Le timing de la correspondance adressée par la Fifa, demandant des éclaircissements sur des soupçons d’ingérence politique dans les affaires du football, est suspicieux. Une chose est sûre : on n’a jamais atteint un niveau si bas dans la gestion des affaires publiques, celle du football en particulier.

Les conflits personnels ont-ils atteint un degré qu’on passe outre l’intérêt national ? La question se pose en toute légitimité quand on apprend que la Fifa a adressé une correspondance à la FTF il y a quatre jours lui demandant des éclaircissements sur des soupçons d’ingérence politique dans les affaires du football. «Il a été porté à notre attention que les autorités étatiques sembleraient vouloir s’immiscer dans les affaires et la gestion de la FTF, notamment en envisageant la dissolution du Bureau fédéral de la FTF. A cet égard, nous souhaiterions vous rappeler que les associations membres de la Fifa sont statutairement tenues de gérer leurs affaires de manière indépendante et sans influence indue de tiers (cf.art 14, al.1lit.i) et art.19 des statuts de la Fifa)», peut-on lire dans le courriel adressé au secrétaire général de la FTF en date du 24 octobre 2022.

L’équipe de Tunisie privée du Mondial ?

Le plus grave dans la correspondance de la Fifa est sa menace brandie de priver l’équipe de Tunisie de la Coupe du monde et de suspendre la participation de nos équipes aux compétitions continentales interclubs : «Tout manquement à ces obligations peut entraîner des sanctions prévues dans les Statuts de la Fifa, pouvant aller jusqu’à la suspension de la fédération concernée, et ce, même si l’influence d’un tiers n’est pas imputable à l’association membre (cf. art. 14 al. 3 des statuts de la Fifa)».

La Fifa exige une réponse de la FTF au plus tard aujourd’hui: «Compte tenu de ce qui précède et afin d’évaluer pleinement la situation, nous vous prions de bien vouloir nous fournir, d’ici à vendredi 28 octobre 2022, la position de la FTF et plus de détails de la situation susmentionnée».

En d’autres termes, la participation de l’équipe de Tunisie à la Coupe du monde dans un mois et la poursuite de l’aventure africaine de nos quatre clubs, l’EST en Ligue des champions ; le CA, l’USM et le CSS en Coupe de la CAF, dépendent du contenu de la réponse de la FTF, mais aussi de la lecture qu’en peuvent faire les responsables de la Fifa.

Mais qui a parlé d’ingérence à la Fifa ?

La correspondance de la Fifa intrigue par son timing, mais aussi par son contenu. D’abord le timing à un mois du coup d’envoi de la Coupe du monde, ce qui met en danger la participation de notre team national à ce rendez-vous, mais met aussi en péril la participation de nos clubs aux compétitions africaines.

Volet contenu, la correspondance de l’instance mondiale de football évoque ce qui suit : «Il est porté à notre attention…». La question porte donc sur l’identité de la personne qui a parlé d’ingérence à l’instance mondiale et qui a sans doute un accès privilégié aux couloirs de la Fifa.

Sur ce point, un détail intrigue. Le courriel de la Fifa porte la signature du Directeur de la division Associations membres, Kenny Jean-Marie. Une signature faite à Paris. Ce n’était donc pas malin de la part de Wadii El Jarry de s’afficher à Paris aux côtés de Gianni Infantino! D’ailleurs, on est curieux de connaître le contenu de la réponse qu’adressera aujourd’hui la FTF à la Fifa.

Dans cette affaire de correspondance de la Fifa, il n’y a pas que Wadi Jary pointé du doigt, même s’il a une grande part de responsabilité en ce qui concerne la nature tendue de la relation avec la tutelle. Une relation si tendue qu’on est en face aujourd’hui d’un conflit déclaré entre la FTF et le ministère de la Jeunesse et des Sports, ou disons plutôt entre Wadii El Jary et Kamel Deguiche.

L’un comme l’autre n’ont pas suffisamment soigné leurs déclarations en public et n’ont jamais su, d’ailleurs, dépassionner le débat public, l’associant à leurs personnes au détriment de leurs statuts de personnalités publiques.

Bref, si le timing de la correspondance de la Fifa paraît suspicieux, son contenu l’est aussi en rapport avec le conflit déclaré depuis des mois entre la tutelle et la FTF. Un conflit qui n’a pas sa raison d’être si chaque responsable avait pris de la distance par rapport à ses émotions et conflits personnels.

Si les responsables de notre sport en général et notre football en particulier avaient été à la hauteur de leurs fonctions respectives, on n’en serait pas là aujourd’hui.

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Un commentaire

  1. Adnane

    28/10/2022 à 11:34

    Je pense que le ministère des sports doit arrêter de s’immiscer dans les affaires de la FTF. Il a montré dans le passé qu’il a été en situation potentielle de conflit d’intérêt en s’impliquant personnellement dans le dossier du CSC alors qu’il avait été dans le passé l’avocat de M. Mkacher. Dans un autre pays, le ministre aurait démissionné ou on l’aurait poussé vers la démission. M. le Ministre risque de priver la Tunisie de la coupe du monde avec ses agissements imprudents. Il doit laisser la FTF travailler et il doit se maîtriser sinon les conséquences pourrait être graves.

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