«En Tunisie, selon les chiffres de l’Institut national de la statistique, le taux de chômage s’élève à 28% chez les diplômés de l’enseignement supérieur. La solution est de revoir son plan de carrière et se créer l’emploi dont on a toujours rêvé, alliant passion et savoir-faire. Grâce à la Reconversion professionnelle, nous mettons en exercice nos compétences de cœur où les carrières ne sont plus linéaires », proclame Abir Jlassi Sdiri, experte et formatrice en digital « marketing & E.business », master NLP- hypno thérapeute et transformation coach ICF.

Le digital est en plein progrès. Pensez-vous qu’il permette d’ouvrir de nouveaux horizons sur le marché de l’emploi ?

Absolument, le digital a ouvert grandes les portes pour le e-business, le e-commerce et aux différents types d’entreprises à s’élargir et accroître leurs activités en local et à l’international. Avec son aspect instantané, direct et universel, le digital permet de défier le temps et l’espace à moindres coûts. Désormais, c’est une obligation pour toute entreprise veillant sur la viabilité de son activité et visant une croissance continue. Les managers et les décideurs font appel de plus en plus aux compétences qui maîtrisent les ficelles du digital d’où la naissance des métiers de l’avenir comme le Data Scientiste, Uxer, Référenceur Web et Mobile, Social Media Manager, Copywriter, Growth hacker…

Aujourd’hui, le digital a-t-il de l’avenir dans nos entreprises malgré les crises vécues dans le pays ?

Certainement si ce n’est pas le majoritaire. Les entreprises, désormais sensibilisées par l’importance de la transformation digitale et la nécessité d’instaurer une culture digitale au sein de leurs organisations, se mettent à la recherche des profils qualifiés. Ces profils doivent être dotés, à la fois, de savoir-faire et d’expérience qui peuvent conduire au mieux et avec sérénité le passage à l’ère du digital. Nous observons les secteurs les plus sensibles en traitement d’information et de données, à savoir les banques et les assurances, qui se transforment de l’intérieur depuis des années et d’une façon exponentielle en période de la crise du Covid-19 pour mettre en place des solutions digitales permettant de créer de la valeur ajoutée, une communication interne transparente, fluide et rapide et surtout une meilleure relation client qui dégagent un processus d’amélioration continue d’où le principe du « Consommateur Acteur ». Des solutions innovantes, avec un mode d’utilisation facile, qui mettent l’humain au cœur de l’activité. Les employeurs soucieux de toutes ces exigences lancent des recherches permanentes et pointues pour renforcer leurs rangs avec des profils dotés d’une parfaite maîtrise du terrain et certifiés sur les méthodes et des logiciels les plus demandés sur le marché de l’emploi.

Quels sont les obstacles qui peuvent être rencontrés lors d’une reconversion professionnelle ?

Le premier obstacle concerne la peur du changement, ce qui rend le passage à une nouvelle expérience un peu plus rigide. S’attacher à sa zone de confort et s’enfermer dans les calculs de risques en considérant la stabilité du poste comme étant le meilleur des acquis. Ceci empêche plusieurs personnes à franchir le cap et peut engendrer un tiraillement entre les passions et les besoins, voire encore plus entre le contrôle insuffisant et l’incertain prometteur chez les plus courageux.

L’âge et le nombre d’années d’expérience dans un domaine bien spécifique peuvent être aussi un frein ou un motif d’hésitation face à une reconversion professionnelle. La personne se lance dans un questionnement interminable entre ses acquis du passé et le risque de la remise à zéro du compteur, généralement avec des collègues et des confrères plus jeunes.

La polyvalence, je la remarque aussi parmi les arguments les plus évoqués chez une grande partie de mes coachés et apprenants lors de mes accompagnements et formations en reconversion professionnelle. Un profil polyvalent trouve souvent du mal à se concentrer sur l’une de ses spécialités surtout en phase du lancement de son projet ou en reconversion professionnelle. Ce dernier a, souvent, tendance à mettre en valeur l’intégralité de ses compétences, soit pour éviter un manque à gagner, soit pour se donner du poids au sein de sa nouvelle équipe ou à l’égard de sa hiérarchie ; ce qui se traduit, dans la plupart des cas, par une mauvaise canalisation des efforts et la personne se sent de plus en plus éparpillée.

Le plus important est de remettre ces obstacles à leur vraie place : la résistance au changement empêche le progrès et la découverte de nouvelles perspectives. L’âge en reconversion professionnelle est considéré comme un critère de maturité et une expérience considérable à exploiter. Une polyvalence bien accompagnée est la solution miracle en situation de crise ou manque d’effectif. Avec un bilan de compétences approfondi, tout ira dans le bon sens.

Comment obtenir un bon résultat dans le cas d’une reconversion professionnelle ?

« La grande démission » ou le phénomène de la reconversion professionnelle est de plus en plus réputé dans les pays secoués par des crises économiques récurrentes ou chez ceux ayant un taux élevé de jeunes chômeurs diplômés  comme aux Etats-Unis. Il a pris son ampleur en Europe où la France enregistre, dans son premier trimestre de 2022, plus de 470.000 employés qui ont quitté leurs emplois en CDI pour un changement de métier ou de statut, soit ainsi une hausse de 20% par rapport à 2019. En Tunisie, selon les chiffres de l’INS, le taux de chômage s’élève à 28% chez les diplômés de l’enseignement supérieur. La solution est de revoir son plan de carrière et se créer l’emploi dont on a toujours rêvé, alliant passion et savoir-faire. Grâce à la reconversion professionnelle nous mettons en exercice nos compétences de cœur où les carrières ne sont plus linéaires.

Pour réussir sa Reconversion Professionnelle et vivre sereinement de sa passion, les jeunes sont amenés à identifier avec précision les sources d’insatisfaction dans leurs situations ou leurs postes actuels. Il s’agit d’un travail d’introspection sur soi, qui permet aussi de dévoiler sa vraie motivation, cette flamme qui ne s’éteint jamais face aux obstacles. Avoir une idée claire sur le cadre de travail désiré : sur terrain, en « open-space », en « remote » ou autres… le style de management qui convient au mieux et qui permet de libérer son plein potentiel. Définir ses priorités : famille, argent, temps, épanouissement au travail, flexibilité, échange d’expériences…Connaître ses passions et penser à les rentabiliser sont le noyau de ce processus. Je recommande surtout de prendre son temps durant cette phase et de s’assurer qu’il s’agit bien d’une reconversion professionnelle qui propose une solution durable et non pas d’une amélioration de conditions de travail pour donner un nouveau souffle à sa carrière.

Parler de votre projet de reconversion professionnelle permet de collecter des retours d’expériences de personnes qui ont vécu cette expérience, le feedback des professionnels du domaine est précieux. La famille et l’entourage peuvent soulever le voile sur des zones que vous négligez ou ignorez. Accepter le jugement et les critiques dans un premier temps permet de se préparer moralement et bien fonder ses arguments non pas pour se justifier, mais pour être certain de ses choix. Il s’agit d’une mûre réflexion qui mérite d’être analysée dans lequel ses différents angles. Dans un deuxième temps, il est indispensable de bien se former sur ce nouveau métier ou domaine dans lequel vous désirez entreprendre afin de le maîtriser et gagner en autonomie. L’étape qui rend l’expérience de reconversion professionnelle plus fluide pour un débutant est de se faire accompagner par un coach professionnel, un mentor ou un incubateur pour les jeunes entrepreneurs qui travaillent avec lui sur son bilan de compétences, son « Ikigai ». Il s’agit d’une méthode japonaise qui permet de trouver sa mission de vie et « sa raison d’être » pour une traduction fidèle. Il faut que ces accompagnateurs  l’aident à identifier son objectif « Smart » de cette reconversion et plusieurs autres outils d’introspection…

Comment réorienter les jeunes dans les métiers du digital ?

Penser se convertir en l’un des métiers du digital car le marché de l’emploi est demandeur ! Le domaine du digital est très exigeant, il s’ouvre aux profils créatifs, proactifs, ayant des connaissances techniques approfondies et surtout beaucoup de professionnalisme. Les métiers du digital sont étroitement connectés et complémentaires, ils respectent les différents types d’intelligence où on peut exploiter le potentiel de nos cinq sens : les « Data Scientists », les spécialistes « ADS » libèrent et exploitent leur intelligence logico-mathématique en interprétant les indicateurs et en pilotant les budgets des campagnes. Les « copywriters », les référenceurs trouvent du plaisir dans la rédaction de contenus appropriés à leurs cibles et dévoilent leurs talents en intelligence « verbo-linguistique ». Les designers graphiques, les « Uxers » ne comptent pas les heures quand ils sont plongés dans les maquettes, les « journey maps » où ils donnent les rênes à leur créativité et leur intelligence « spatio-visuelle ». Les « social media managers » et « community managers » adorent manifester leur intelligence interpersonnelle en s’échangeant avec leurs communautés ou en inventant des « teasings », lançant une  « Jacking news » ou drainant des feedbacks et témoignages. Quant aux développeurs et intégrateurs, ils sont généralement en « deep work » pour coder de la manière la plus intuitive et ergonomique les plateformes et les applis pour une meilleure expérience client où ils se servent énormément de leur intelligence intra-personnelle. Les « content creators » et « concepteurs vidéos » jonglent avec les transitions, les fonds musicaux et les séquences en se servant au mieux de leur intelligence « musico-rythmique ». L’intelligence kinesthésique, dite corporelle, est utile pour le chef de projets qui assure la coordination entre tous les services opérant sur le projet digital, il a besoin de se déplacer entre les équipes, vérifier les documents et les livrables, le projet prend forme sous ses yeux avant de passer en production.

Pour atteindre ce plaisir au travail, je recommande de bien connaître ses réelles motivations, ses points forts et ses faiblesses, une « Swot » du profil est indispensable avant de se lancer en reconversion professionnelle, surtout dans le domaine du digital où le rythme est rapide, et le dynamisme  primordial.

Une fois le métier adéquat à sa personnalité repéré, une formation approfondie en cette spécialité s’impose. Pour réussir le choix de sa formation, je recommande de bien étudier les programmes proposés et ne se fier qu’aux formateurs spécialistes du métier ayant une longue expérience du terrain, ceux qui sont sollicités par des organismes et des enseignes de confiance et ayant les diplômes et les certifications qu’ils vous proposent d’obtenir à la fin de la formation. Une formation certifiée axée sur la pratique permet de reconnaître vos compétences acquises et assurer votre autonomie dans la gestion des projets et campagnes.

Avant de franchir le cap, je conseille souvent à mes apprenants et coachés de tester l’expérience par le biais d’un stage, d’une mission en freelance, ou même proposer leurs services en bénévolat.

Quels conseils pouvez-vous donner à un débutant ?

La reconversion professionnelle dans le digital permet de travailler et d’apprendre en parallèle, il s’agit d’un domaine très dynamique et riche en informations où on apprend sur le tas. Plus on pratique, plus on dévoile des astuces. Je travaille au quotidien avec mes équipes et les apprenants sur la méthode de « learn by doing ». Dans le digital, les curieux, ceux qui testent en premier les solutions et les outils réussissent mieux en résultat, temps et efficacité. Des formations en « blind learning » et une riche documentation sont disponibles sur Internet permettent aux apprenants d’avoir plus de flexibilité en termes de disponibilité. Des plateformes internationales de freelancing sont accessibles à tous, aux débutants comme aux experts qui affichent tous les détails des actions demandées par projet et par spécialité ainsi que les rémunérations, ce qui peut être très encourageant.

La peur est le handicap imaginaire face à toute épreuve réussie ! Connaître les motifs de cette émotion bloquante, voir si c’est réaliste ? Si c’est vraiment freinant ? Et se concentrer sur les opportunités qui pourront s’ouvrir, s’informer plus et échanger avec les personnes qui ont réussi cette expérience afin de tirer des enseignements de leurs parcours.

Le numérique offre-t-il des solutions économiques ?

Certainement, et l’expérience de la crise sanitaire du Covid-19 est un exemple parlant. Seules les entreprises qui avaient une présence digitale, des solutions en ligne permettant la mise en relation avec leurs clients, partenaires et collaborateurs ont pu la surmonter. La demande des profils dans le domaine du digital s’est multipliée dans le monde entier, surtout avec l’intégration du télétravail et la révision du code de travail dans plusieurs pays, y compris en Tunisie. Embaucher des spécialistes en digital dans son entreprise ou faire appel à des agences spécialisées dans le « e-business » qui engagent des profils qualifiés réduisant énormément les frais de déplacements pour la prospection des marchés lointains. Tout peut être assuré par un bon profil en « social selling » sur les réseaux sociaux et les sites communautaires relatifs au secteur d’activité. Les publicités payantes ADS sur les moteurs de recherche et les médias sociaux peuvent être une meilleure alternative en cette phase de crise économique qui allie à la fois proximité et maîtrise du budget. Les consommateurs dans différents pays dotés d’une bonne couverture internet ont dépassé la barre des 90% des recherches effectuées sur la Toile avant de faire un achat au magasin ; ce qui incite les annonceurs et les entreprises et les marques à engager de plus en plus des spécialistes en digital pour le référencement naturel, l’analyse de la data et l’amélioration de l’expérience client sur leurs interfaces web et mobile.

Est-ce que la nouvelle génération peut être la solution pour une économie prospère et stable ?

La solution est, certes, entre les mains de cette nouvelle génération, plus à l’aise avec l’évolution technologique, curieuse et ambitieuse. La reconversion professionnelle dans le digital est ouverte à tout le monde, tout genre et âge confondus. Un bon encadrement de cette jeunesse, fondé sur les principes des neurosciences au service du digital, ainsi que le travail sur des projets et concepts challengeants peuvent contribuer à l’essor de l’écosystème tunisien et le développement continu et stable de notre économie. 

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