Un exploit des plus magnifiques pour l’équipe de Tunisie en battant la France, favorite pour le titre. Ce succès éclatant et historique ne lui a pourtant pas ouvert les portes du second tour.

Il y’avait deux seuls scénarios idéaux et étroitement liés qui  permettaient aux Aigles de Carthage de réaliser ce rêve doré de passer en huitièmes de cette Coupe du monde. Le premier, qu’ils devaient écrire eux- mêmes, consistait à battre l’équipe de France déjà qualifiée  et même logiquement assurée de finir première de son groupe. Ce qui n’était pas chose facile malgré les neuf changements opérés dans le onze de départ des Tricolores par un Didier Deschamps soucieux au début de ménager et faire reposer les titulaires et joueurs cadres de son groupe.  Le second ne dépendait pas de leur volonté mais de l’issue et du sort du match Danemark-Australie et d’un résultat qui leur serait favorable pour se qualifier en cas de succès. Le premier scénario, le moins probable et le plus difficile à  réaliser, a été écrit par notre team national avec brio. Avec une victoire historique sur la France  qui a sublimé tous les supporters de l’équipe de Tunisie qui n’étaient pas loin de basculer vers le  désenchantement après l’amère défaite devant les Australiens. Le second, le plus pressenti avec un nul possible ou une petite victoire des Danois favoris, a malheureusement échoué avec un succès inattendu de l’équipe supposée la plus faible du groupe. On comprend l’incroyable mélange d’émotions dans le camp tunisen à la fin des deux rencontres. La joie profonde d’avoir vécu un moment solennel qui restera dans les statistiques avec ce succès plus que probant sur le champion du monde en Russie 2018 et favori en puissance pour briguer un autre sacre au Qatar 2022. Mais aussi la tristesse profonde de bonheur rompu et de  retour au pays après seulement 10 jours de tournoi et trois matches.

Match intense et victoire référence 

Battre la France champion du monde en titre n’est pas à la portée de n’importe quelle équipe.  La défaite des Bleus est la première en phase de poules depuis la Coupe du monde 2010. C’est dire  combien le succès de cette équipe de Tunisie est l’un des exploits et faits historiques qui resteront dans les annales du football mondial. Même s’il s’est avéré insuffisant pour aller au deuxième tour et n’a pas empêché Jalel Kadri et sa bande de faire leurs bagages très tôt. Le Mondial va continuer sans eux et ils regarderont le reste des matches à la maison sur les chaînes de télévision. Non, ce n’était pas un coup pour rien comme le disent certains  afin de minimiser cette victoire cousue de fil de maître sur le terrain. C’est le plus beau baroud d’honneur que puisse faire une équipe sortante prématurément de la Coupe du monde. Il fallait voir la tête que faisait Didier Deschamps après le but de Wahbi Khazri et la déroute des siens, son air de technicien surpris puis son inquiétude, sa précipitation même de faire entrer en catastrophe après une heure de jeu toute son armada offensive Mbappé, Dembélé, Griezmann et même Rabiot aux côtés de Tchouaméni dans son milieu de terrain qui prenait eau de toutes parts pour être convaincu de la qualité et de la grandeur de la prestation des Tunisiens. On attribuera à Jalel Kadri le mérite d’avoir su rectifier le tir même trop tard, réussi à panser rapidement les plaies du match contre l’Australie et à bâtir un collectif solide sur le plan physique et mental pour une réhabilitation digne et une victoire bonne pour le moral. On lui reconnaîtra d’avoir fait de ce match son match à lui en prenant les décisions les plus difficiles à prendre telle que de sortir de son plan de jeu l’incontournable capitaine Youssef Msakni, chose que n’a osé faire aucun sélectionneur avant lui. C’était un quitte ou double pour lui pour sauver ce qui peut l’être et ne pas rentrer lui et ses hommes après le premier tour, la tête basse.

Ce qui a changé

Jalel Kadri a confirmé l’affirmation d’Arsène Wenger qu’un entraîneur apprend tous les jours, qu’il se remet en question après chaque match. Il a bien retenu les enseignements et les leçons du dur et amer passage à côté de la plaque face à l’Australie. En corrigeant ses erreurs, en faisant les changements nécessaires dans son onze qui démarre, en optant pour un bloc plus compact pour donner plus d’équilibre au dispositif, en retrouvant les solutions-clés de l’efficacité offensive perdue lors des deux premières rencontres. Le maintien d’un axe défensif central à trois avec une rectification majeure qu’est le remplacement de Dylan Bronn par Nader Ghandri a été une réussite. Le choix de faire appel à deux latéraux à vocation offensive que sont Ali Mâaloul et surtout à un Wajdi Kechrida tout feu tout flamme pour se positionner et presser haut et être deux casse-têtes pour les joueurs de couloir adverses a été aussi un pari gagné et judicieux. La titularisation de Mohamed Ali Ben Romdhane comme demi avancé d’un cran pour soutenir le travail de projection constante vers l’avant et de l’attaque a porté ses fruits au niveau de l’animation offensive et a libéré la paire Aissa Laidouni-Elyès Skhiri qui n’a jamais été aussi performante dans la récupération et la relance comme en témoigne la dernière passe décisive pour Wahbi Khazri qui nous a donné le premier et seul but dans cette Coupe du monde. Et enfin, la carte gagnante aussi Wahbi Khazri jouée comme dernier joker pour sortir le compartiment offensif de son mutisme et donner de la profondeur et de la verticalité dans le jeu et dont le fruit a été un but de très belle facture suite à une percée rapide, quatre défenseurs français mis dans le vent d’un seul geste technique et une frappe bien croisée du plat du pied qui a laissé pantois le gardien Steve Mandanda. Elu homme du match, Wahbi Khazri a donné la bonne réponse sur terrain à sa frustration d’avoir été écarté pour le premier match face au Danemark et de n’avoir été sollicité que pendant 20 minutes en pleine tempête devant l’Australie. Il n’y a pas meilleur éloge flatteur et reconnaissance sincère et sans complaisance que ceux qui vous viennent du camp de votre adversaire même touché dans son amour-propre. Bixente Lizarazu, ancien champion du monde avec l’équipe de France et consultant football de renommée de TF1, a reconnu «le match remarquable des Tunisiens qui se sont bien défendus et qui ont fini par s’imposer avec un grand mérite». Bien sûr, il y a des regrets à ruminer pendant longtemps. Le premier de ces regrets est cet accident de parcours inopiné ineffaçable devant les surprenants Australiens qui nous a coûté très cher et qui ne nous a pas permis d’être aux anges après cet exploit. Puis viendra le temps d’analyser ce qui n’a pas fonctionné pour rentrer d’une sixième participation en Coupe du monde sans goûter les délices d’un passage au deuxième tour et de faire partie de la cour des grands. Dommage, car cette équipe de Tunisie avait eu une très belle occasion qu’elle a ratée de faire sensation et d’écrire l’un des plus beaux chapitres de son histoire.

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