Nouveau concept aux contours, toujours, imprécis, l’économie de rente a fait son entrée dans le débat public. De plus en plus vulgarisé, ce phénomène enraciné trouve un écho particulier auprès des jeunes qui lui imputent tous  les maux de l’économie tunisienne. Dans l’optique d’agir en tant que force de proposition, un groupe de jeunes dits”sociaux démocrates» ont proposé des pistes de réformes qui pourraient contribuer à la lutte contre l’économie de rente en Tunisie.

C’est dans le cadre du projet  Génération Sociale-Démocrate de la 8e génération du programme Génération A’venir, que des jeunes sociaux-démocrates ont élaboré un ouvrage intitulé « Réformes pour une économie durable et équitable : Contribution de la jeunesse sociale-démocrate ». Le document met à plat les origines des problèmes économiques de la Tunisie et propose des mesures de réforme, présentées comme l’antidote nécessaire. Cet ouvrage qui a été présenté, lors d’une conférence tenue  récemment à Tunis, a été axé sur 4 principales thématiques , dont l’économie de rente.

Présentant le travail qui a été  effectué sous son encadrement,  Aram Belhadj, professeur universitaire et chercheur en économie, est intervenu lors du premier panel pour planter le décor et dresser un état des lieux de l’économie de rente en Tunisie. Mettant l’accent sur le lien étroit qui existe entre économie de rente, transition économique et transition démocratique,  Belhaj a fait savoir que le monopole exercé par certains  groupes de sociétés sur plusieurs secteurs ne favorise pas la montée en gamme de l’économie et empêche le passage  d’un modèle de développement basé sur la production à faible valeur ajoutée à une économie créative où l’innovation et  les technologies occupent une place de choix.

Les origines de l’économie de rente en Tunisie 

Belhaj soutient que  l’économie de rente se traduit par l’existence de privilèges octroyés  en faveur de quelques cartels, barrant la route à la transition vers  un modèle de développement, créatif, innovant et  basé sur la technologie. “Bien sûr, le modèle qui perpétue les inégalités sociales et qui empêche l’instauration d’une infrastructure économique équitable présente même une menace  pour la démocratie”, a-t-il ajouté.

Évoquant les origines de l’économie de rente en Tunisie, le professeur universitaire a affirmé que ce phénomène  a officiellement démarré sous   l’empire ottoman, notamment avec l’instauration du monopole exercé par le Bey sur les terres agricoles, et qui a été renforcé, par la suite,  durant le protectorat français, où des catégories particulières ont pu profiter du favoritisme pratiqué à cette époque.  Selon Belhaj, l’économie de rente a été enracinée encore plus après l’indépendance, avec la constitution de réseaux familiaux qui se sont imposés dans la sphère politique, et a littéralement, fleuri sous le régime de Ben Ali, où le clan Ben Ali a dominé la majorité du secteur lucratif en Tunisie.

“Malheureusement après la révolution, les choses n’ont pas beaucoup changé. Malgré les slogans répétés  et les débats qui ont eu lieu autour du sujet, rien n’a été fait”, a-t-il poursuivi.

Belhaj a expliqué que l’économie de rente se manifeste à travers les autorisations, l’attribution inégalitaire des licences d’exportation, l’emprise exercée par les grands groupes sur les marchés publics et les difficultés d’accès au financement. Il a ajouté que ce phénomène néfaste pour l’ensemble de l’économie tunisienne a aussi des répercussions sociales, notamment la faiblesse de la croissance, la montée du chômage, le manque d’innovation et l’échec de la transformation structurelle de l’économie. “C’est pour cela qu’il est urgent d’aller vers les réformes», a-t-il asséné.

Qui bénéficie de ce système de rente ? 

Hedi Chouria, membre du projet GSD de la génération A’venir 8, est revenu sur les facteurs qui ont contribué au développement et l’ancrage  de l’économie de rente en Tunisie. Parmi ces facteurs, il a cité la  collusion entre le monde politique et le monde économique, les inégalités d’accès au financement et les  pratiques discrétionnaires en matière d’exonérations fiscales et douanières. Il a ajouté que les bénéficiaires de ce système de rente  sont de puissants chefs d’entreprise,qui dirigent  des  holdings qui opèrent dans des secteurs diversifiés et qui sont caractérisés par leur dimension familiale.  “Il s’agit de l’ensemble de cartels monopolisant plusieurs secteurs économiques. Le point commun entre eux  c’est qu’ils ont su profiter d’un dispositif d’incitations, de protection contre la concurrence et d’accès privilégié au crédit afin de confirmer leur hégémonie économique”, a-t-il affirmé. Selon Chouria, les exemples, en ce sens, sont légion. Il a cité,dans ce contexte, le secteur d’exportation d’ huile d’olive, le système bancaire, les concessionnaires automobiles et les industries agroalimentaires.

Les réformes à adopter 

De son côté, Cyrine Shili, également membre du projet GSD de la Génération A’venir 8,a présenté les pistes de réformes envisageables pour mettre un terme à l’hégémonie des monopoles économiques en Tunisie. Il s’agit, notamment, d’ouvrir le marché à d’autres acteurs, en l’occurrence ceux de l’économie informelle, de revoir l’interventionnisme étatique qui a créé des obstacles à la concurrence et provoqué de graves distorsions dans les choix des investisseurs privés, d’accroître l’efficacité du cadre de la concurrence en amendant la loi relative à la concurrence, de mettre fin à l’application discrétionnaire des règlements et à  l’emprise des grands groupes sur les marchés publics (pour renforcer la présence des petites et moyennes entreprises) et réduire les inégalités d’accès au financement par la voie de la réforme du système bancaire et financier.

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