En tournant le dos à la réforme des transports et des ports, la Tunisie se tire une balle dans le pied. C’est en tout cas ce que pense Tarak Cherif, président de la Conect, qui appelle à une action tous azimuts pour mener à bien les mesures de la nouvelle stratégie pour l’amélioration du climat des  affaires.

Rapidité, agilité et travail d’équipe, tels sont les mots clés qui ont ponctué l’intervention de Tarek Cherif, lors de l’atelier-débat qui a été consacré à la présentation de la stratégie nationale pour l’amélioration du climat des affaires. Pour le président de la Conect, le facteur temps est aujourd’hui décisif. En effet, pour gagner le pari des réformes, le gouvernement doit s’engager dans une course contre la montre du moment où la Tunisie traverse une situation financière grave et économique très difficile. “ J’ai attiré l’attention sur l’urgence de la situation. Car chaque jour et chaque heure qui passent — je vous assure — vont compter. On doit être conscient de l’urgence de la situation et mettre les bouchées doubles pour implémenter dans les meilleures conditions les mesures de réforme dans le cadre de cette stratégie”, a-t-il souligné dans une déclaration à La Presse.

Le suivi des réformes mais aussi le travail d’équipe sont aussi des conditions clés pour la réussite de la stratégie. “ Il faut organiser des séminaires au niveau des ministres pour faire le point sur l’état d’avancement des réformes et mettre en place une task force — à l’instar de l’Ites — qui relève de la présidence du gouvernement ou de la présidence de la République.  Maintenant que la stratégie est adoptée, il faut implémenter. Et pour ce faire, il faut qu’il y ait des gens sérieux qui font le suivi. C’est à ce moment-là que la Tunisie va être de nouveau attirante pour l’investissement national, mais aussi étranger”, a-t-il ajouté, en ce sens.

Reprendre le contrôle

La réforme est une tâche qui  n’est pas de tout repos. Cherif l’affirme et c’est pourquoi il appelle à ne pas baisser les bras face à la résistance au changement.

“Le pouvoir politique doit avoir une feuille de route claire et tenir les délais et les engagements. Il ne faut pas trouver des alibis pour ne pas avancer. Parce qu’il va y avoir de la résistance. Il y a des zones de confort pour beaucoup de gens et   des situations de monopole qu’on veut maintenir.  Beaucoup vont tout faire pour que ça ne marche pas, pour que ça n’avance pas. Mais  ça ne doit pas nous démotiver, au contraire, ça doit nous encourager à faire attention et à prendre toutes les dispositions pour que ça marche au mieux”, a-t-il fait savoir.

Le président de la Conect n’y est pas allé par quatre chemins pour faire part de ses inquiétudes quant à l’aboutissement de cette feuille de route. Car un échec serait synonyme de perte de crédibilité, ennemi tant redouté en ces temps de crise. “ Et si on ratait ce programme? C’est la question qu’on doit se poser.  Que va risquer  alors la Tunisie? La première conséquence, c’est qu’on va encore perdre en crédibilité et je crois que c’est la chose la plus importante. On ne décide pas d’être crédible, on construit la crédibilité.  Et la Tunisie est en train de perdre sa crédibilité. Faisons attention à cette crédibilité. Il faut aujourd’hui la récupérer”, a-t-il affirmé.

Activer l’Open Sky, réformer le secteur du transport

Accusant le corporatisme et la “perte de contrôle de ce qu’il a appelé certaines poches de la Tunisie” d’être à l’origine du déclin de la compétitivité de la Tunisie, Cherif a appelé à activer l’Open Sky, mais aussi à réformer les ports et  les transports aérien et maritime. “Nous avons de la compétitivité, mais celle-ci est altérée par certains corporatismes. Il ne faut pas qu’on le cache. Je ne comprends pas qu’on fasse ce programme et qu’on laisse encore des poches entières en Tunisie, qui, pour moi, ne sont pas sous contrôle, parce qu’elles ne tournent pas à la vitesse demandée par les opérateurs économiques. Pourquoi on évite de parler de ces poches? Il n’y a pas un pays qui peut se développer qui n’a pas la connectivité idéale ou avec  des aéroports qui sont fermés”, a-t-il asséné. Et d’ajouter “Personne n’est capable de me répondre sur l’Open Sky dans ce pays. On se fait mal tout seul. Pourquoi, au cours de la saison hivernale,  plusieurs hôtels restent quasi fermés ou vides accusant des pertes cumulées? Injecter l’argent que vous voulez dans la gazelle mais laissez-nous travailler. Et  les ports?   Comparez-vous aux  ports africains, c’est un support nécessaire,  si on ne l’a pas, on perd en compétitivité. Si on n’est pas capable de mettre fin à ces problèmes liés aux  ports et aéroports qui affectent la compétitivité et l’attractivité du pays, donnez au privé les autorisations nécessaires”. 

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