Le secteur agricole a  besoin de nouvelles politiques agricoles qui redonnent ses lettres de noblesse à l’agriculture et qui proposent des solutions radicales non seulement  à la crise hydrique qui pointe son nez mais aussi au  problème foncier agricole, aux difficultés d’accès au financement rencontrées par les agriculteurs ainsi qu’aux challenges liés à la  transformation industrielle des produits agricoles.

Des arbres qui meurent de soif, c’est bien un phénomène qui s’amplifie, partout dans le monde, à mesure que le réchauffement climatique progresse. La récurrence des épisodes caniculaires en été et le manque de pluie en hiver mettent à rude épreuve les systèmes agricoles et menacent le patrimoine forestier mondial, les écosystèmes et la biodiversité. La Tunisie, étant un pays fortement exposé aux événements climatiques extrêmes, n’est pas à l’abri de ce danger rampant. Des oliviers succombant à la sévérité de la sécheresse ont été, d’ailleurs, observés lors des épisodes caniculaires répétés au cours de ces dernières années, annonçant les signes précurseurs d’une crise qui s’installerait dans la durée. En effet, l’impact économique du changement climatique se fait particulièrement sentir sur le secteur agricole. Car les conséquences désastreuses de ce phénomène pourraient porter un coup dur à un secteur considéré comme un des principaux moteurs de l’économie nationale. Important pourvoyeur d’emplois et de devises, le secteur agricole tire son importance non seulement de son poids dans l’économie (13% du PIB) mais aussi de sa contribution à la sécurité alimentaire du pays ainsi qu’à la lutte contre la pauvreté. A  cet égard, il a été démontré que, dans les pays à faible revenu et dont les ressources sont limitées,  la part de croissance du PIB imputable à l’agriculture est 5 fois plus efficace dans la réduction de la pauvreté  que celle liée aux secteurs non agricoles. 

Aucun système de production n’est durable 

Pour contrer cette épée de Damoclès que font peser les dangers du réchauffement climatique sur la production agricole, il n’ y a pas trente six mille solutions. Emprunter la voie de la durabilité est la bouée de sauvetage qui permettra au monde agricole de s’adapter à la nouvelle donne climatique et d’améliorer la sécurité alimentaire. Or, en Tunisie, le secteur agricole fait déjà face à de nombreuses difficultés qui vont crescendo et altèrent sa capacité de résilience. C’est ce qui a été, d’ailleurs, affirmé par  l’ancien professeur à l’Inat, Ali Mhiri, qui souligne dans son livre “ L’agriculture tunisienne à la croisée des chemins”, qu’ “aucun des principaux systèmes de production (agriculture pluviale, agriculture irriguée, élevage, parcours steppiques et forêts) n’est durable”. L’auteur explique que ces systèmes  évoluent dans un cercle vicieux de régression les conduisant insidieusement à une « autophagie » annoncée. Autant dire que les faiblesses et les menaces par rapport à la durabilité de l’agriculture tunisienne sont légion. En effet, la rareté des ressources en eau, la perte des terres en raison de l’accélération de l’urbanisation, le vieillissement et le faible niveau de formation des exploitants, le morcellement des terres agricoles et le faible taux de transformation industrielle des produits issus de l’agriculture sont autant de facteurs qui mettent à rude épreuve la durabilité des activités agricoles.  Sans oublier que pour certaines filières telles que les céréales et le lait, le système de fixation des prix constitue aujourd’hui une menace pour leur pérennité. En déviant de leurs objectifs initiaux, ces mécanismes ont atteint leur limite et au lieu de jouer le   rôle de coussin de sécurité pour les producteurs et les consommateurs, ils affaiblissent le rendement et l’attractivité de ces filières.    En témoigne la diminution drastique du cheptel bovin laitier et l’abandon des céréales par les agriculteurs au profit d’autres cultures moins hydrovores et moins coûteuses. Face à ces défis pressants, le secteur agricole a, sans doute, besoin de nouvelles politiques agricoles qui redonnent ses lettres de noblesse à l’agriculture et qui proposent des solutions radicales non seulement  à la crise hydrique qui pointe son nez mais aussi au  problème foncier agricole, aux difficultés d’accès aux  services financiers dont l’assurance et les crédits agricoles (surtout un fonds pour l’indemnisation en cas de calamités agricoles) ainsi qu’aux challenges en termes d’accroissement du taux de transformation industrielle des produits agricoles. En somme, il s’agit de mettre en place  des politiques qui mettent l’agriculture sur des rails plus durables. 

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