crédit photo : © Mokhtar HMIMA
A court de véritables atouts et arguments offensifs, Jalel Kadri et ses joueurs ont piétiné au moment où la qualification au second tour leur a carrément tendu les bras.

En deux matches contre deux équipes de calibres différents, le Danemark, une équipe technique de haut niveau, n°10 au classement Fifa et l’Australie au jeu physique sans être génial, n°38 au niveau mondial, les «Aigles de Carthage» n’ont pas marqué de but. Zéro but en 180 minutes de jeu face à deux adversaires qui n’ont pas le même style et n’utilisent pas le même système, ça résume pratiquement tout. Les principales carences et lacunes réapparues au sein de notre onze national sont dans son potentiel offensif. On n’a pas d’équipe à vocation essentiellement offensive dont le jeu est bâti et tourné vers l’attaque. On a un bloc équipe qui se comporte bien défensivement mais qui n’inspire pas la crainte à ses adversaires dans leur zone et ne les inquiète que par intermittence, la plupart du temps sur un exploit individuel et rarement sur des actions bien travaillées et bien ficelées. Ce n’est pas nouveau. Ça date de plusieurs années ce football réaliste et à l’économie. Ce n’est pas le sélectionneur Jalel Kadri qui en porte la responsabilité. Mais force est de constater que même s’il n’est pas venu pour copier ses prédécesseurs, le chef de staff de l’équipe de Tunisie n’a pas réussi à métamorphoser ce cachet de jeu, à changer le visage du groupe qu’il a sous la main, à marquer son empreinte à lui et à faire sa petite révolution. Certes, avec lui, l’équipe connaît plus de temps forts dans les matches, garde mieux le ballon, séduit un peu plus dans son jeu mais pèche toujours par manque de fil conducteur stable, de cohérence dans les idées et d’efficacité dans la deuxième surface qu’est la zone de vérité adverse. C’est pourquoi elle alterne le bon et le moins bon et passe facilement du meilleur au pire. Après une excellente prestation tactique devant les redoutables Danois, elle a chuté de très haut et a fortement déçu face aux modestes Australiens.

Une grande équipe, c’est un dispositif équilibré

On peut bien assurer ses arrières, on peut mettre un rideau en béton derrière mais ce n’est pas suffisant pour gagner des matches si on ne sait pas en même temps faire la transition rapide, l’assaut et le siège de l’adversaire, marquer des buts. Cet équilibre entre bien défendre et savoir attaquer est indispensable. Et ça part de l’arrière. Dans le football d’aujourd’hui, le travail des latéraux est important et même décisif. Notre problème est qu’on n’a pas des latéraux modernes, des latéraux complets. Des défenseurs sur les côtés qui font leur boulot défensif, mais qui se positionnent haut lors de la transition défense- attaque, qui montent fréquemment pour donner plus de solutions devant, qui se transforment en ailiers de débordement capables d’adresser les bons centrages en pleine course et les meilleures passes en retrait en pleine surface.

Bref, des patrons de tout leur couloir. Sur le flanc droit de notre défense, si Mohamed Dräger est bon dans le marquage et le un contre un, il n’est pas bon technicien balle au pied et pas assez rapide pour faire les dédoublements et les percées devant et être l’attaquant de plus en phase offensive. Son suppléant et même son concurrent Wajdi Kechrida a un profil différent. Il peut apporter de la vivacité devant, il a une meilleure vitesse de course, il peut effacer plus d’un adversaire et créer des espaces libres grâce à ses qualités de dribbleur, mais il n’est pas très fort et très doué dans la sécurisation de son côté comme défenseur qui ne se laisse pas doubler et déborder par un attaquant incisif et percutant. Le même constat vaut pour les deux excentrés gauches Ali Abdi et Ali Mâaloul qui sont très utiles dans leur apport sur le plan offensif sans être tout à fait maîtres de leur flanc sur le plan défensif et efficaces dans le marquage et l’anticipation des actions menées et des longs ballons balancés dans leur dos. Et puis il manque dans les deux couloirs cette complicité entre le latéral et l’ailier qui doivent former une paire complémentaire pour se relayer et répartir les tâches entre eux. L’ailier doit savoir reculer en phase de repli et le latéral doit savoir avancer en phase d’attaque. Dräger s’entend mieux avec Ben Slimane qu’avec Sliti très limité dans le travail de couverture et de repli défensif. Tandis qu’Abdi ou Mâaloul n’ont pas d’ailier fixe sur lequel ils peuvent s’appuyer et avec lequel ils font les combinaisons et les une-deux susceptibles de déstabiliser les défenses adverses. L’absence de milieux de terrains complets est aussi un handicap lourd. La présence d’une paire de costauds Aissa Laidouni-Elyes Skhiri est indispensable pour couper les lignes de l’adversaire, occuper et fermer les espaces à l’entrejeu. Mais il manque dans ce secteur l’intelligence d’un demi tel que Mohamed Ali Ben Romdhane pour la projection vers l’avant et la précision dans les passes décisives pour les attaquants en bonne position et bons manieurs de ballons dans les intervalles face au but et bons tireurs, tels que Youssef Msakni ou Taha Yassine Khénissi. Comme pour les latéraux et pour les milieux, on n’a pas une paire d’attaquants complets dans les couloirs. On n’a pas un joueur qui possède la puissance, la vitesse, la vélocité et la technique d’un Kylian Mbappé qui s’est déjoué avec une aisance remarquable et avec une étonnante facilité de l’arrière droit australien sur lequel nous avons, nous, buté sans parvenir à prendre le dessus. On n’a pas un joueur avec les qualités de Osmane Dembelé, rapide comme l’éclair, capable d’effacer plus d’un adversaire en pleine course, de dézoner vers la surface de réparation et de donner les centres fuyants parfaits ou la dernière passe décisive au millimètre près. Sans des ailiers de talent et de métier qui jouent tout le long de la ligne de touche pour écarter et étirer le jeu sur les côtés et ouvrir des brèches dans les blocs défensifs hermétiques, on ne peut pas se créer un bon nombre d’occasions nettes et facilement convertibles en buts. Quand on n’a pas de grandes personnalités, de gros piliers et de joueurs moteurs complets dans les trois secteurs, le système de jeu même bien approprié pour neutraliser l’adversaire peut ne pas marcher. Ce n’est pas donc une surprise si un match aussi facile sur le papier, comme celui joué face aux modestes Australiens, se transforme en casse-tête tactique et en cauchemar qui a presque brisé notre beau rêve de pouvoir passer cette fois au second tour de cette Coupe du monde.

Jalel Kadri peut motiver ses joueurs pour le match de la dernière chance contre une France déjà qualifiée et qui va se ménager pour bien préparer les huitièmes et leur demander de donner leur sang et leur cœur pour leur pays et tous ces fans qui ont cru en eux et les ont soutenus. Croyons au miracle même si c’est presque de l’utopie.

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