Par Amel BOUSLAMA

Le titre du film « Kendila » est ce lampion, qui vient, en tant que métaphore, éclairer la lanterne de notre conscience de spectateurs sur la prégnance et l’importance de protéger et de préserver l’équilibre de notre environnement. S’il y a une histoire, elle est un tremplin pour faire voyager le spectateur comme dans un tableau de peinture fait pour être contemplé, médité et réfléchi.
La réalisatrice Nadia Rais

Le film, d’une durée de 12 mn, s’ouvre sur le vol d’une mouette qui plane par-dessus territoires et océans, puis se pose dans une cité balnéaire pour nous raconter une histoire. Des saletés et des poubelles jonchées occupent rues et ruelles aux murs craquelés qui se suivent pour aboutir à l’histoire de l’héroïne. Une jeune fille musicienne, dont la mandoline est faite avec la carapace d’une tortue de mer, qui est morte à cause de la pollution ou le dérèglement climatique. Une manière pour Awa de faire revivre son amie l’animal à travers son art. Une vieille et vaillante dame, comme on en voit en Tunisie, peine à transporter sur le dos un sac, rempli certainement de bouteilles en plastique qu’elle vendrait contre quelques sous pour une usine de recyclage. Symbole qui véhicule la mémoire, la dame récolte l’argent pour soutenir Awa pour son chant.

Tout au long de l’histoire, les cordes de l’instrument de l’héroïne résonnent d’une musique mélodieuse (conçue dans le film par Wael Jegham). En écho, les chaussures rouge à talons du personnage, — élément récurrent chez Nadia Rais depuis son premier film « L’Ambouba » —, tapotent le sol. La musique et le rythme des talons d’Awa, tél un cœur qui bat, envahissent la grisaille du quotidien et font déployer une gaieté et une fraîcheur, rendant la réalité décrite plus supportable.

Grâce à la facture picturale de Nadia Rais, dont les couleurs à l’aquarelle sont projetées en gouttelettes, les traces texturées et les touches de pinceau, rendent fictionnel le triste état de l’histoire. Une richesse graphique qui anéantit la peine qu’il peut nous inspirer. Ainsi, le langage plastique semble y contribuer. Rendu par la texture fragmentée et mouchetée et par le procédé de découpage et collage de fragments de journaux, ce mode d’expression pictural nous transporte dans une réalité imagée. Il s’agit d’un au-delà de la réalité, une fiction traduite par le langage de l’aquarelle, du dessin, du découpage et du collage.

L’absence de dialogue, avec seulement la voix off de Brahim Zarrouk, une avalanche de matières texturées, de traits purs dessinés et des coupures de journaux nous submergent en occupant la totalité de l’écran. Ce qui domine dans ce film d’animation sont des images qui bougonnent comme si elles dansaient en fredonnant un agréable et léger air de musique. L’héroïne musicienne impose sa vocation pour l’art en s’acharnant à faire résonner les cordes de son instrument et à semer ses notes musicales qui élèvent l’âme. Un aspect fragile transcrit à travers l’équilibre instable du mouvement des images qui s’enchaînent au nombre de huit images par seconde, nous touche émotionnellement parlant et teinte le film d’un ton très poétique. Pétri de couleurs, de mots collés et de textures découpées, de notes musicales et de mouvements animés, « Kendila », film d’animation, dansant et fredonnant, est une fiction qui fait l’éloge de l’art. De même qu’il prône une connexion avec la nature. Malgré la complexité du quotidien et la misère à laquelle les trois personnages sont confrontés au quotidien, le film,, empreint d’une dimension didactique, pousse à nous attacher à notre vocation artistique et écologique et par là-même à nous élever humainement et spirituellement.

A.B

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