Les scènes de maltraitance, de violence physique et verbale à l’égard du cadre médical et paramédical sont monnaie courante dans les établissements hospitaliers publics.

Afin de pouvoir bien vivre, exercer une activité professionnelle tout en jouissant de toutes ses facultés physiques et mentales, les citoyens considèrent qu’il est primordial de bénéficier de bonnes prestations médicales afin de conserver et de rétablir sa santé. Or, ces objectifs ne sont pas encore atteints dans un gouvernorat comme celui de Kairouan, où les différents établissements sanitaires manquent cruellement de staff médical et paramédical, d’équipements de pointe, de spécialités et de médicaments. C’est ce qui explique les vives tensions sur le plan relationnel aussi bien à l’hôpital Ibn-El Jazzar que dans les 136 centres de soins de santé de base. D’ailleurs, en plus de tous les dispensaires, la consultation se fait une fois par semaine et le médecin généraliste doit ausculter une centaine de patients qui passent toute la journée ou presque dans de longues files d’attente. Ensuite, c’est à peine si le médecin les regarde se contentant de demander ce dont ils souffrent avant de prescrire les médicaments qu’ils doivent aller acheter. Le reste de la semaine, l’infirmier assure les premiers soins, prend la tension, fait des injections et contrôle le diabète. Et comme tous les dispensaires ne disposent ni d’ouvriers ni de gardien, c’est l’infirmier qui fait le ménage et qui affronte seul les agressions de certains individus qui veulent se procurer des calmants.
En outre, beaucoup de ces centres manquent de produits d’hygiène et de soins, d’eau, de draps et de couvertures. Puis, le matériel est souvent en panne, les lavabos sont cassés et les toilettes sont repoussantes, cela sans oublier l’environnement qui laisse à désirer avec ses poubelles, ses scorpions et ses reptiles.
Si on prend l’exemple du nouveau centre de soins de santé de base de Rouisset (délégation de Chebika), inauguré au mois de mars 2019 et qui a été réalisé pour un budget de 200.000D, au profit de 3.000 habitants, on constate avec regret qu’il n’est pas encore desservi en eau potable, ce qui oblige le cadre médical et paramédical à recourir à des citernes d’eau tractées… D’où un énorme problème au niveau de l’hygiène.
Par ailleurs, l’hôpital Ibn-El Jazzar souffre de beaucoup de défaillances et de carences dans les différents services, surtout celui des urgences qui reçoit plus de 200 patients par jour, soit 6.000 par mois.

Agressions physiques et verbales
D’où les scènes de maltraitance, de violence physique et verbale à l’égard du cadre médical et paramédical, puisque les malades, souvent dans un état de détresse et de vulnérabilité, trouvent qu’il y a beaucoup de laisser-aller et d’indifférence.
Résultat : les sit-in de protestation des médecins, des infirmiers et des employés sont de plus en plus fréquents, et ce, pour dénoncer les agressions récurrentes, et pour demander l’arrestation des agresseurs…
Ainsi, l’insécurité dans les établissements hospitaliers est un grand problème surtout avec l’augmentation des agressions ayant causé de graves blessures à des médecins, des arrêts de travail, des congés de longue durée et, surtout, le départ en coopération à l’étranger.
D’ailleurs, les établissements hospitaliers se vident petit à petit de leurs compétences.
Prenons l’exemple de la délégation de Haffouz qui ne compte actuellement que 4 médecins pour 60.000 habitants, alors que l’année dernière, il y en avait neuf. Et à l’hôpital de Hajeb El Ayoun, on souffre du manque de cadre médical, surtout que trois médecins sur les 9 exerçant sont en congé de longue durée.
En outre, l’ambulance du Smur n’a jamais été utilisée depuis son acquisition,il y a 2 ans, et cela faute de techniciens, ce qui prive des milliers de villageois habitant dans les zones reculées d’être secourus lors d’accidents à domicile, de crises cardiaques, d’accidents de la route, d’évanouissements, d’agressions ou de piqûres de scorpion.
Par ailleurs, les unités sécuritaires ont dû utiliser les gaz lacrymogènes à l’unité chirurgicale «Les Aghlabides», et ce, pour disperser les délinquants et les alcooliques venus se faire soigner de leurs blessures au service des urgences tout en semant la pagaille.
Evidemment, ces scènes très fréquentes incommodent les personnes âgées et les nourrissons.

Absence de capitonnage des murs et de détecteurs de fumée
Parmi les services très sollicités, mais qui connaissent certains problèmes, on pourrait évoquer celui de psychiatrie, dont la capacité d’accueil est de 34 lits, soit 0,02 lit pour mille habitants. En outre, le taux d’occupation global est de 90,28% et peut atteindre les 120% pour le pavillon hommes. En effet, l’aire géo-démographique du secteur de ce service comporte les gouvernorats de Kairouan, Kasserine et Gafsa avec une population totale de 1.400.000 habitants.
Pour ce qui est de la durée moyenne du séjour, elle est de 20,56 jours, due surtout à l’allongement du délai de recours aux soins, à la résistance au traitement neuroleptique conventionnel et au manque d’implication de la famille.
Par ailleurs, le taux de récidive et de réintégration atteint parfois les 40%, ce qui serait en rapport avec l’absence de structures intermédiaires, la mauvaise observance thérapeutique et la défaillance dans la prise en charge du patient en dehors de l’institution.
D’autre part, on enregistre parfois une détérioration de la qualité des soins des patients psychotiques hospitalisés, car ils sont contraints de sortir prématurément du service avant la guérison complète, en raison de l’absence d’une assistance sociale et de l’insuffisance de sécurité dans les chambres d’isolement qui manquent de détecteurs de fumée, de personnel et de capitonnage au niveau des murs.
Résultat : le manque de personnel d’année en année cause de fâcheux incidents en famille avec l’augmentation de meurtres, mais aussi dans les lieux publics où on se trouve parfois agressé par un individu qu’on n’a jamais connu !

Absence d’un service de néonatalogie
Le cadre médical et paramédical exerçant au sein du complexe de la maternité de l’hôpital Ibn-El Jazzar souhaiterait la création d’un service de néonatalogie, car lors du transfert des nouveau-nés pour les placer en couveuse au service de pédiatrie, et ce, sous la pluie ou par de fortes chaleurs, le médecin se trouve obligé de porter le nouveau-né dans ses bras et de traverser un terrain de fortune où les chiens errants font la loi… un grand risque et un vrai calvaire.
Il va sans dire que tous les établissements hospitaliers du gouvernorat de Kairouan doivent faire face à une demande de soins plus élevée en quantité, plus exigeante en qualité et à des coûts très élevés. Et pour limiter les scènes d’intimidation et d’agressions verbales et physiques, il faudrait penser à adapter des mesures de sécurité, surtout dans les services des urgences, renforcer les mesures de protection, en plaçant des caméras de surveillance, et en affectant des agents de sécurité tout en aménageant les salles d’attente.
En outre, tous les Kairouanais réclament le démarrage de la réalisation de l’hôpital universitaire Salman Ibn Abdelaziz, dont les études relatives à sa construction et à ses équipements traînent depuis plus de 3 ans à cause de certains lobbies qui veulent que Kairouan reste oubliée et dépendant de soins modernes situés dans d’autres régions tunisiennes.

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