Odeurs nauséabondes, pollution, insectes et risques sanitaires, les habitants de Sfax décrivent un quotidien devenu insupportable. La situation est si critique que le gouverneur a sollicité une intervention directe de l’armée pour sécuriser les circuits de collecte des déchets. Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue.

Les Sfaxiens vivent depuis plusieurs mois sous l’effet d’une crise environnementale étouffante et inédite. Et pour cause la fermeture de la seule grande décharge pouvant répondre aux besoins du gouvernorat en matière de gestion des déchets.

Odeurs nauséabondes, pollution, insectes et risques sanitaires, les habitants de Sfax décrivent un quotidien devenu insupportable à cause de cette crise. La situation est si critique que le gouverneur a sollicité une intervention directe de l’armée pour sécuriser les circuits de collecte des déchets. Une déclaration qui n’est pas passée inaperçue.

Il y a une année, la principale décharge du gouvernorat de Sfax située à Agareb avait été fermée suite à une décision de justice. Une décharge temporaire de déchets ménagers sur la route du port, où sont déposées, désormais, les ordures ménagères des municipalités de Gremda, El Ain, Chihia et Hajeb, en plus du Grand Sfax, a été rouverte. « Cette décision de rouvrir la décharge intervenait dans le but de résoudre la crise des déchets ménagers qui s’est aggravée avec l’avènement de l’été dernier et la hausse des températures », explique le maire de Sfax. Pour les autorités, les procédures accompagnant le processus de collecte des déchets sont mises en œuvre dans le respect total de l’environnement dans l’attente de solutions viables à long et moyen termes, évoquant la création future d’une unité de valorisation de déchets.

Sauf que la réouverture de cette décharge n’a pas remédié à la situation puisqu’elle a été fermée à plusieurs reprises par les citoyens. Malgré les visites de hauts responsables, dont notamment la ministre de l’Environnement, la situation est au point mort, et les Sfaxiens continuent d’en payer le prix fort.

Il y a une semaine, suite à la réouverture de cette décharge temporaire, les équipes municipales de la propreté ont pu lever 1.500 tonnes d’ordures accumulées ayant nettement fait dégrader la situation environnementale.

Un appel à l’armée !

C’est dans ce contexte peu confortable que les déclarations du gouverneur de Sfax ont fait grand bruit. Fakher Fakhfakh est allé jusqu’à dire qu’il sollicitera une intervention de l’armée pour résoudre cette situation. « Je contacterai la Cheffe du gouvernement, Najla Bouden, et le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, afin de demander officiellement l’intervention de l’armée. Elle se chargera de sécuriser les routes et les installations servant au transport et au stockage des déchets », a-t-il expliqué, laissant croire que les municipalités sont dans l’incapacité de gérer cette décharge temporaire.

Ces déclarations ne sont pas passées inaperçues. Plusieurs citoyens ont fait part de leur refus d’adopter ce genre de solutions, mais appellent plutôt à lancer un dialogue entre les différentes parties, ce qui permettra de parvenir à une solution consensuelle loin de l’usage de la force.

Pour sa part, le conseiller municipal Ahmed Gharslaoui a également refusé ce genre de solutions, évoquant la nécessité de trouver une solution consensuelle et pacifique et « non par l’usage de la force ».

Mais il faut dire aussi que 60 associations et organisations de la société civile ont adressé une lettre au Président de la République pour réclamer la surveillance et la sécurisation des points de collecte et de traitement des déchets ménagers. Dans ce sens, le membre de la Commission consultative de suivi de la crise des déchets au gouvernorat de Sfax, Chafik Ayadi, a expliqué que l’idée d’assurer la sécurité des véhicules qui transportent les déchets ménagers vers les points de stockage a été proposée depuis le mois de mars dernier. Ils soutiennent donc la démarche proposée par le gouverneur visant à assurer une sécurisation des sites de collecte des déchets.  

Il faut rappeler que le même gouverneur avait proposé d’organiser un référendum pour décider de la réouverture ou pas de la décharge d’Agareb fermée depuis 2021. Ces déclarations ont également provoqué la colère des citoyens qui affirment qu’ « Agareb n’est pas une décharge » et refusent la démarche du gouverneur qui allait à l’encontre de toutes les décisions prises à ce sujet, selon leurs dires.

C’est justement la fermeture de la décharge d’Agareb qui est à l’origine de la crise. Ladite décharge a fait l’objet de plusieurs manifestations poussant le Président de la République à recevoir une délégation de la Coordination « Agareb n’est pas une décharge ». A l’issue de cette rencontre qui s’est déroulée après plusieurs visites de responsables, la décharge a été fermée et les déchets délocalisés en attendant de trouver une solution définitive à ce problème.

Quelles solutions ?

Mais quelles sont les solutions qu’on peut envisager ? La ville de Sfax croule, depuis plusieurs mois, sous des tonnes d’ordures ménagères, transformant les rues en dépotoir anarchique à ciel ouvert. La situation provoque en effet une nette dégradation du climat social dans ce gouvernorat pourtant connu comme étant la capitale économique du pays.

L’Etat est-il dans l’incapacité de trouver une solution pour ce gouvernorat et ses habitants ? Faut-il revoir tout le système de la gestion des déchets à Sfax, mais aussi dans tout le pays ?

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