«Plusieurs employés vont être mis à la porte. Il ne faut pas oublier que les produits innovants ne seront plus en mesure d’être enregistrés dans notre pays et que l’accès à l’innovation sera fortement impacté. Une situation regrettable qui ne fera qu’amplifier la crise».

Le manque de liquidité commence à impacter plusieurs secteurs dans le pays et pousse certains représentants d’entreprises étrangères à quitter le pays. Tout récemment, des laboratoires pharmaceutiques étrangers de renommée internationale implantés en Tunisie ont perdu patience et ont pris l’amère décision de plier bagage.

Tout un système à revoir

Contacté par La Presse, le directeur général des laboratoires Adwya, Tarek Hammami, explique qu’il s’agit «d’un départ annoncé» pour certains laboratoires, dont Novartis et GSK, en raison du grand retard de paiement accusé de la part de la Pharmacie centrale de Tunisie (PCT) et les difficultés encourues par ces laboratoires pour enregistrer leurs nouveaux produits. Ce sont-là les deux principales causes qui ont conduit à cette situation.

Pour ce qui est de l’impact de cette décision, il nous a fait savoir que ceci portera, sans nul doute, ombrage à l’image de marque de la Tunisie.

«Plusieurs employés vont être mis à la porte», regrette notre interlocuteur. «Il ne faut pas oublier que les produits innovants ne seront plus en mesure d’être enregistrés dans notre pays et que l’accès à l’innovation sera fortement impacté. Une situation regrettable qui ne fera qu’amplifier la crise».

Que faire alors et quelles solutions préconiser? Il faut en prime lieu que la Pharmacie centrale, qui détient le monopole d’importation et de distribution des médicaments, s’acquitte de sa dette et paye ses factures, ceci ne veut pas dire que la faute incombe à cette institution, mais c’est à l’Etat de revoir tout le système de payement et de prise en charge des médicaments. Encore faut-il faciliter les mécanismes d’enregistrement et aussi de la prise en charge pour le remboursement des produits innovants, ce qui nous conduit à la nécessité de mener une réflexion globale autour de tout le système avec la participation de toutes les parties concernées en vue de trouver les solutions adéquates et pour que ces laboratoires ne soient pas acculés à quitter le pays et aussi pour préserver l’image de marque de la Tunisie.

La pénurie de certains médicaments risque de s’aggraver  

De son côté, Aida Chekir, pharmacienne officinale à La Marsa, banlieue nord de Tunis, déclare à La Presse que cette décision est lourde de conséquences du fait qu’elle impactera la vente de produits pharmaceutiques fabriqués en sous-traitance dans notre pays.

Elle évoque les mêmes causes citées par le directeur général des laboratoires Adwya, Tarek Hammami, qui ont conduit à cette décision subséquente, à savoir le défaut de paiement du côté de la PCT.

Le spectre de la pénurie de certains produits n’est pas à exclure non plus, ce qui aggravera la situation des patients au cas où les pharmaciens ne disposeraient pas de médicaments génériques.

«Il ne faut pas cependant faire d’amalgame, il s’agit pour certains laboratoires du départ d’équipes de promotion médicale même si des produits sont fabriqués en sous-traitance dans d’autres laboratoires tunisiens», indique la pharmacienne officinale. «A ne pas confondre donc avec le domaine de l’Industrie pharmaceutique en général dans le pays».

«Cela dit, il ne faut  pas aussi minimiser l’impact de cette décision, met-elle en garde, puisque la sous-traitance de fabrication et de conditionnement des médicaments ne sera plus possible, ceci sans compter le licenciement  de plusieurs employés».

Plusieurs médicaments sont actuellement introuvables dans les pharmacies en Tunisie  en raison de l’endettement de la PCT et la situation risque de s’aggraver encore plus en raison de la grande crise par laquelle passe le pays.  

Des multinationales implantées localement et qui fabriquent sous licence auprès de plusieurs industriels tunisiens (GSK, Novartis, BMS, Abbott, Merck, Servier) ne peuvent qu’abdiquer dans de pareilles conditions. Le président du syndicat des pharmacies privées, Naoufel Amira, n’a fait que le confirmer dans une récente déclaration à une radio privée.

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