Depuis que le Qatar a été désigné en 2010 pays organisateur de la Coupe du monde, il ne cesse d’essuyer des critiques violentes qui se sont accentuées à l’ouverture du Mondial. Dans l’ambition d’accueillir l’édition 2022, plusieurs candidats étaient en lice. Des pays riches et puissants. Mais c’est le Qatar qui l’a remporté.

Les accusations les plus récurrentes lui sont adressées également par des Tunisiens qui ne portent pas cette minuscule et opulente principauté des Al-Thani dans leur cœur. Ils leur reprochent leur entrisme dans les affaires internes du pays.

Les Tunisiens reprochent également aux Etats-Unis leur ingérence. Ils les accusent d’avoir soutenu la branche tunisienne des Frères musulmans dans leur conquête du pouvoir. Ils désignent la Turquie comme le conseiller avisé de la confrérie frériste tunisienne. Et dénoncent le pays d’Erdogan pour des accords économiques considérés comme désavantageux pour la Tunisie.

Les Tunisiens n’aiment pas non plus la France, ancien colonisateur qui arpente le pays toujours en terrain conquis, disent-ils. Ils n’aiment pas les Emirats arabes unis pour leur soutien appuyé aux adversaires du processus démocratique, accusent-ils. Ils n’aiment pas l’Arabie Saoudite pour les mêmes raisons, ni l’Egypte, non plus, pour avoir scellé un axe stratégique avec ces derniers et joué un rôle déterminant sur la scène nationale, complotant pour évincer les uns et propulser les autres au sommet.

Cela commence à faire beaucoup. Que faire? Nous fâcher avec tous ? Est-ce possible ? Est-ce seulement envisageable ? Ou bien voir la réalité en face. A supposer que toutes ces accusations soient vraies ? La question qui se pose, décisive: qui a ouvert les portes toutes grandes à ce beau monde pour croiser le fer sur les terres tunisiennes ?  Qui a bradé la souveraineté nationale ? Qui désigne son pays par «petite» sœur ? Qui a vassalisé la Tunisie ? Avant d’en vouloir à la terre entière et se complaire dans la victimisation, essayons de nous pencher d’abord sur nos propres maux.

Ces pays et d’autres, même ceux qu’on croit être des partenaires solides, se livrent des luttes féroces pour se positionner sur la scène internationale, faire les bonnes alliances et en tirer le meilleur parti politique comme économique. Dans cette course, la Tunisie n’a été qu’un pion de plus, un instrumentent de jeu et de pouvoir.

Le Qatar a soutenu les Frères musulmans, il ne s’en cache pas. Par amour des Frères ? Ou pour contribuer à l’expansion de l’islam, par exemple ? Les Qatariens ont visiblement choisi de faire contrepoids au positionnement de leurs voisins, les puissances régionales. Un duel géopolitique dont la Tunisie semble avoir été le dommage collatéral.

Depuis des décennies, enfin, le Qatar fait preuve d’intenses lobbyings sur la scène internationale à la recherche de visibilité et de reconnaissance. Tous les moyens sont bons: lancer la première chaîne d’informations en continu, acheter une prestigieuse équipe de foot, soutenir un groupe au détriment d’un autre. Il a fini par remporter le graal en organisant la Coupe du monde. C’est le premier pays de la région et le premier pays arabe à accueillir cette grand-messe du football. Tout s’inscrit dans le cadre d’une politique pragmatique, active et conquérante conduite par ce jeune émirat qui a fini par s’imposer  dans la cour des grands. Ainsi, la finale de la Coupe du monde aura lieu le 18 décembre qui coïncide, ô surprise, avec la fête nationale du Qatar. A méditer.

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