Les prestigieuses Journées cinématographiques de Carthage conçues et imaginées par le cinéaste Tahar Cheriâa et lancées en 1966 par le ministre de la Culture, Chedli Klibi, étaient un événement, le premier du genre dans le monde arabe et africain à tenter, par la magie du 7e art, à établir «un dialogue franc, lucide, sans arrière-pensées… qui ne peut conduire qu’à une meilleure connaissance réciproque entre Africains et Européens, entre Méditerranée du Sud et Méditerranée du Nord», dixit l’homme de lettres et l’un des plus illustres ministres de la Culture de la Tunisie moderne, Chedli Klibi.

Depuis, les temps ont changé. Le festival, devenu plus glamour, déroule le tapis rouge à ses invités et sur des marches calquées sur Cannes. Depuis aussi, les événements similaires ont vu le jour dans la région, dépassant, par les fonds investis, les célébrités mondiales qui y assistent et par la richesse de leurs programmes, le vénérable ancêtre. Néanmoins, les JCC ont de beaux restes.

La 33e édition en cours a donné lieu à un défilé de femmes et d’hommes qui faisaient leur entrée au festival en s’évertuant à faire sensation. A chacun, chacune son style. Attirer les caméras et devenir tendance éphémère sur les réseaux sociaux font partie du jeu. C’est de bonne guerre.

Et parce que cette année encore les évaluations des looks des artistes sont entachées de moralisme pudibond, nous rappelons, si besoin, le caractère inaliénable de la liberté vestimentaire. Aux Tunisiennes de la défendre sans ménager leurs forces. Sinon, le risque est grand d’être contraintes et forcées, à l’instar des Iraniennes, de reconquérir ce droit fondamental au péril de leur vie.

Il semblerait, en outre, que la cérémonie d’ouverture des JCC ait été fade et insipide. La soirée inaugurale, sans l’éclat habituel, n’a pu convaincre ou séduire ni le public lambda ni les professionnels dont certains l’ont fait savoir. Il semblerait donc qu’en ces temps médiocres, la Tunisie ait perdu la main en matière d’organisation de méga-événements, qu’ils soient culturels, sportifs ou autres.

Un constat inquiétant et doublement douloureux lorsque nous comparons avec notre passé récent et glorieux et lorsque la Tunisie s’apprête à accueillir un événement d’envergure internationale: le Sommet de la Francophonie que devra abriter l’île de Djerba, les 19 et 20 novembre. Invitons, donc, les délégués, les gouverneurs et autres ministres à ne pas s’improviser concepteurs et réalisateurs de cérémonies. Parce que c’est un métier. Ajoutons que laisser s’agiter dans tous les sens des danseuses à la gargoulette au milieu d’une fumée d’encens dans les aéroports, sur les quais des ports et les aires d’autoroute n’est pas forcément une bonne idée. Telle que présentée, cette scène d’art populaire n’est plus qu’une addition de mauvais goût. Impliquez les professionnels qui ont déjà fait leurs preuves en la matière, ou bien limitez-vous à l’essentiel, la sobriété est une forme d’élégance.

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Un commentaire

  1. Ben nosra

    06/11/2022 à 09:44

    Bien dit madame (la sobriété est une forme d’élégance)

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