C’est par deux autoportraits—pratique courante chez les artistes de l’époque—que s’ouvre l’exposition consacrée par le Macam—Musée national d’art moderne et contemporain—aux deux artistes Hédi et Noureddine Khayachi, le père et le fils. Une exposition de superbe ampleur, retraçant tout un pan de l’Histoire de la Tunisie et de la peinture tunisienne, occupait les cimaises de ce jeune musée récemment ouvert et déjà fort actif.

Intelligemment structurée, l’exposition commence par la présentation d’une collection d’archives et documents nous introduisant au contexte de l’époque, ainsi que d’un mur de dessins nous initiant quant à lui à la technique des artistes.

La première salle est consacrée à Hédi Khayachi, peintre pionnier dans l’histoire des arts en Tunisie, relativement peu et mal connu, l’essentiel de son œuvre étant généralement peu accessible. Le magnifique hommage rendu lui donne sa juste place dans ce panthéon.

Celui qui fut le premier peintre tunisien professionnel est généralement entré dans l’histoire comme le peintre des beys. On découvre, dans cette exposition, qu’il ne fut pas uniquement cela. Peintre des princes, il était aussi celui du petit peuple, des garbajis, des tisseuses à l’ouvrage ou des bédouines préparant leur couscous. Ses paysages, ombrés, généralement noyés de brume, dénotent un certain regard : celui qui n’est pas ébloui par la lumière dans laquelle il a toujours baigné comme le seront les peintres européens de sa génération en découvrant son pays. Ses natures mortes s’inspirent des compositions flamandes, tout en étant intrinsèquement tunisiennes de par les fruits qui les composent.

La deuxième salle est consacrée à Noureddine Khayachi

On y a reconstitué son atelier, fidèlement préservé : sa palette, son chevalet, son luth, sa tasse de café. Et ce côté intimiste permet au spectateur de mieux appréhender l’artiste.

Dans cette exposition, on présente les portraits de famille de l’artiste, mais aussi de certains dignitaires. Une magnifique galerie de beys, s’inscrivant ainsi dans la lignée paternelle. Mais aussi et surtout des scènes de genre : cérémonies princières, mais également scènes populaires, intérieurs aristocratiques et marchés aux esclaves. Noureddine Khayachi se distingue par une totale maîtrise du clair-obscur dont il aimait nimber ses toiles.

Outre l’aspect artistique de ce double hommage, l’exposition présente un intérêt historique, retraçant un grand pan de la vie tunisienne sur deux générations, et ce, à un moment charnière de la vie d’une nation.   

Le musée l’accueille avec l’élégance d’une belle scénographie.

Charger plus d'articles
Charger plus par Alya HAMZA
Charger plus dans Culture

Laisser un commentaire