L’histoire de certains partis politiques et de leurs dirigeants est faite de leçons non retenues. Ils ont pris l’habitude de retomber à chaque fois dans leurs travers. On ne les voit pas, on ne les voit plus en finir avec cette incohérence qui a conduit le pays là où il est aujourd’hui.

L’on n’est pas censé ignorer, encore moins disconvenir, que le 25 juillet 2021 avait offert une bouffée d’air frais aux Tunisiens. Aujourd’hui, ces derniers savent parfaitement quelles sont les parties qui sont à l’origine de la profonde déstabilisation et dégénérescence de leur pays et qui s’étaient manifestées de manière assez nette, notamment tout le long du règne de la Troïka. Quand on y a goûté, on ne revient plus évidemment en arrière.

Pendant de longues années, la Tunisie a eu à subir les choix les plus contestés, les erreurs les plus cumulées, les principes les plus dilués et surtout les écarts de ceux qui, par aveuglément et par incompétence, se voyaient, et se voient encore toujours, plus forts et au-dessus de tout. Des années et des années où l’on avait servi  «la soupe» à la politique la plus dénaturée, la plus inconvenante. Celle de l’énigme, de la confusion et de l’impuissance.

Même profil, même reproduction

On ne peut avoir le beurre et l’argent du beurre et la politique n’est pas forcément ce que certains croient. Elle continuera toujours à refuser toute sorte de dividendes, même si le président d’Ennahdha, Rached Ghannouchi, reste nostalgique de la Constitution de 2014.

Dans un entretien accordé à la chaîne privée Zitouna TV, il se montre encore convaincu du fait que «seul le retour à la Constitution de 2014 pourrait sortir le pays de la crise actuelle». La solution qu’il préconise est «ferme, indiscutable et précise». Elle tourne autour de l’engagement d’un dialogue sur la base de trois conditions : «S’accorder sur le fait que le 25 juillet était un putsch, exclure le Président de la République du dialogue, étant donné qu’il constitue le problème et le mauvais cheval sur lequel il faut miser et, bien entendu, rétablir la Constitution de 2014».

S’adressant aux Tunisiens, il n’a pas manqué, comme à son habitude, de les appeler encore et toujours «aux sacrifices» (plus d’une décennie après la révolution !), renouvelant sa formule préférée, qu’il n’a jamais cessé, d’ailleurs, de répéter, «la liberté a un prix». 

Au-delà des jugements et des accusations qui se succèdent et qui se ressemblent, c’est l’impertinence, le manque de justesse et l’absence de bien-fondé dans les propos du président d’Ennahdha qui suscitent les interrogations. Comme à l’accoutumée, les dérapages d’aujourd’hui ressemblent énormément à ceux d’hier. Ils évoquent, comme toujours, la théorie de complot et une légitimité parlementaire que les Tunisiens ne semblent plus en convenir. 

Les propos de Ghannouchi ne sont pas loin de ce que tout le parti islamiste lui-même avait pris l’habitude de vouloir faire croire aux Tunisiens. Mêmes causes, mêmes effets. Et mêmes profils pour la même reproduction.

L’initiative de l’Ugtt, à travers laquelle Noureddine Taboubi assure pourtant que les appels à rectifier le tir ne signifient en aucun cas un retour à l’avant 25 juillet, a été en quelque sorte saluée par Ghannouchi, la considérant comme «inclusive et positive», tout en demeurant cependant convaincu du fait que «la Centrale syndicale avait tout de même commis une erreur en soutenant le 25 juillet».

Dans la panade générale, Ennahdha et son président essaient par tous les moyens de surnager, même à travers des discours contradictoires, ou encore en recourant à la politique du complot et en se revendiquant dans la peau de victimes. Mais c’est toujours la clairvoyance et la faculté de convaincre qui manquent.

Les bons politiques doivent être irréprochables pour prétendre donner des leçons, dénigrer les autres, ou encore imposer les conditions d’un éventuel dialogue national. Sur fond de polémique et d’accusations, la dernière apparition de Ghannouchi n’a pas laissé entrevoir de piste à creuser. Ses réponses manquent cruellement de réflexion. Il ne propose ni un modèle, ni une alternative qui rassemblent plus qu’ils divisent.

Finalement, que peut-on attendre de ces politiques qui, de par leurs discours et leurs prises de position, laissent rarement entrevoir un message conciliateur et fédérateur ?

Il  s’avère que les polémiques de plus en plus grandissantes sont en train de détruire le paysage politique, mais aussi tout ce qui l’entoure. Ses principaux acteurs en premier lieu…

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