Pour l’économiste Fethi Nouri, l’application de la vérité des prix est, aujourd’hui, le seul moyen pour garantir l’approvisionnement continu du marché en produits de base, en particulier dans ce contexte où l’Etat est aux prises avec des difficultés financières. Il estime qu’un discours positif mettant en avant les bienfaits des réformes devrait contribuer à la concrétisation du plan  approuvé par le FMI.

Vous redoutez l’efficacité des transferts sociaux qui vont se substituer au système de subvention universel ? 

Concernant les subventions, j’étais toujours pour l’application de la vérité des prix. Mais il faut y aller  progressivement. Ce n’est pas du jour au lendemain qu’on rompt avec tout un système. Quand on parle de subvention, on parle de système de prix. Alors que celui-ci, lorsqu’il a été instauré par feu Hédi Nouira, était basé sur deux objectifs fondamentaux : le premier consiste à assurer l’accessibilité des citoyens aux produits de base (chose faite) tandis que le deuxième objectif vise à assurer l’équilibre financier des entreprises publiques qui opèrent dans ces secteurs. Pour l’énergie, par exemple, il s’agit de la Steg, la Stir, etc. L’Etat leur octroie des subventions pour garantir que le produit arrive, au final,  aux consommateurs. Malheureusement, ce système est, aujourd’hui, rompu. Les entreprises publiques n’arrivent plus à assurer leurs équilibres financiers. Le grand problème auquel fait face aujourd’hui l’Etat est un problème de trésorerie et de manque de liquidité. L’Etat n’a plus les moyens pour transférer la compensation vers les entreprises dans le secteur public pour qu’elles puissent continuer à travailler convenablement, sans rupture de stock. Pour éviter cette situation, il faut renflouer les caisses de l’Etat en évitant le gaspillage. Pour ce faire, il faut que l’argent soit destiné et réorienté vers les familles nécessiteuses et non pas vers les classes fortunées. 60 % des  20% les plus riches profitent des subventions au  gasoil tandis que 60% d’entre eux profitent des subventions de l’essence, de surcroît 6 millions de bouteilles de gaz circulent dans le marché parallèle et bénéficient à des gens qui gagnent de l’argent sans payer d’impôt. Ce n’est pas normal et il ne faut pas que cette situation perdure. Il faut alors aller vers la vérité des prix mais progressivement,  parce que ce n’est pas facile de se débarrasser d’un système qui a été appliqué depuis une trentaine d’années.

Le gouvernement peut-il réussir ce défi et concrétiser les réformes ?

Le gouvernement peut réussir ce défi. D’abord, il faut former les gens qui sont capables de faire passer le message aux citoyens. Il faut que le citoyen se débarrasse des idées noires et négatives dont il est gavé et selon lesquelles  tout le monde s’appauvrira suite à la levée de subvention.

Ce sont de mauvaises idées, qui ont été véhiculées par des gens, destinées à casser ce pays et qu’on voit dans les médias. Il faut qu’il y ait des gens qui soient capables d’expliquer ces réformes aux ménages, c’est possible. Il faut travailler, véhiculer les bonnes idées, mettre les gens dans de bonnes conditions pour qu’ils puissent travailler plus. Il faut  qu’on cesse de casser le moral des gens.

Cela fait dix ans qu’on sape le moral des gens et qu’on s’attaque aux gouvernements pour saper le moral des gens et de tous les acteurs économiques. Il faut un nouveau discours aujourd’hui.

Donc, l’accord avec le FMI est de bon augure ?

Il faut être capable de le mettre en place, progressivement. C’est un plan  qui s’étale en moyenne  sur 4 à 5 ans. Je crois que progressivement, les gens vont s’y habituer, surtout que les familles nécessiteuses vont pouvoir percevoir une amélioration des conditions de vie avec ce nouveau système. La Tunisie est une usine d’idées, notre problème réside dans l’assemblage de ces idées. Car souvent on n’arrive pas à avoir un très bon produit fini. Il faut positiver. Et qu’on arrête ce discours négatif qu’on distille partout.

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