La prévention précoce de la maladie permet d’augmenter les chances de la traiter sans « agressivité » thérapeutique en cas de diagnostic positif et de mieux vivre avec et d’assurer sa survie. La clé de la rémission ou de la guérison est entre les mains de chaque personne alerte et éveillée.

Le cancer de la prostate est une maladie qui touche uniquement les hommes et enregistre un taux de prévalence multiplié par 5 à 6 fois en Tunisie durant cette décennie, par rapport à la devancière. Samedi 12 novembre, au complexe sportif Maalga Fields à Carthage, une journée de sensibilisation, de prévention et d’information sur les trois principaux types de cancer chez les hommes, à savoir celui de la prostate, de la vessie et des poumons a été initiée par l’AMC sous le thème « sport, santé et qualité de vie ». Ceci en collaboration avec ABC Events, Association tunisienne d’urologie, Alliance tunisienne contre le tabac.

Chaque année, durant tout le mois de novembre, les hommes du monde entier sont invités à laisser pousser leur moustache afin de sensibiliser aux maladies masculines comme le cancer de la prostate. Le mois est baptisé « Movember », une contraction anglaise de moustache et le mois de novembre. Avant d’occuper le centre du terrain de football pour sensibiliser les amateurs de football tunisiens à la nécessité de connaître cette maladie pour mieux l’appréhender, la prévenir et la traiter, Mme Raoudha Zarrouk, présidente de l’AMC, a tenu une longue discussion, fructueuse du reste, avec Dr Ahmed Saïd Zribi, spécialiste en chirurgie urologique, Dr Amine Oueslati, assistant hospitalo-universitaire à la faculté de Médecine, et Dr Habiba Masmoudi, pneumologue, qui s’est focalisée sur le cancer du poumon, dans sa campagne de lutte contre le tabagisme.

Se dépister en cas d’urine colorée

Le signal est sans équivoque pour Dr Zribi qui appelle toute personne à se faire rapidement dépister en cas d’urine rosée ou teintée de rouge susceptible de révéler un cancer de la vessie chez les deux sexes ou de la prostate chez l’homme. Là où le bât blesse, c’est qu’il y a un silence auprès de la gent masculine lorsque la maladie touche à sa virilité. Pourtant, c’est un cancer « gentil » et pas très agressif au moment de la thérapie, de l’avis de Dr Oueslati. Il rappelle combien de grandes personnalités ont vécu avec le cancer de la prostate comme François Mitterrand, ancien président français, qui a exercé deux mandats d’affilée, dans le secret de la maladie. Les principaux cancers sont celui de la vessie et de la prostate chez l’homme avec des taux de prévalence similaires en Tunisie, sachant que celui qui touche les testicules est beaucoup plus rare, et ce, hormis celui qui affecte les poumons. Dr Zribi a rappelé l’importance du dépistage précoce pour soulager le malade, avant l’annonce de la maladie en cas de positivité de la banque de données sur le corps et épargner de lourdes peines et un fardeau à la famille du patient. Le dépistage rapide permet de guérir à 95% le cancer de la prostate. Le message qu’il véhicule aux patients est l’alerte à donner dès que le symptôme avec une marque de sang dans l’urine, devenue de couleur rouge, rose c’est la limite, la ligne rouge pour se faire dépister et envisager un cancer de la vessie,  sexes confondus ou de la prostate. En outre, la condition sine qua non est que dès l’âge de 50 ans, chaque homme doit consulter pour connaître l’état de santé de sa prostate. Le sang dans l’urine est le symptôme majeur et principal des deux cancers. Les personnes ayant des antécédents familiaux de la maladie doivent consulter dès l’âge de 45 ans. Parmi les facteurs aggravants ou qui peuvent potentiellement être à l’origine du cancer de la prostate, selon Dr Oueslati, urologue, il y a la créaline qui a touché des patients dans les Antilles françaises, des personnes de couleur. L’eau non potable, issue de sources inconnues, a été reconnue comme source potentielle de décoloration de l’urine chez le patient atteint de cancer de la vessie ou de la prostate. On apprend que le taux de survie est proche des 100% lorsque le cancer est localisé à la glande prostatique. Pour ce faire, deux facteurs principaux entrent en jeu : le timing du diagnostic et la qualité du traitement.

Un prospectus de sensibilisation a été remis aux personnes désireuses d’en savoir plus sur le cancer de la prostate et qui s’articule sur ce questionnement : « Faut-il se faire dépister pour le cancer de la prostate ? La décision vous appartient… mais le saviez-vous ? » Le cancer de la prostate est l’un des types de cancer les plus courants et les plus mortels chez les hommes. Il commence généralement après l’âge de 50 ans. Les causes du cancer de la prostate ne sont pas claires, mais il existe des facteurs associés à l’âge. Au début, le cancer de la prostate peut ne causer aucun symptôme ou signes avant-coureurs. Aux stades plus avancés, des symptômes tels que des débits d’urine faibles peuvent apparaître ou uriner abondamment ainsi que la présence suspectée de sang dans l’urine… Mais cette journée a été une opportunité de rappeler l’importance de lutter contre le cancer des poumons qui prend des proportions alarmantes, puisque ces derniers temps, certains tunisiens fument plus que jamais.

Le tabac responsable de 60% des cancers

Pour sa part, Dr Masmoudi, pneumologue, préconise, d’arrêter de fumer du tabac et donc de la nicotine avant qu’il ne soit trop tard. Surtout afin de prévenir la première cigarette. L’opinion globale reste têtue à ce sujet, estimant qu’il y a de nombreuses personnes qui ont fumé « comme une cheminée » toute leur vie, sans mourir du tabac. Ce sont pour elle les 5% de non-fumeurs qui ont été épargnés par miracle du cancer du poumon. Dr Oueslati a insisté même sur la notion de « tabac social », un concept qui démontre l’obstination à consommer la cigarette contre vents et marées pour s’affirmer socialement et résister aux appels à cesser de fumer. Du reste, Dr Masmoudi affirme que le tabac joue un rôle dans 60% des cancers déclarés. On apprend que 20% des femmes sont fumeuses en Tunisie et doivent également mener un combat contre la cigarette. Avec la panoplie de sources de tabac dont la cigarette électronique ou la chicha, le chemin est encore long…

 Enfin, Mme Zarrouk tient à rappeler que l’AMC fournit des efforts continus en matière de lutte contre le cancer  en Tunisie et qu’elle est la seule ONG du domaine médical et scientifique à participer au « Movember » ou Novembre Bleu sur notre territoire. Par ailleurs, avec la visibilité de cet événement à l’international, elle n’en a pas moins reçu à titre personnel le titre honorifique d’Ambassadrice de l’espoir l’an dernier en Egypte. Un sentiment de fierté s’empare d’elle, car cela lui permet d’avancer crânement vers de nouveaux défis et d’attirer les décideurs au sein du gouvernement et en particulier le ministère de la Santé sur le bien-fondé de son travail de titan depuis plus d’une décennie contre tous les cancers, dont le cancer du sein dans son centre d’accueil des malades du cancer à Bab Saâdoun.

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