Une équipe sobre en défense mais pauvre en atouts d’attaque ne peut pas viser haut.

On ne peut pas sortir dès le premier tour de la Coupe du monde et afficher la satisfaction d’être sorti par la grande porte, la tête haute. Quand l’objectif principal était de passer au second tour, ça ne peut être, du point de vue résultat et bilan, qu’un échec. Cuisant même malgré le très bon match d’ouverture contre le Danemark et le succès magnifique sur la France dans le match de clôture de la phase de groupes. Même si la prestation remarquable et le match nul devant les Danois ne peuvent pas être considérés comme un superbe exploit après les deux défaites des hommes de Kasper Hjulmand devant la France et l’Australie. Tout comme les trois points du succès arrachés aux Bleus de Didier Deschamps n’autorisent pas à une euphorie démesurée, vu le manque d’enjeu dans ce match pour des Tricolores déjà qualifiés et qui en ont profité pour opérer de nombreux changements qui ont chamboulé leur dispositif et amoindri leur force de frappe en attaque durant plus d’une heure de jeu. Le bilan chiffré des trois rencontres jouées par la Tunisie peut paraître éloquent avec 4 points et un seul but encaissé. Mais ce bilan a été insuffisant pour le passage en huitièmes et n’a pas empêché ce retour à la maison dès le premier tour. C’est ça qui a été retenu en fin de compte et qui a presque gommé tous les points positifs de cette sixième participation en phase finale de la Coupe du monde.

Solides derrière mais fragiles devant

Les Tunisiens ont démarré du bon pied devant le Danemark avec un nul blanc grâce une bonne organisation défensive et à un jeu en bloc compact qui a pris de court la Dynamite danoise, l’a forcée au recul et à un jeu attentiste et prudent, mais aussi à laisser en veilleuse ses atouts offensifs. Les Aigles de Carthage ont su gérer la lourde pression d’avant-match, sont restés sereins et lucides et ont été présents et assez costauds dans les duels, ce qui leur a permis de prendre une mainmise tactique et un ascendant psychologique sur la partie. Avec une charnière centrale à trois en défense et une paire de demis défensifs axiaux, excellente dans la transition attaque-défense qui ferme, réduit les espaces et qui colle à cet axe central, nos adversaires n’ont pas pu jouer dans les intervalles, percer et pénétrer notre zone de vérité par les une – deux et les triangulations déstabilisantes face au but et ont été forcés à chercher le passage sur les côtés, ce qui a énormément réduit leur efficacité offensive. La meilleure formule de cette défense à trois qu’a confirmée le bon comportement devant l’armada offensive française est Montasser Talbi comme axial libre, Yassine Meriah et Nader Ghandri comme stoppeurs de garde et de couverture. S’il y a eu cafouillage et confusion au départ, c’était au niveau des latéraux qui devaient se positionner haut et bloquer les percées des ailiers adverses sur les couloirs. Mohamed Dräger et Ali Abdi n’ont pas tiré leur épingle du jeu dans leur boulot de joueurs de montées offensives et de surnombre en phase d’attaque. Et ce sont Wajdi Kechrida et Ali Mâaloul qui ont montré lors du troisième match contre la France qu’ ils ont le meilleur profil d’arrières latéraux modernes et complets qui peuvent se débrouiller aussi bien comme défenseurs, qui est leur première tâche, que comme ailiers de soutien qui est un plus qu’ils doivent apporter. Le même manque de lucidité dans le bon choix de la bonne formule au milieu de terrain a été aussi palpable avec l’hésitation à incorporer un troisième milieu à vocation offensive qui sait se projeter vers l’avant et constituer un attaquant de soutien et d’appui et est indispensable pour varier les percées et la création des opportunités de but dans les 16m50 de l’adversaire. Mohamed Ali Ben Romdhane a le meilleur profil de ce milieu qui fait venir le danger de derrière et Jalel Kadri n’a eu recours à cette option que lors de la troisième partie contre la France. Trop tard, car il fallait solliciter cet atout de poids et adopter cette formule plus équilibrée à l’entrejeu dès le deuxième match-clé de la qualification contre l’Australie. On aurait pu ainsi négocier de meilleure façon cette rencontre-piège après s’être emballés et avoir cédé à l’autosatisfaction et à une confiance démesurée suite au bon match d’ouverture contre le Danemark. Surtout qu’en attaque, on a des atouts, certes, mais pas d’attaquants d’exception qui peuvent gagner un match à eux seuls. Le secteur offensif a été ainsi bridé et nous n’avons réussi qu’à marquer un seul but en trois matches, ce qui est une maigre performance si on la compare à de nombreuses équipes comme le Cameroun, le Ghana, la Corée du Sud, de même calibre que nous, qui ont réussi des triplés en une seule partie. Pourtant sur le papier, les attaquants de pointe ne manquent pas. Issam Jebali, Taha Yassine Khénissi et Seifeddine Jaziri étaient dans le groupe, mais c’est plus un problème d’animation offensive que de finition. Les occasions de but étaient très rares et pas très nettes pour être facilement convertibles. Il n’y avait pas de meneur de jeu, de patron, de grand numéro 10 pour orchestrer les attaques placées ou en contres vu la baisse de forme de Youssef Msakni dans cette Coupe du monde, la dernière pour lui. Solides derrière mais assez fragiles devant, les Aigles de Carthage ne pouvaient pas faire mieux que ce qu’ils ont fait. Et c’est presque en toute logique qu’une sélection à court de gros arguments offensifs n’a pas pu passer le premier tour et a subi une nouvelle désillusion.

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