Depuis l’Indépendance, la centralisation a caractérisé l’histoire politique et administrative de notre pays. Cette centralité aura permis de bâtir notre unité territoriale, linguistique et économique.

Les fondateurs de l’État tunisien moderne se battaient dans un même élan, pour unifier notre pays et consolider les attributs de la jeune République. Leurs efforts ont permis d’abolir les pratiques féodales, les rivalités tribales et ont abouti à l’harmonie religieuse. Puis vint la révolution de 2011 où la flamme de la décentralisation s’est imposée comme nouveau mode de gouvernance du pays. Dans l’enthousiasme général, on a cherché à accorder aux régions les moyens juridiques pour faire sauter les verrous qui entravent le décollage socioéconomique des villes intérieures bloquées par une centralité excessive.

Mais au lieu de parvenir à cet objectif noble au départ, on a assisté à une cacophonie politique et un conflit de pouvoir territorial qui ont fini par créer un écheveau de complexités qu’il est aujourd’hui très difficile de dénouer. Ainsi, les clivages entre les gouverneurs, représentants locaux de l’administration centrale, et les pouvoirs locaux investis par une légitimité électorale ont éclaté au grand jour. Les crises des conseils municipaux se sont vite multipliées et les démissions des maires sont légion. Le récent limogeage du maire de Bizerte par décret a suscité à cet effet une grande polémique qui fait florès sur la Toile entre défenseurs du pouvoir local et ceux qui appellent à un retour à la centralité.

Certes, en termes de droit, il faut reconnaître que le pouvoir local fut une avancée déterminante pour notre pays. Toutefois, il ne doit pas servir d’alibi pour démembrer l’État, faire vaciller ses structures de manière brutale en le dirigeant contre l’État et contre ses orientations stratégiques ou pour en faire un contre-pouvoir politique. Car la liberté locale est censée améliorer les conditions de vie des citoyens et leur quotidien en matière d’accès à l’école, à la santé, au bien-être collectif et non pas se pourfendre dans des questions politiques et diplomatiques. C’est pourquoi il faut chercher un meilleur équilibre entre pouvoir local et pouvoir central.

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