Comme prévu, la Fifa est entrée sur les rangs dans le conflit entre ministère et fédération et fait grincer des dents. Une escalade dangereuse qui risque d’être ravageuse.

Quand, dans ces mêmes colonnes, il y a peu de temps, nous avons tiré une vraie sonnette d’alarme et avons qualifié le bras de fer entre le ministère de la Jeunesse et des Sports et la Fédération tunisienne de football de jeu dangereux, nous savions de quoi nous parlions, en toute connaissance de cause. Le but était d’appeler les deux parties à la raison, à la table du dialogue et de concertation afin d’éviter le point de non-retour et l’escalade fatale, c’est-à-dire le pire qui puisse arriver à notre football. Cet avertissement n’a pas été pris au sérieux et a été comme un coup d’épée dans l’eau. Ça n’a pas donc été une surprise pour nous que la Fifa intervienne aussi rapidement, donne cet ultimatum et exige des explications. Certains se demandent: comment a-t-elle été mise au courant et a eu vent de notre «cuisine interne» pour faire entendre sèchement sa voix et monter au créneau? Poser cette question est absurde et pointer du doigt une seule partie, à qui pourrait profiter ce grincement de dents de la plus haute instance de football dans le monde, est aberrant. On oublie qu’avec la technologie moderne galopante, les réseaux sociaux qui cherchent le buzz et le show, l’information circule à la vitesse de l’éclair, sans besoin d’intermédiaires. Le conflit entre le ministère et la fédération n’a pas couvé et ne s’est pas envenimé entre quatre murs, à l’abri des regards indiscrets. Il a fait l’objet d’une surexposition et d’une surexcitation médiatiques des deux côtés. Communiqués très vifs échangés, tweets avec des mots très durs, conférences de presse, interviews exclusives, est-ce qu’on croyait que tout cela allait passer inaperçu ? Certains médias ont soufflé sur les braises pour attiser le feu de la tension et certains chroniqueurs ou présentateurs d’émissions radio ou télé qui ont en ce moment le monopole du micro n’ont pas été au niveau.

Notre football est le grand perdant

C’est triste et désolant et c’est même affligeant de s’être mis dans un tel guêpier. Le tableau de notre football n’est pas si noir. L’équipe nationale disputera dans quatre semaines sa sixième phase finale de Coupe du monde et cet évènement de grande envergure doit nous unir pour le meilleur et pas pour le pire. Nos Aigles de Carthage juniors se sont qualifiés pour la Coupe d’Afrique Egypte 2023. Nos Olympiques U 23 ont de fortes chances de passer au troisième et dernier tour éliminatoire pour la Coupe d’Afrique 2023 laquelle sera une occasion pour la qualification aux Jeux olympiques Paris 2024. Quatre de nos meilleures équipes sont en pleine préparation pour les tours suivants des épreuves africaines : l’Espérance en Ligue des champions, le CSS, l’USM et le CA en Coupe de la CAF. Ce 30e mondial, 3e au niveau africain, 2e arabe, que certains s’obstinent à qualifier de malade et à peindre tout en noir, a un côté lumière malgré ses zones d’ombre et plusieurs carences à corriger. Wadie Jary, la vraie cible recherchée, détient entre ses mains un atout qui compte: une fédération richissime en temps de crise financière profonde. Est-ce normal, responsable et sensé de mettre le feu à toute la baraque rien que pour le déstabiliser et faire dissoudre ce bureau fédéral jugé « rebelle » et « incorrigible » ? Bien sûr que non. Quand comprendra- t-on que l’ingérence directe et flagrante de la politique dans le travail des instances sportives élues et indépendantes est une ligne rouge qu’on ne doit pas franchir ? Quand les carottes seront bel et bien cuites et qu’on se mordra les doigts d’avoir commis l’irréparable? On aurait tant aimé en être conscients nous-mêmes et ne pas attendre cet ultimatum couperet et cette épée de Damoclès brandie sur nous par la Fifa pour être enclins à faire machine arrière et à sauver ce qui peut l’être. Quand on est membre de la Fifa, on est obligé de respecter les règles et les lois du jeu qu’elle nous impose, même si elles ne nous plaisent pas toutes. On ne peut pas faire le tri entre ce qui ne nous dérange pas et ce qui nous agace. On doit trouver le juste et intelligent équilibre entre souveraineté nationale qui est intouchable et intérêt national qui est sacré lui aussi.

Devoir de bonne cohabitation

Il faudra savoir sortir de ce traquenard dont on n’a pas mesuré le danger. En dissipant ce flou qui règne, en donnant une réponse claire et sans ambiguïté qui met fin à cette escalade dangereuse qu’a engendrée ce bras de fer de trop entre la Fédération, qui doit savoir que son indépendance a des limites et ne lui permet pas d’être au-dessus des lois, et un ministère qui doit comprendre que son champ et droit de regard sur la gestion financière de la FTF dans le cadre de la loi ne l’autorise pas à s’immiscer dans la gestion sportive, l’organisation des compétitions, les litiges soumis aux organes juridictionnels compétents et indépendants malgré tous les griefs qu’on peut leur faire. On peut travailler ensemble, la main dans la main, pas forcément bras dessus bras dessous, dans le respect mutuel et réciproque des lois et des prérogatives de chaque partie pour le seul bien commun qui doit nous unir et pas nous diviser qu’est l’intérêt suprême de notre football. Tout pas dans un sens comme dans un autre doit être calculé et aucun passe-droit pour personne. On peut ne pas être d’accord sur plusieurs points, mais on est face au devoir de faire une bonne cohabitation même dans la différence. Il n’y aura pas d’autre issue salutaire à un conflit qui n’a que trop duré pour une fédération et un ministère qui sont aujourd’hui dos au mur et qui n’ont que très peu de temps pour se racheter et éteindre ce feu qu’ils ont eux-mêmes allumé.

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