On ne voit pas encore le bout du tunnel. Les deux parties en conflit (ministère et syndicat de l’enseignement de base) se rejettent la responsabilité d’un blocage des cours qui dure depuis des semaines. Les autorités de tutelle ont pris leurs responsabilités à bras-le-corps. Aux enseignants de se libérer de l’emprise des calculs de certains syndicalistes en mal de militantisme.

Il nous semble, de prime abord, qu’il faut préciser au moins deux points concernant le conflit qui oppose depuis près de deux mois la Fédération générale de l’enseignement de base (Fgeb) et le ministère de l’Education. Les mesures récentes que vient de prendre ce dernier s’inscrivent dans la droite ligne de ses prérogatives en tant que responsable de l’éducation de millions de nos enfants. Donc, il ne s’agit, en aucun cas, d’une menace comme tout le monde veut le laisser entendre. En un mot, il applique strictement la loi. Comme l’a précisé le communiqué du ministère du 8 novembre, les dispositions qu’il a adoptées se basent sur l’article 108 de la loi régissant la Fonction publique.

Le second point concerne ce que la Fgeb appelle «l’escalade». Il est évident qu’on y est. Quant à promettre une autre escalade, cela n’a rien d’étonnant venant des syndicats. Les Tunisiens continuent de payer ces mouvements incessants de boycott et de suspension des cours.

Les responsables de ce syndicat sont déterminés à mener à terme ce qu’ils appellent leur «combat». Pour résumer, on peut dire qu’il n’y a pas menace de la part du ministère de l’Education et que s’agissant de la nouvelle escalade prônée par la Fgeb, on n’en est pas à une escalade près !

Le processus en cours est d’une gravité telle que personne ne peut rester insensible. Nous avons, heureusement, constaté que des parents (les premières victimes de ce bras de fer), des associations et des organisations de la vraie société civile sont en train de bouger. Mais pas ces opposants politiques virulents qui sont, totalement, investis dans un travail de sape qui est vraiment efficace puisqu’ils se réjouissent de voir notre pays passer par cette grande phase de pénuries de toutes les matières de base.

Le travail des syndicats ne facilite pas la tâche d’autant plus que le pays passe, comme tout le monde le sait, par des conditions économiques difficiles et inédites. 

Tout ou rien !

La pression des syndicats de l’enseignement et, particulièrement, la Fgeb pour exiger l’application immédiate d’accords remontant à plusieurs années en arrière n’est qu’une preuve des véritables intentions et des desseins des uns et des autres. Toute personne sensée et douée d’un sens de discernement peut comprendre que derrière ce qui se trame, aujourd’hui, c’est plus un acte politique que syndical ou strictement corporatiste.

Car si on veut vraiment aboutir à des résultats, il n’y a qu’une seule voie: celle des négociations. Or nos syndicalistes n’en veulent pas et proposent leur seule et unique voie: celle du tout ou rien !

Ce qui est impossible vu la conjoncture socioéconomique et politique actuelle.  

A y regarder de près, la Fgeb soutient depuis toujours une application de toutes ses exigences sans la moindre modification, arguant le fait d’accords conclus depuis plusieurs années. Et comme, par hasard, elle veut que ces accords soient honorés sans retard. Les menaces et les nouvelles menaces d’escalade n’ont plus de sens.  

Les  deux parties s’observent sans trouver le moindre compromis et se rejettent la responsabilité de l’impasse dans laquelle on se trouve. Pourtant, chacun de nous ne pourra admettre qu’un ministère dans quelque pays que ce soit cherche à priver les enfants d’école et de cours. Au contraire, c’est lui qui a la responsabilité d’assurer cette mission.

C’est ce que les responsables syndicaux ne cessent de clamer à qui veut les entendre. Ce qui est ridicule. Il faut reconnaître que la privation de près de 400.000 élèves des bancs de l’école pendant toute cette période est un crime. Il n’est pas normal d’utiliser nos enfants comme bouclier humain pour livrer une guerre sans nom au pays sous divers prétextes.

Le fait que l’autorité de tutelle recoure aux dispositions que lui permet la loi est la moindre des choses. Aux 14.000 «enseignants» en grève de prendre la mesure de la situation et d’aller dans la bonne direction sans se laisser manipuler. Il est encore temps. Ceux qui les utilisent comme moyen de pression contre les autorités politiques les lâcheront à la première occasion.

N’est pas enseignant qui veut

Rappelons, par ailleurs, à ces «enseignants» qui ne veulent pas répondre positivement au communiqué du ministère de l’Education que la profession d’enseignant n’est pas faite pour dispenser des salaires à des fonctionnaires mais c’est une mission et une vocation. N’est pas enseignant qui veut.

Il y a, par conséquent, des normes, des traditions, des aptitudes que ne possèdent que certaines catégories de personnes. Dans ce cas, on ne peut pas confier cette noble mission à n’importe qui sous prétexte qu’il a un diplôme.

Les 1.340 DT de salaire net en plus des autres indemnités qui seraient accordées aux contractuels ne sont pas de la poudre aux yeux. Aussi attendra-t-on une vraie réforme qui donnera de vrais enseignants et valorisera le niveau de nos écoles.

Voilà ce à quoi devrait s’atteler la Fgeb si elle accorde un intérêt à notre système éducatif et à la qualité de l’enseignement. Si elle veut, aujourd’hui, livrer comme elle dit un combat au ministère, c’est sur le plan juridique et non dans un champ de bataille comme se complaisent à le répéter tous les responsables de ce syndicat. 

Au lieu de bloquer les accès des CRE (Commissariats régionaux à l’éducation) ou l’avenue Bab Benat et ailleurs, ne vaudrait-il pas mieux s’en remettre à la justice pour s’opposer à la mesure récente du ministère. Pourquoi promettre des «escalades» dont le seul but est de prolonger le conflit ?

En tout cas, il faut qu’un jour ce conflit trouve une issue. Que ces syndicats continuent leur travail mais qu’ils laissent les enfants du peuple aller vers leurs écoles en paix. Leur promettre des cours de rattrapage n’a aucun sens. Il sera impossible de rattraper ce qui a été perdu. Car ces conflits se répètent chaque année.

Une dernière preuve que les intentions de poursuivre sur la même voie de confrontation, c’est ce programme élaboré pour faire monter la pression.

Hier (mercredi), au cours de l’après-midi, la Fgeb a publié un communiqué comportant les détails des mouvements de protestation contre ce qu’elle appelle «la déclaration de guerre du ministère» dans tous les districts du pays.

De ce fait, les régions de Kasserine, Kairouan, Sidi Bouzid, Gafsa, Tozeur observeront des arrêts de cours de 8h à 10h le samedi 12 novembre. Il en sera de même le lundi 14 novembre pour les gouvernorats du Grand Tunis, de Nabeul, Bizerte, le mardi 15 pour les gouvernorats de Sousse, Mahdia, Monastir, Sfax, le mercredi 16 pour Le Kef, Béja, Jendouba, Siliana et Zaghouan. Le jeudi 17, ce sera au tour des gouvernorats de Gabès, Kébili, Médenine, Tataouine. Le même mouvement de protestation sera observé dans toutes les écoles primaires du pays le vendredi 18 novembre de 8h à 10h. Soit deux mouvements pour chaque école. Soit aussi 4 heures de perdues pour chaque école au cours de la même semaine.

Que le spectacle… tragique continue !  


Affaire intentée par le ministère de l’Education contre Rached Khiari : Le verdict reporté au 15 novembre

L’affaire concerne une plainte déposée par le ministère de l’Education contre Rached Khiari, pour violation des données personnelles lors d’une visite que l’ancien député avait effectuée au Centre Ennour des personnes non-voyantes à Ben Arous.

La chambre criminelle près de la Cour d’appel de Tunis a décidé de reporter, au 15 novembre 2022, le prononcé du jugement dans l’affaire du député du Parlement dissous, Rached Khiari, a déclaré hier, à l’agence TAP, Mokhtar Jemai, membre du comité de défense. Selon Jemai, cette affaire concerne une plainte déposée par le ministère de l’Education contre Rached Khiari, pour violation des données personnelles lors d’une visite que l’ancien député avait effectuée au Centre Ennour des personnes non-voyantes à Ben Arous. L’avocat a ajouté que Khairi fait l’objet de poursuites judiciaires dans le cadre de six ou sept plaintes portées à son encontre.

Pour rappel, Rached Khiari à été arrêté le 3 août dernier après que le parquet militaire a émis un mandat d’amener à son encontre.


Enseignement de base — En signe de protestation contre le communiqué du ministère: Le syndicat opte pour l’escalade

Il a été décidé de se limiter à l’enseignement des langues et des matières scientifiques durant la prochaine période et de reporter la période des examens.

«La Fédération générale de l’enseignement de base a décidé, hier, d’organiser des sit-in, à partir du 12 novembre, dans toutes les écoles primaires de 8h à 10h du matin et d’observer un sit-in national le 18 du même mois», a déclaré Taoufik Chebbi, secrétaire général de la Fédération à l’agence TAP.

Il a été également décidé, selon la même source, de se limiter à l’enseignement des langues et des matières scientifiques durant la prochaine période et de reporter la période des examens, et ce, en signe de protestation contre le communiqué publié mardi par le ministère de l’Education appelant les enseignants vacataires à reprendre le travail et à signer les contrats de régularisation avant aujourd’hui, 10 novembre 2022, pour ne pas perdre leurs postes.

Chebbi a souligné que l’instance administrative de l’enseignement de base se tiendra après la tenue du sit-in national pour prendre les décisions appropriées. Les enseignants vacataires boycottent les cours depuis la rentrée scolaire du 15 septembre dernier et revendiquent leur intégration alors que le ministère de tutelle justifie l’insatisfaction de leur demande par les difficultés financières.

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