En ce moment crucial de développement économique, la Tunisie est appelée à affronter des défis multiples et vitaux pour ses activités industrielles qui nécessitent de redéfinir le rôle de l’Etat, ses attributions, ainsi que les modalités de collaboration entre les différents acteurs et plus particulièrement entre le secteur privé et le secteur public.

La nouvelle stratégie industrielle et d’innovation préparée par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie propose deux horizons temporels différents, le premier à court terme, d’ici à 2025, et le deuxième à long terme, pour 2035. Cette stratégie, dont l’étude sera engagée incessamment, permettra à la Tunisie de se positionner sur la scène industrielle internationale et de valoriser la recherche scientifique, l’intelligence et les compétences humaines. L’accent sera mis, dans ce cadre, sur la mise en place d’une économie du savoir, de la technologie et de l’innovation, à haute valeur ajoutée, et facilement exportable. Cette étude cible de promouvoir l’industrie tunisienne, mais aussi l’innovation et de supporter la synergie industrie-recherche. La période de réalisation de la stratégie et du plan d’action est limitée au premier quinquennat (5 ans — 2022-2026). L’année 2022 est réservée à la mise en place et à un travail intensif et coordonné sur plusieurs plans avec plusieurs partenaires pour la programmation de la mise en œuvre de 28 projets/actions innovants répartis sur les 5 leviers retenus par la stratégie, à savoir la mise en place d’un environnement favorable aux affaires, l’encouragement à l’innovation dans les entreprises, l’internationalisation des entreprises, le renforcement de nouvelles spécialisations verticales et le développement d’une image attractive de la Tunisie.

Objectifs

Le ministère de tutelle s’est assigné comme principaux objectifs de garantir un meilleur positionnement de la Tunisie, à travers l’émergence de nouvelles activités à contenu technologique et à forte valeur ajoutée, telles que l’électronique, la mécatronique, l’aéronautique, l’automobile, la domotique, la robotique, les industries pharmaceutiques, les TIC, l’outsourcing des services…

Il s’agit également de renforcer l’innovation à travers la facilitation de la migration des secteurs industriels traditionnels classiques à des filières croisées innovantes, soutenir et accompagner les promoteurs dans les différentes phases de leurs projets, promouvoir la Tunisie en tant que hub de l’offshoring, du numérique et des filières à haute valeur ajoutée, et développer de nouvelles compétences et talents. La concrétisation de ces orientations stratégiques implique une adaptation des orientations stratégiques existantes en matière de développement économique et industriel. En effet, le développement de l’industrie tunisienne exige la conformité avec les standards technologiques internationaux régissant la notion de «l’industrie du futur» ou «l’Industrie 4.0». Ce concept est la clef pour une optimisation des ressources et des facteurs de compétitivité industrielle. Cela requiert de doter la Tunisie des compétences nécessaires capables de répondre aux métiers de demain et de favoriser l’accès aux nouvelles technologies requises par l’industrie 4.0, notamment par le moyen du rapprochement des institutions de recherche et le tissu économique et industriel». A cet effet, la Tunisie, qui ne manque pas d’atouts dans ce domaine, se trouve à la croisée des chemins face à la 4e Révolution industrielle. Toute la question est de savoir dans quelle mesure le pays va réussir sa transformation industrielle, tirer vers le haut sa croissance par l’innovation, la recherche et l’exploitation optimale des opportunités qu’offre le numérique.

S’adapter aux grandes mutations

Afin de renouer avec une forte croissance et reprendre le chemin du développement social, la Tunisie devra donc adopter une stratégie permettant de développer une capacité d’adaptation à ces grandes mutations internationales à long terme. Par conséquent, le quinquennat 2021-2025 devrait être dédié aux réformes structurelles et à la mise en place d’un écosystème favorable à des niveaux d’investissement élevés. Le contexte où se trouvent l’économie et l’industrie tunisiennes après le Covid-19 exige la nécessité de se positionner par rapport aux tendances de l’environnement international et de s’adapter aux grandes mutations du contexte. Cela suppose une stratégie industrielle permettant, entre autres, de saisir les opportunités offertes par le redéploiement industriel post-Covid des Européens, bien identifier les besoins industriels des marchés industriels européens et régionaux, se positionner comme lieu d’investissement stable et de proximité, tirer parti de la « régionalisation » géopolitique en s’affirmant comme un pont entre l’Europe et l’Afrique, adapter la structure des accords commerciaux et leurs niveaux tarifaires et réussir la transition écologique, énergétique, digitale et alimentaire en Tunisie et contribuer à celle des pays de la Méditerranée…

Performance industrielle

L’industrie 4.0 ne consiste pas simplement à installer des technologies qui ont fait leurs preuves ailleurs et à attendre l’amélioration de la productivité. Elle présente une approche tout à fait nouvelle : l’exploration de technologies en cours de maturation en les testant dans le processus industriel. C’est en cela que l’industrie tunisienne a une chance unique pour se raccorder à cette révolution et à créer sa propre histoire industrielle. Aujourd’hui, chaque industriel tunisien se doit de prendre le recul nécessaire pour appréhender cette question de l’innovation : comment les nouvelles technologies peuvent-elles améliorer les leviers de ma performance industrielle ? C’est dire enfin que le développement et la réussite de la stratégie industrielle sont tributaires aussi d’un cadre propice, un climat d’affaires rassurant et encourageant à la relance, la consolidation et la régénération du tissu industriel et son intégration aux chaînes de valeur internationales. La mise en œuvre doit obéir à une démarche d’agilité, de pragmatisme prospectif et de l’intelligence collective de l’ensemble des intervenants. Cette stratégie suppose un cadre institutionnel, des services techniques d’appui de qualité, des prestations de formation continue, de conseil et l’accès aux financements et aux marchés.

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