiteurs ? Chef de police d’un village de Roumanie près de la frontière ukrainienne, Illie tente de protéger les villageois et lutter contre les abus de pouvoir.

Illie qui veut installer la paix dans le village s’acharne à combattre les ennemis, ces hommes d’action. En chemin, il perd son co-équipier, mais il ne baisse pas les bras et continue la confrontation au péril de sa vie. Malgré le pessimisme de son propos, « Hommes d’action » est un western sans héros dans des paysages abandonnés où le personnage central semble être déconnecté de la réalité, mais habité par une seule chose : la justice qui l’amène à affronter cette dure réalité. Film puissant et corrosif porté par un acteur qui a su donner de la force et du caractère à un personnage rongé par l’amertume et le désespoir et avait besoin d’un redémarrage dans ce conflit.

«Ashkal » (Tunisie) : au-delà du polar

Polar noir aux accents surnaturels, le premier long-métrage de Youssef Chebbi s’aventure dans un univers mystérieux et déstabilisant. Les Jardins de Carthage sis à la banlieue nord de Tunis. La construction d’immeubles a été interrompue avec l’avènement de la révolution du 14 janvier 2011. Dans ce décor inachevé tout en béton a lieu une série de meurtres par immolation. L’enquête est menée par deux détectives Fatma (Fatma Oussaifi) et Batal (Mohamed Grayaâ) pour résoudre l’énigme. En parallèle, la Commission Vérité et Dignité tient des réunions publiques retransmises à la télévision pour dévoiler la corruption policière et rendre justice aux victimes des tortures exercées par l’Etat.

Le parti pris esthétique est renversant. Il donne une texture et un habillage fort au film. Les tonalités froides du béton accentuées par une lumière noire obscure imprègnent l’atmosphère d’un sentiment étrange et mélancolique. À mi-chemin, l’enquête bascule de manière troublante dans le surnaturel. Si le personnage de Batal, qui, en fait, n’en est pas un, est bien construit et interprété avec beaucoup de retenue et de sobriété par Mohamed Grayaâ, celui de sa co-équipière l’est moins. Toujours est-il que « Ashkal » est un film d’une bonne facture, bien structuré avec toutefois quelques réserves sur certaines scènes, à l’instar de la visite de la salle des fêtes ou encore les réunions de la Commission Vérité et Dignité.

«Les grands seigneurs» (Belgique) : les deux font la paire

Tragi-comédie à trois personnages « Les grands seigneurs » de Sylvestre Sbille est rempli de bons sentiments. Ça commence mal pour les deux protagonistes pour se terminer en beauté et fraternité. Roger n’arrive pas à joindre les deux bouts. Il s’octroie un crédit auprès de sa banque, mais le banquier Durieu le prend de haut, chose qui le contrarie considérablement. Alors, il décide d’utiliser les manières fortes en mettant les menottes au banquier et en le jetant dans une grange abandonnée. Le film prend une autre tournure lorsque Durieu propose à son kidnappeur une solution qui consiste à forcer la salle des coffres de la banque d’en face, celle de son ennemi juré. C’est alors que les deux hommes deviennent des amis autour de leur nouvelle cause commune : faire d’eux de Grands Seigneurs.

Un film bucolique filmé avec beaucoup de grâce et simplicité. Les acteurs très complices se plaisent dans des rôles en apparence simples mais qui exigent une longue expérience et de savoir-faire du métier d’acteurs. Le scénario est sobre et efficace, une sorte d’huis clos où se manifestent les préoccupations de personnes prises dans le ghetto de l’endettement et de la lutte pour la survie.

« Nous étudiants ! » (Congo) 

Ce premier long-métrage de Rafiki Fariala  met en scène Nestor, Aaron, Benjamin et Rafiki, étudiants en licence d’économie à l’Université de Bangui. Les salles de classe surpeuplées, les petits jobs qui permettent aux étudiants de survivre, la corruption qui rôde partout, Rafiki nous montre ce qu’est la vie des étudiants en République centrafricaine, une société brisée où les jeunes continuent de rêver à un avenir meilleur pour leur pays. Comme dans la plupart des pays africains, la corruption est profondément ancrée dans le système : incompétence des enseignants, harcèlement sexuel des filles, conditions de vie déplorables dans les campus sont pointés du doigt par le réalisateur qui se lie d’amitié avec ses personnages Aaron, Nestor et Benjamin. Un autre sujet important soulevé dans le film est le sexe élément clé. Chacun des protagonistes a une copine avec qui il discute d’amour, de vie commune et d’avortement.Bien que filmé maladroitement, le film répond à une nécessité impérieuse de dévoiler la réalité d’étudiants qui croient à l’ascenseur social pour relever le défi du développement de leur pays. Aaron, le plus proche de la caméra, est accusé de viol par la tante de sa petite amie ce que nie cette dernière dans une scène au commissariat. Mariés, les deux tourtereaux donnent naissance à des jumelles, mais la famille de la jeune fille continue d’exiger une compensation pour viol sous forme d’une chèvre et de six poulets. Une autre scène cocasse, mais qui en dit long sur la réalité du pays, est celle où Aaron sur une moto avec sa femme et ses deux filles, une chèvre et deux poules se rendent à l’église pour obtenir une bénédiction du prêtre et sacrifier les animaux.La vie estudiantine n’est pas simple pour les étudiants congolais en raison des conditions de vie pénibles. Rafiki Fariala a le mérite de mettre en lumière des jeunes qui ont l’espoir d’un avenir meilleur.

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