Il nous semble que la faute n’incombe pas uniquement aux syndicats, mais aussi aux différents gouvernements qui se sont succédé après la révolution, aux responsables qui n’ont pas défendu et qui ne défendent pas toujours les valeurs du savoir et de l’éducation. Mais aussi tous ceux qui ont cherché, et qui cherchent encore, une part du pouvoir et tous les profits qu’ils peuvent en tirer. Un crime d’Etat ? Les parents d’élèves y croient…

Il y a incontestablement un manque cruel d’objectivité dans l’escalade adoptée par le syndicat de l’enseignement, notamment le boycott des cours, utilisé de manière récurrente et voulue pour faire pression sur le ministère. 

Le savoir dispensé aux élèves, et qui fait partie de leur droit le plus absolu et aussi le plus conséquent, est devenu ainsi un moyen de chantage et d’intimidation. Voire de menace.

Les syndicats, notamment dans des secteurs sensibles, à l’instar de l’éducation, de la santé, du transport, ne donnent plus l’impression de remplir suffisamment le rôle qu’ils devraient tenir dans une société par ailleurs de plus en plus dure. Plus encore, l’exemplarité et la noblesse du métier d’enseignant seraient-elles moins évidentes que par le passé ? Nous ne tenons pas à jouer à l’ancien combattant et en appeler sans cesse au bon vieux temps. Mais nous avons tout de même l’impression qu’il y a davantage de dérives et de déviations dans tout ce qui a rapport avec l’apprentissage, l’éducation et l’instruction de nos enfants.

Il faut dire aussi que la confusion qui règne aujourd’hui est la conséquence d’un manque d’autorité. Si les règles continuent à être édictées par les syndicats eux-mêmes, il ne faut pas s’étonner de la dégradation du niveau de l’enseignement. Il ne faut pas non plus s’attendre à ce que les réformes tant attendues et fortement souhaitées soient mises en œuvre, surtout au moment où le ministère, dépositaire de l’autorité publique dans ce registre, ne semble pas pouvoir maîtriser la situation.

Il ne faut pas enfin s’attendre à ce que le climat s’améliore quand la place démesurée accordée aux syndicats, mais aussi leur remarquable capacité à faire diversion invitent à penser qu’ils finiront par avoir le dernier mot. D’ailleurs, et comme souvent, ils ont la conviction qu’ils sont les seuls à décider du sort des générations d’élèves et qu’ils sortiront chaque fois indemnes des bras de fer qui les opposent à leurs vis-à-vis. Autant dire qu’ils trouvent leurs intérêts dans cette confrontation qui ne semble plus connaître de répit.

Il aurait été certainement souhaitable que les syndicats ne montent pas  au créneau et ne s’aventurent sur un terrain glissant. Qu’ils pensent à l’exemple à donner aux élèves et à l’image surtout à ne pas ternir.

Les enseignants, porteurs d’images et de valeurs pour les élèves et même pour les différentes composantes de la société, ont des devoirs. La  pression qui découle de la satisfaction ou non de leurs doléances ne peut constituer une excuse aux dérapages et aux excès de différents genres. Que les Tunisiens, et tout particulièrement les parents des élèves soient préparés ou pas, les éducateurs, et derrière eux les syndicats, n’ont pas manqué depuis 2011 de surprendre par leur incroyable faculté à se prêter à des égarements collectifs et à une instrumentalisation éhontée entraînant la quasi totalité du secteur dans un dépassement qui repousse ses propres bornes. Un dépassement devenu presque institutionnel, notamment au nom de l’action syndicale et du pouvoir de la parole.

Des motifs d’inquiétude

Il nous semble, cependant, que la faute n’incombe pas uniquement aux syndicats, mais aussi aux différents gouvernements qui se sont succédé après la révolution,  aux responsables qui n’ont pas défendu, et qui ne défendent pas toujours, les valeurs de l’instruction et de l’éducation, et tous ceux qui ont cherché, et qui cherchent encore, une part du pouvoir et tous les profits qu’ils peuvent en tirer. Un crime d’Etat ? Les parents des élèves y croient…

Il fut un temps où lorsque la société ne se montrait pas capable de prévenir et de combattre les maux sous toutes leurs formes, l’école, par sa nature éducative et instructive, était complètement différente de ce qu’elle est aujourd’hui et de ce qu’elle subit.

Tout cela nous amène à dire que l’école et l’enseignement sont aujourd’hui confrontés à des problèmes majeurs qui sont autant de motifs d’inquiétude : une identité évanescente, une réhabilitation presque impossible et un déficit de crédibilité évident. Entre le souci de rachat et les dérapages qui n’en finissent pas, l’école ne retrouve plus son environnement, encore moins sa raison d’être. D’ailleurs, les constats et la réalité confirment les dangers qui guettent nos enfants.

Du côté des syndicats, on ne voit pas, sinon très rarement, tout cela.

L’école en souffre. Les élèves en souffrent. Et après, on ne peut plus s’étonner de tant de gâchis et de dégradation des valeurs…

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