Les aînés des souks de la Médina gardent un moral d’acier, tandis que les plus jeunes déplorent les récents attentats et leurs répercussions sur leurs revenus quotidiens. Les artisans ont des fortunes diverses. A chacun son lot !


La visite, vendredi dernier dans les souks de Tunis, de M. René Trabelsi, ministre du Tourisme, n’est pas passée inaperçue. Les artisans ont salué le geste de compassion et le soutien moral de leur ministre et ont apprécié la démarche. C’est un signal fort et rassurant à l’endroit des artisans parmi les bijoutiers, les tailleurs ou les potiers du souk de la Médina de Tunis dont le moral est en berne.

Le ministre du Tourisme a tenu à faire remonter personnellement le moral des troupes suite à l’attentat perpétré jeudi 27 juin dans les environs des souks de l’artisanat et qui a causé la mort du jeune agent de la police  municipale, Mehdi Zemmali. Le kamikaze, qui s’est fait exploser pour créer un climat de peur et de tension, serait peut-être l’un des leurs. Une information qui n’a pas été confirmée par les artisans qui pensent que c’est avant tout un citoyen tunisien aux idées saugrenues.

Une manière de dissimuler la honte qui s’empare d’eux en pareille circonstance ? On a, ainsi, parcouru les artères de la Médina depuis la Porte de France jusqu’à la Kasbah pour connaître le ressentiment des artisans de la vieille Médina après la panique  jeudi dernier et s’ ils ont des craintes de voir leurs recettes commerciales baisser drastiquement suite à cet attentat-suicide. La haute saison touristique qui a démarré depuis le 1er juillet reste prometteuse à plusieurs égards. Les agences de voyages battent leur plein et aucun cas d’annulation de réservation depuis l’étranger n’est à signaler, ce qui est de bon augure.

Sur place, en pleine canicule, on ne s’empêche pas de constater combien les touristes sont là et bien là sur de nombreuses artères de la capitale qui mènent jusqu’au souk. On voit un groupe de touristes accompagnés par un guide touristique expressément jusqu’à la Porte de France, la place qui donne accès aux souks de la Médina de Tunis. Rassurant pour les artisans ? Sans doute même si, en les questionnant, leurs sentiments de générer de belles recettes à l’orée de la saison touristique contrastent.

Entre espoirs et désillusions

En parcourant l’allée pavée et ombragée qui mène jusqu’à la Kasbah, on est déjà accosté par les commerçants qui appellent les clients de la voix à venir jeter un coup d’œil sur les produits artisanaux exposés dans leurs boutiques.

Un bijoutier au regard inquisiteur implore le ciel et la terre que les ventes s’améliorent au fil de la journée ou de la semaine qui démarre doucettement. Un jeune marchand de bijoux grimace, une pointe de résignation dans la voix: «Il n’y a pas foule alors qu’à la même période de l’an dernier cela grouillait déjà». Le passage généralement obstrué est bizarrement fluide, en pleine chaleur à vrai dire. Plus loin, son compère bien plus âgé et chevronné, qui vend des articles de décor en argent, en bronze et en étain, ne désespère pas malgré le dernier acte terroriste. Il formule son opinion : «Je ne pense pas que cela va affecter notre activité qui est habituée à composer avec ce genre de situation. Le principal hic a trait au fait que les touristes scandinaves ou russes qui viennent ici ne sont pas dépensiers. Ils achètent peu ou pas du tout ! » Toutefois, il reste persuadé que le mal du pays provient des tiraillements politiques qui n’en finissent plus et des agitations parlementaires permanentes. Il poursuit son raisonnement: « Le peuple tunisien a compris le jeu des politiciens. Il ne faut pas continuer à le leurrer de la sorte».

L’attaque terroriste de jeudi dernier a déjà été reléguée aux oubliettes, la vie ayant repris progressivement son cours et les Tunisiens continuant à vivre comme si de rien n’était. Il termine en apothéose : « Les Tunisiens ont montré leur détermination, leur courage et leur cran à vaincre les terroristes où qu’ils soient». Il y a lieu de rappeler que l’activité artisanale a été durement frappée après la révolution du 14 janvier à cause de la crise touristique des années qui ont suivi. La reprise pour cette année 2019 est jugée d’un niveau appréciable avec l’espoir qu’elle drainera neuf millions de touristes jusqu’à son terme.

Toutefois, l’information sur les pays d’origine ou le niveau social du touriste qui pose ses petites valises au pays de Carthage et d’Hannibal a créé un sentiment d’amertume au sein des artisans. «Les temps ont crucialement changé», déplore un artisan nostalgique des années d’or de l’artisanat tunisien.

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