«Les Troubles musculo-squelettiques sont des atteintes, des douleurs et des affaiblissements au niveau de l’os, parfois de l’articulation et des tendons, et cela intéresse essentiellement les membres supérieurs. La cause principale de cette maladie est liée directement au transfert des nouvelles technologies depuis les années 1960, et ce, suite à la loi 72».

Le congrès francophone musculo-squelettique s’est tenu tout récemment à la ville de Monastir. Au cours de trois jours consécutifs (les 8, 9 et 10 novembre 2022), des ateliers et des conférences ont été organisés afin de discuter et débattre de cette maladie professionnelle et ses conséquences sur la santé de l’être humain, ainsi que ses impacts négatifs sur la productivité.

En effet, ce congrès qui a réuni des experts, médecins et chercheurs venus des pays francophones (France, Belgique, Algérie, Maroc…) s’est fixé comme objectif principal de donner l’occasion aux jeunes chercheurs pour présenter leurs travaux de recherche lors de cet événement, afin d’envisager des stratégies de prévention des Troubles musculo-squelettiques (TMS), adaptées aux spécificités des pays.

Des stratégies pour approfondir le diagnostic

Docteur Taoufik Khalfallah, professeur en médecine de travail à la Faculté de Monastir et président du congrès, a noté que cet évènement, qui se tient pour la première fois en Afrique à travers la Tunisie et qui a réussi à réunir plus de dix pays participants, avait comme objectif principal d’élaborer des stratégies adéquates afin d’approfondir le diagnostic et faire l’état des lieux autour de ces troubles.

Le Dr Khalfallah a, également, précisé que les Troubles musculo-squelettiques liés au travail constituent un problème majeur de santé au travail, puisque ces affections occupent la première place des maladies professionnelles reconnues dans la plupart des pays industrialisés, et ce, depuis plusieurs décennies. Ce fléau est notamment observé dans les pays qui se développent économiquement. La Tunisie est bien concernée par ce phénomène, car les TMS représentent la première cause de maladie professionnelle.

«Les TMS sont des atteintes, des douleurs et des affaiblissements au niveau de l’os, parfois de l’articulation et des tendons, et cela intéresse essentiellement les membres supérieurs. La cause principale de cette maladie est liée directement au transfert des nouvelles technologies depuis les années 1960, et ce, suite à la promulgation de la loi 72, liée au cadre juridique et fiscal s’appliquant aux industries exportatrices, créant ainsi un régime particulier qui diffère, à plusieurs égards, du régime général», déclare-t-il.

Que disent les études et les professionnels ?

Lors de ces trois jours, plusieurs études et interventions ont été présentées. Ces dernières se sont penchées sur plusieurs thématiques, dont on note l’étude faite sur la qualité des conditions de travail en Europe en 2021 dans le contexte de la crise Covid-19 qui a été présentée par Agnès Prent-Thirion, en inaugurant la première séance du séminaire, ainsi que d’autres axes sur la prévention des TMS et l’environnement psychosocial au travail présentés par Pamela Austodillo…

On note que l’intervention portant sur l’étude «Influence d’un éveil musculaire sur la prévention des TMS-MS, évaluée par la méthode Saltsa», présentée et réalisée par Nicolas Draye (ergonome), en collaboration avec Séverine Delneufcourt, Julien Willems et Mikael Scohier, a été faite dans une grande entreprise de conception de composants électriques (Schneider) et a démontré que la population se compose de trente-quatre sujets soumis à un éveil musculaire de cinq à dix minutes, cinq fois par semaine, et ce, durant sept mois.

Les séances sont animées par un coach faisant partie d’un groupe d’opérateurs spécifiquement formés aux techniques d’éveil musculaire et articulaire. Chaque séance se compose d’exercices de type échauffements (renforcements musculaires et mobilisations) et de type étirements (classique et en contracté-relâché). En effet, l’évolution des TMS a été évaluée dans cette entreprise grâce à l’utilisation du protocole Saltsa et l’indice de Ruffier-Dickson pour quantifier l’évolution de la condition physique.

Un questionnaire nordique modifié a été également soumis aux travailleurs afin d’objectiver l’évolution des douleurs et les effets de l’éveil. Le rendement et l’absentéisme ont été également analysés et l’étude a démontré que le nombre de TMS chez les travailleurs a diminué et leur condition physique s’est améliorée. Cette étude a démontré, en conclusion, qu’un programme d’exercices physiques de très courte durée et s’étalant sur sept mois permet de concourir à une diminution et une prévention des TMS et aussi d’améliorer le niveau de condition physique.

Une autre étude venue également du Belgique et axée sur les troubles TMS chez les musiciens a été présentée par les chercheurs Ikaël Scohier, F. Buisseret, F. Dierick, N. Draye. Réalisée sur la charge physique et mentale des musiciens professionnels en Belgique (Concours musical international Reine Elisabeth), l’étude a démontré que cette profession amène les musiciens à accomplir des mouvements répétitifs, souvent dans des postures non physiologiques, qui peuvent induire des troubles TMS localisés, principalement au niveau des membres supérieurs et de la nuque (entraînent des douleurs, des engourdissements et des picotements ou d’autres symptômes qui interfèrent avec la pratique de l’instrument). Les musiciens à cordes semblent être les plus impactés par ces TMS, en particulier lors de périodes intensives de jeu, comme c’est le cas lors d’un concours de musique.

«En 2017, nous avons évalué la condition physique et mentale de 4 musiciens professionnels (1 violoncelliste, 1 violoniste et 2 altistes), âgés de 23 à 58 ans, juste avant et immédiatement après le Concours musical international Reine Elisabeth de Belgique. Les quatre musiciens recrutés pour cette étude pratiquent leurs instruments entre 3 et 8 heures par jour et, lors des demi-finales du concours, les représentations augmentent leur temps de travail jusqu’à 10 heures par jour. Et donc, parmi les données recueillies, nous avons quantifié le niveau de stress via le questionnaire réalisé Quick Dash, qui a démontré que la sensibilité à la douleur a de plus été évaluée à l’aide d’un algomètre Wagner avec lequel une pression a été exercée perpendiculairement à la surface corporelle jusqu’à atteindre le seuil de douleur. La pression a été exercée sur différents points musculaires prédéfinis (au niveau du trapèze supérieur).

Ainsi, nos résultats initiaux ont permis de mettre en évidence que deux des musiciens souffraient d’une épicondylalgie latérale au coude droit. Les deux autres musiciens présentaient des TMS non spécifiques (selon Saltsa), localisés au niveau du haut du dos, de la nuque et des bras», ont conclut les intervenants.

Il est à préciser que ce congrès a été également une occasion pour tous les intervenants pour partager les différentes expériences des chercheurs portant sur d’autres thématiques dans le but d’élaborer une réflexion sur l’amélioration des pratiques de prévention contre ces troubles et maladie liés principalement au travail.

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