Cette exposition-musée baptisée «Le Livre de l’œuf» est «le fruit d’une enquête autour d’une fiction», « le secret bien gardé d’un œuf dont les parois intérieures conservent une image de l’ancien monde».

En visitant le musée imaginaire de l’artiste Ramzi Souani, installé depuis le 29 octobre dernier à ElBirou Gallery à Sousse, on se croirait en plein décor d’un film de science-fiction. Frappés au premier abord par les sculptures bleues ou bronzes en formes d’œuf, agrémentées de noyaux en formes d’œuf, également, avec dessus gravées des inscriptions venues d’un autre monde, d’un autre temps… nous renvoyant tout de suite au fameux «Le Cinquième élément» de Luc Besson, ou encore «Stars wars». Cette exposition-musée baptisée «Le Livre de l’œuf» est «le fruit d’une enquête autour d’une fiction», « Le secret bien gardé d’un œuf dont les parois intérieures conservent une image de l’ancien monde », lit-on dans un texte introductif. On y rencontre aussi des bas-reliefs, des tirages photographiques et images produites avec une intelligence artificielle, une installation vidéo et l’édition d’un livre racontant la complexité d’un mystère bien gardé. «Le livre de l’œuf» est un livret de 32 pages (sourire). Il y a donc un ensemble de feuilles avec reliure assemblées en piquage à cheval. «Le livre de l’œuf» contient des fragments du périple des œufs qui auraient été trouvés lors des fouilles effectuées au Sud-Ouest tunisien fin XIXe siècle à la recherche du phosphate. C’est un voyage qui commence au XIXe et dont les dernières traces se terminent en queue de poisson vers les années 60 du XXe siècle. Un récit monté sur une trame historique préexistante. «Le livre de l’œuf», c’est aussi le titre de l’exposition : les objets qui y sont exposés viennent raconter le périple des mêmes fragments et autres débris historiques qui ne figurent pas dans le texte. Il s’agit, en effet, d’une approche narrative par l’objet si on ose dire d’où cette idée de musée imaginaire. «Entre sculpture, tirages sur toile, tirages photographiques ou encore bas-reliefs et même l’installation vidéo, j’essaye d’écrire une autre histoire de la photographie ou plutôt une histoire parallèle, dans un monde parallèle…»

Justement l’on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’approche photographique dans le nouveau travail de cet artiste scientifique de formation (mathématiques) né en 1970 à qui l’on doit pas mal d’expositions photographiques, et qui plutôt que «photographe» préfère se dire «faiseur d’images». «Il est question de l’acte fondateur de la pratique photographique… Qui aurait pu être à l’origine d’un interfaçage imagé du réel ? C’est aussi une sorte de délire autour de l’acte photographique. Les premiers œufs du capsien présenteraient un soupçon d’images photographiques sur l’écorce intérieure de l’œuf… (des œufs d’autruche). Il y a, certes, un souci historique, mais surtout une reconstruction,… de la dialectique périphérie / centre… une reconstitution… le champ reste ouvert à toutes les spéculations (sourire). L’art et spécialement l’art plastique possèdent cette faculté que ni politicien ni idéologue ne peuvent avoir : construire une réalité propre», nous dit le conteur de l’œuf, amorceur de nouvelles réalités. Techniquement, l’artiste dit avoir testé un transfert des simulations photographiques sur des supports comme le zinc. «Il y a matière à développer ce processus long et très lourd de la pratique plastique», souligne-t-il. On rencontre aussi dans ce nouveau travail des projections sur des surfaces courbes/ellipsoïdes en recourant au mapping. Ramzi Souani s’est aussi essayé à développer des fragments d’images en utilisant une intelligence artificielle avec l’idée, comme il le précise, d’essayer de pousser au maximum l’interaction homme-machine (fondement de l’interface photographique) vers une dimension autre…

Son musée imaginaire est cette volonté de transcender les faits par des mises en scène fictives, de déconstruire ce qui semble avoir été, pour reconstituer «un monde qui aurait pu exister sans trop se soucier de sa cohérence… Mais qui au final se révèle assez cohérent…pour se révéler justement (sourire)», comme le note Ramzi Souani qui avec cette exposition renoue peut-être avec les cimaises, sa précédente exposition remontant à 2015.

«Si on veut oui… Un projet est une opération qui devient de plus en plus complexe et ‘‘pénible’’ …Je prends mon temps.  Sinon depuis l’expo de 2015, j’ai pratiqué la scénographie au Théâtre (5 pièces).  C’est une gestion de l’espace d’un point de vue plastique mais pas que… Probablement, je m’orienterai plus vers des bas-reliefs dorénavant» (sourire)… On verra bien.

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