Les agences de notation Moody’s et Fitch Ratings ont publié successivement des rapports passant en revue l’évolution du système bancaire tunisien. Il en ressort que la rentabilité des banques tunisiennes, qui a rebondi près des niveaux d’avant la pandémie au premier semestre 2022, devrait contribuer à atténuer les conditions d’exploitation plus faibles, mais les risques de crédit émergent, avec des indicateurs de qualité des actifs qui se détériorent déjà, indique Fitch Rating.

Selon Fitch Rating, «la baisse des charges de dépréciation et la hausse des taux ont entraîné le fort rebond de la rentabilité au premier semestre 2022, le rendement annualisé des capitaux propres moyens du secteur augmentant à 16 % (2021 : 10 %), proche de son niveau de 2019 de 17 %. La marge nette d’intérêt moyenne des plus grandes banques a augmenté à 4,0 % au premier semestre 2022 (2021 : 3,8 %), car les hausses de taux ont eu peu d’impact sur les coûts de financement, compte tenu de la forte proportion de comptes courants et d’épargne à faible coût».

Et d’ajouter : «La rentabilité opérationnelle a été stimulée par la baisse des charges de dépréciation, qui ont consommé, en moyenne, 31 % du bénéfice avant dépréciation (2021 : 43 %). La hausse des taux d’intérêt devrait continuer de soutenir la rentabilité». L’agence de notation estime qu’après avoir relevé le taux directeur de 25 points de base, prévoyant toutefois de nouvelles hausses en raison de la persistance d’une inflation élevée et de la dépréciation du dinar tunisien à des niveaux records par rapport au dollar américain, elle doute que «les charges de dépréciation soient suffisantes pour contrebalancer les risques, compte tenu des mauvaises conditions d’exploitation et de la détérioration de la qualité des actifs.» L’inflation élevée, la hausse des taux et l’instabilité politique mettent la pression sur les emprunteurs, et le ratio moyen prêts douteux/prêts bruts des neuf plus grandes banques (hors STB Bank) a augmenté à 11,7% à la fin du premier semestre 2022. D’un autre côté, l’exposition des banques tunisiennes au risque souverain (hors entreprises publiques) était de 16% des actifs du secteur, à fin mai 2022, soit environ 90 % des fonds propres du secteur.

Pertes substantielles

Cette situation pose des risques pour le secteur, en raison de l’insuffisance des fonds propres. «Les expositions aux risques du secteur bancaire tunisien sont majoritairement en monnaie locale, ce qui signifie qu’une restructuration de la dette de l’Etat en monnaie locale pourrait lui causer des pertes substantielles».

L’analyse de Fitch Rating indique que le système bancaire tunisien est relativement peu sensible au resserrement des conditions financières mondiales, compte tenu de sa faible dollarisation, ce qui limite les risques de refinancement.

Selon la même source, «les banques souscrivent à un volume conséquent de bons d’Etat pour financer le déficit public et 1% seulement des dépôts des clients du secteur sont libellés en devises étrangères. Cependant, un ralentissement de la croissance des dépôts, conjugué à des demandes de refinancement accrues de la part de l’Etat, pourrait engendrer de nouvelles pressions sur les liquidités».

D’autre part, l’agence a précisé que la marge nette d’intérêt moyenne des plus grandes banques a augmenté à 4% au premier semestre 2022 contre 3,8% en 2021, et ce, en raison de l’effet peu significatif des hausses de taux d’intérêt qui ont limité, relativement, les coûts de refinancement, compte tenu de la forte proportion de comptes courants et d’épargne à faible rendement.

Abaissement pressenti de la note souveraine

De son côté, l’agence américaine Moody’s a annoncé avoir placé sous surveillance la note de la Tunisie (Caa1) pour une éventuelle dégradation, sur une période couvrant les pourparlers avec le FMI pour un nouveau programme d’appui financier, jugé crucial pour le pays. A ce titre, cinq banques tunisiennes sont concernées par l’abaissement pressenti de la note souveraine, et pourraient donc à leur tour voir leurs notes de dépôts bancaires à long terme abaissées, à savoir l’ATB, Amen Bank, la BT, la BIAT et la STB.

L’agence de notation a fait savoir également qu’elle a abaissé les évaluations de crédit de base (BCA) d’Amen Bank, ATB et BIAT à Caa3 et elle a ajusté BCA de la STB.

L’agence américaine estime qu’en l’absence d’un accord final  avec le FMI sur un nouveau programme d’appui financier, le risque de défaut de la Tunisie sera aggravé par la détérioration de sa position extérieure  et des risques de liquidité. La Tunisie est face à des déséquilibres budgétaires importants et des tensions sociales.

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