«A défaut de réformes effectives, la Tunisie risque de ne plus pouvoir compter sur le FMI et ses partenaires et alliés», assène le président de Tunisia Progress , Mohamed Hammadi Jarraya. Pour l’expert économique, l’adhésion volontaire de tous les acteurs économiques au processus de réformes est essentielle pour passer le cap et pouvoir renouer avec la croissance. Il apporte son éclairage. Interview.

Quelle analyse faites-vous de l’accord conclu avec le FMI? 

J’ai l’impression que c’est un accord « forcé ou obligé » pour le FMI. Pour le gouvernement tunisien, il est en dessous des besoins réels. Il risque de ne pas apporter l’allègement attendu du déficit budgétaire. En effet, pour ne pas dire « non », les experts du FMI ont choisi de nous accorder le strict minimum. Pour eux, cette décision est la conséquence de deux constats : pour de multiples raisons, les gouvernements tunisiens successifs, d’avant le 25 juillet 2021, n’ont pas pu tenir leurs promesses de réformes. En l’absence de croissance économique suffisante, la Tunisie est devenue surendettée et ne peut plus continuer à lever des fonds. Dans ce contexte et à défaut de réformes effectives, la Tunisie risque de ne plus pouvoir compter sur le FMI et ses partenaires et alliés. Par ailleurs, notons que la solvabilité de l’Etat tunisien sera soumise à rude épreuve en 2023, avec les échéances en intérêts et en principal de la dette publique, notamment externe. Le risque du rééchelonnement est de retour. Les partenaires financiers ont intercepté le message du FMI et leurs positions commencent à se former. Les agences de notation sont dans la même logique.

Que pensez-vous des réformes exigées par le FMI? 

Bien avant le FMI, les experts et les gouverneurs de la Tunisie reconnaissent, depuis longtemps, la nécessité vitale des réformes en question. Le diagnostic est unanime. Mais les mesures de réformes et de redressements rencontrent des obstacles à surmonter. La responsabilité est collégiale et citoyenne.

Force est de constater, et de rappeler, qu’il s’agit bien de recommandations et non pas de directives ni d’exigences, nous confirmons toutes les recommandations. Elles sont indispensables dans le cadre d’un plan Marshal de sauvetage. C’est le seul espoir de sortie de la crise actuelle. L’adhésion des organisations nationales et de la société civile, à ce plan, est un devoir national. Nous devons réussir et nous n’avons plus  droit à l’échec. L’intérêt de la patrie passe avant celui des partis.

Mais le FMI prévoit une croissance économique de 2,2% en 2022…

Ces estimations se réfèrent à l’année 2021, deuxième année sinistrée par la pandémie du Covid-19. Nous sommes, encore, très loin de la reprise par rapport à 2010. Rappelons que, pendant la décennie, nous avons eu même des croissances négatives du PIB. Parmi les facteurs déterminants on a la relance des quatre moteurs de la croissance économique :

Investissement, Production, Export et Consommation. L’environnement d’affaires, en général, et la forte pression fiscale, en particulier, ne facilitent pas la tâche. Aussi, l’hésitation des investisseurs freine et entrave la création de la valeur et des emplois. Personne ne peut prédire la durée et les conséquences précises à tous les niveaux. L’incertitude n’a jamais été bénéfique.

Elle est contre-productive. Les perspectives économiques en souffrent gravement. La situation est délicate. Devant la pluralité et la complexité des problèmes, la gestion de la crise doit être bien structurée et avec une bonne gouvernance. Sur le plan économique, on a besoin d’efficacité et d’efficience. Il faut oser remettre tout le système économique et social en cause et entamer une vraie réforme structurelle. Toutes les parties concernées doivent y adhérer sans conditions.

La Tunisie peut-elle s’affranchir des difficultés liées à l’endettement ?

Nous disposons de beaucoup de potentiels et de ressources: grandes richesses minières (phosphate) et excellente capacité agricole (terres domaniales). La qualification et les compétences de nos jeunes diplômés doivent être encadrées et orientées vers ces facteurs.

D’urgence, il faut lancer une vraie réforme fiscale basée sur la simplification du système fiscal et l’unification des taux en taxes uniques par secteur. La pression fiscale doit être ramenée à 15% avec la consécration de l’équité fiscale entre les contribuables. Le régime forfaitaire doit être aboli, de toute urgence. Pour mieux inciter à l’investissement, il faut supprimer la retenue à la source de 10% sur les dividendes.

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