La Tunisie connaît une situation économique extrêmement difficile. Pressions budgétaires et manque de liquidité, le constat a été aggravé par une baisse remarquable des avoirs nets en devises. Cela n’est pas sans conséquence sur les finances de l’Etat, la valeur du dinar et les dépenses courantes, notamment en matière d’importation.

Si pour la Banque centrale de Tunisie (BCT) la situation n’est pas encore alarmante, vu la conjoncture économique difficile, les économistes font craindre le pire, l’effondrement de l’économie nationale et un déficit de paiement. Un scénario grave, mais heureusement nous ne sommes pas encore là, et pour certains experts en économie le gouvernement peut toujours se rattraper et prendre les bonnes décisions au bon moment.

Les avoirs nets en devises auprès de la Banque centrale de Tunisie baissent d’une manière considérable. Au 16 novembre 2022, les réserves étaient de 21.626,4 MDT pour couvrir seulement 97 jours d’importation. A titre de comparaison, une année auparavant elles étaient de 20.841,9. Mais elles couvraient 124 jours d’importation pour différentes raisons liées aux indicateurs économiques et aux dépenses de l’Etat, notamment en matière d’importation. Vendredi, les données de la BCT ont affiché des réserves couvrant seulement 98 jours d’importation.

Sauf que selon les affirmations du gouverneur de la Banque centrale, Marouane Abassi il ne faut pas pour autant s’alarmer. Il  a indiqué que le repli de la réserve en devises à un peu moins de 100 jours d’importation est en relation directe avec les importations et les exportations tunisiennes.

Considérant que cette réserve est « très raisonnable par rapport à la situation économique en Tunisie et dans le monde », il a affirmé que « la ligne rouge débute à partir de 90 jours de réserve en devises ». Le gouverneur de la BCT a fait part de son espoir que cette réserve « dépasse les 100 jours d’importation d’ici la fin du mois, surtout avec l’évolution des négociations avec le FMI et l’obtention de la Tunisie de la première tranche du crédit ».

L’importation sur le banc des accusés

Au fait, cette situation s’explique surtout par la hausse des importations et des valeurs des importations, notamment des matières premières et des produits de base en raison de l’envolée des prix à l’échelle internationale.

En effet, la Tunisie a connu une hausse des importations, durant les dix premiers mois de 2022, de 34% en comparaison avec la même période de 2021, pour s’établir à 68,6 milliards de dinars.

En contrepartie, les exportations n’ont augmenté que de 24,9% pour une valeur de 47,3 milliards de dinars.

C’est ce qui explique les mesures protectionnistes adoptées il y a un mois par le gouvernement. Suite à l’appel lancé par le Président de la République pour restreindre certaines importations dans cette conjoncture économique et financière peu confortable, le ministère du Commerce a procédé à une mesure imposant un contrôle préalable de certaines opérations d’importation.

Une décision qui a fait polémique et qui a même suscité des réactions étrangères, notamment de la part du premier partenaire économique de la Tunisie, l’Union européenne.

« Si la finalité de cette décision est expliquée par la conjoncture de notre pays et par une ambition de faire face au déficit commercial avec certains pays et zones de commerce, la Tunisie met en jeu ses relations commerciales avec l’étranger », estiment certains experts.

Quelles retombées ?

Mais concrètement, quelles seront les retombées de cette situation marquée par une baisse des réserves en devises ?

Les réserves en devises sont généralement considérées comme un filet de sécurité financier et sont utilisées pour subvenir aux besoins stratégiques de liquidité de l’économie en cas de pressions sur les comptes extérieurs. Ces avoirs peuvent se matérialiser sous plusieurs formes : bons de trésor, devises étrangères, métaux précieux ou encore droits de tirage spéciaux (DTS).

Ces réserves en devises peuvent permettre également de stabiliser les taux de change. D’ailleurs, la valeur d’un dollar est passée de 2,866 dinars, le 14 novembre 2021, à 3,224 dinars actuellement.

L’euro, quant à lui, vaut actuellement 3,340 dinars, alors qu’il valait, à la même date de l’année dernière, 3,282 dinars.

La baisse de ces réserves peut également entraîner un manque de liquidités, notamment en matière d’importations de matières premières et de produits de base, mais aussi un surendettement du pays.

Pour y remédier, l’Office des Tunisiens à l’étranger (OTE) a appelé les institutions bancaires à faciliter et à réduire le coût des transferts financiers des Tunisiens résidant à l’étranger (TRE) et à créer de nouveaux produits pour les inciter à l’épargne et à l’investissement.

Dans un communiqué publié sur sa page officielle, l’OTE précise qu’étant donné la baisse des réserves en devises à moins de 100 jours d’importation et la baisse des recettes de certains secteurs structurels et stratégiques, la facilitation des transferts financiers des Tunisiens résidant à l’étranger permettra d’appuyer l’économie nationale et de promouvoir le développement.

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