Parmi les films proposés dans la version en ligne du 37e Fi de Namur, nous avons visionné trois films, une fiction et deux documentaires qui rendent hommage aux femmes et à leur combat quotidien pour de meilleures conditions de vie. Il s’agit de «Les femmes préfèrent en rire» de Marie Mandy, «Sœurs de combat» d’Henri de Gerlache (Doc belge) et «Trois nuits par semaine» de Florent Gouelo (Compétition première œuvre). Retour sur ces films.

«Trois nuits par semaine» : Dans la peau d’une femme

Dans cette romance sur l’univers des drag-queens, Florent Gouelo, dont c’est là le premier long-métrage, nous fait pénétrer dans le monde étrange et fascinant des travestis à travers le personnage de Baptiste, photographe en couple avec Samia qui fait la rencontre d’une jeune drag-queen de la nuit parisienne. Émerveillé par l’univers flamboyant de ces hommes travestis en femmes, il les prend en photos pour un projet d’exposition sur «le contraste», mais très vite il entame une relation avec Cookie–Quentin, le jeune homme derrière la drag-queen.

«Trois nuits par semaine » de Florent Gouelo

Un sujet audacieux où la question du voyeurisme est vite balayée pour laisser place à l’amour et l’amitié dans cette communauté souvent marginalisée par la société. Baptiste est troublé par Cookie qui, le soir venu, se transforme en femme attirante puis, une fois le spectacle terminé, redevient un homme. Le fi lm n’aborde pas la question du double, mais reste en surface et ne dévoile jamais les raisons de ce travestissement. Il y a une fascination pour ces personnages qui vendent du rêve et du bonheur aux gens dits «ordinaires», mais derrière le fond de teint et les strass se cachent une tristesse profonde et une douleur diffuse.
Il est clair que Cookie n’accepte pas sa condition de travesti. La preuve est qu’il n’apprécie pas que son vrai visage soit exposé publiquement. Il veut garder intact le côté mystérieux de son rôle. Car il s’agit bien d’un personnage qu’il joue mais qu’il garde secret. Comme quoi se mettre dans la peau d’une femme n’est pas chose aisée. Par ailleurs, sur le plan esthétique, l’image soignée aux couleurs chaudes reproduit l’ambiance de la nuit avec ses néons et ses paillettes. Les acteurs ont endossé avec brio leur rôle de femmes. Un fi lm à la fois osé et engagé.

«Sœurs de combat » (FranceBelgique) : Sauver la planète

Documentaire sur le militantisme, la résistance et l’engagement de jeunes femmes qui s’engagent pour sauver la planète de la destruction sauvage de la nature, en l’occurrence les forêts. Julia Butterfl y Hill, une Américaine, s’est engagée corps et âme depuis 20 ans pour sauver une forêt de la destruction au nord de la Californie. Elle sacrifie sa jeunesse dans ce combat en se réfugiant durant deux ans en haut d’un arbre qu’elle a surnommé «Luna». Son histoire fait écho auprès de jeunes femmes activistes qui se sont mobilisées, un peu partout dans le monde, pour lutter contre la déforestation et le dérèglement climatique. Anna, Adelaide, Luisa, Leah, Lena et Mitzi organisent des manifestations et des sit-in dans leurs pays pour attirer l’attention des responsables politiques sur le danger qu’encourt la planète. Les sœurs de combat ne se connaissent pas, mais ont le même objectif : faire des pressions notamment médiatiques pour faire flancher les grosses compagnies. Réalisé frontalement, le documentaire s’appuie sur les témoignages des femmes en se servant parfois d’images d’archives. Le fi lm montre que la persévérance paie puisque la compagnie en question abdique et cesse d’abattre sauvagement les arbres. Le documentaire n’approfondit pas le sujet mais reste intéressant sur des valeurs liées aux droits humains. Scène émouvante de la fi n du fi lm lorsque Julia descend de l’arbre et cache son visage dans la terre pour pleurer. Une victoire dignement gagnée au terme d’un long combat pour sauver un arbre millénaire de l’abattage.

«Les femmes préfèrent en rire» (France Belgique) : Sur les pas des humoristes

Documentaire retraçant les portraits de Constance, Alexandra Pizzagali, Farah, Tania Dutel, Laura Domenge, Nicole Ferroni, Roukiata Ouedraogo, Florence Mendez et Samia Orosmane, représentantes de la nouvelle génération de femmes humoristes, stand-uppeuses et comédiennes francophones. Le fi lm interroge les liens entre humour au féminin et combats féministes à travers des témoignages et des extraits de spectacles. Dans un domaine où la majorité des humoristes sont des hommes, difficile pour des femmes d’accéder à la scène comique sans se faire rejeter. Le fi lm commence par une brève histoire du rire au féminin et cite les pionnières : Jacqueline Maillan et Zouc.

«Les femmes préfèrent en rire » de Marie Mandy

Puis une autre génération a pris la relève Muriel Robin, Valerie Lemercier et Florence Foresti qui ont gagné en popularité. Les nouvelles humoristes tentent de déconstruire l’image de la femme douce et fragile en passant par la violence des mots pour secouer les mentalités. Les sujets abordés sont souvent tabous et flippants comme le corps de la femme, le harcèlement sexuel, la violence conjugale, le patriarcat, la maternité et autres soucis du quotidien. Combattre les préjugés par l’humour, tel est leur vocation. Tout au long du documentaire, ces jeunes humoristes parlent sur un ton tantôt amusé, tantôt sérieux sur leurs expériences et leur engagement pour faire évoluer les mentalités. Tourner en dérision en abordant sa vie n’est pas évident. Il faut subir les lots d’insultes allant jusqu’aux menaces de mort proférées sur les réseaux sociaux. «Les femmes préfèrent en rire» revalorise le combat des humoristes qui ont droit de cité autant que leurs collègues hommes.

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