Après la signature par le président Caïd Essebsi, vendredi dernier, du décret présidentiel portant convocation des électeurs, la balle du double scrutin –les législatives le 6 octobre et la présidentielle le 17 novembre prochains — est désormais dans le camp de l’Instance supérieure indépendante pour les élections, en termes de préparatifs logistiques, d’organisation des différentes étapes du processus, de formation des agents, etc. La longue période d’incertitudes sur le sort des élections ayant pris fin, les membres de l’Isie peuvent enfin bouger avec assurance et essayer même d’accélérer la cadence pour rattraper le temps perdu. Quelques jours plus tôt, le flou était total et aucune partie, partisane ou institutionnelle, ne pouvait s’engager à affirmer la tenue de ces élections dans les délais constitutionnels ou leur report à une date ultérieure. Hier, une réunion au siège de la présidence du gouvernement devait donner le tempo au marathon qui a démarré et qui va se prolonger jusqu’au mois de décembre 2019. Malgré les atermoiements et les incertitudes qui ont plombé pendant des mois la scène politique, sans oublier la cascade de démissions au sein de nombreux conseils municipaux et leur dissolution, l’Isie a toujours affiché son opposition au report des élections législatives et présidentielle et affirmé, par la voix de son président, Nabil baffoun, que « c’est une atteinte au processus démocratique ». Cette position claire et déterminée sera traduite concrètement dans les efforts considérables consentis, pendant de longs mois, jusqu’à faire du porte à porte partout dans les régions pour convaincre les réticents et les indécis, surtout parmi les jeunes, à s’inscrire sur le registre électoral. L’Instance pour les élections est allée chercher les électeurs même dans les prisons, « non sans difficultés d’ordre sécuritaire, juridique et logistique », avouera Nabil Baffoun. Le défi a été finalement relevé avec l’enregistrement d’un million 488 mille nouveaux électeurs, ce qui porte le réservoir électoral national à 7 millions 66 mille électeurs sur un potentiel de 8 millions, soit plus de 90%. Un travail titanesque dont le résultat attendu, du moins souhaité, est un fort taux de participation, indispensable à ces troisièmes élections appelées à consolider la transition démocratique et surtout à donner un premier coup de tamis dans la fourmilière des partis politiques, 219 aujourd’hui, un chiffre en hausse continue. Les conseils municipaux dissous devront attendre jusqu’après les élections pour procéder à leur réélection, d’autant que cette tâche s’est avérée contraignante et compromettante avec certains conseils dont celui du Bardo qui a tourné au bras de fer avec la présidente de la municipalité.

Des pressions sur l’Isie
L’adhésion générale autour de la mise en place de l’Isie, depuis sa création, provenant des pouvoirs publics, de la classe politique, des organisations nationales, des organisations non gouvernementales, n’a pas pu la préserver des tergiversations, des accusations de corruption et des rivalités intra-muros. La dernière en date, le recadrage du président sortant, Mohamed Tlili Mansri, par l’actuel président, Nabil Baffoun, qui a démenti la signature jeudi dernier du décret présidentiel portant convocation des électeurs, contrairement à ce qu’avait révélé Mansri aux médias. Un jeu d’ego dangereux dans le contexte de menaces terroristes de la semaine dernière et d’inquiétudes sur l’état de santé du chef de l’Etat suite à son hospitalisation et à la frayeur qu’elle a déclenchée au sein des élus et dirigeants politiques. La divergence a été relayée sur les réseaux sociaux et avait pris une telle ampleur que la signature du décret présidentiel qui a eu lieu le lendemain vendredi eut droit à un véritable cérémonial filmé et calculé au détail près pour ne laisser place à aucune faille et à aucune interprétation.
Le 22 juillet est la date officielle de dépôt des listes candidates aux législatives. Une étape cruciale du processus électoral mais qui suscite encore nombre d’interrogations. Si la signature du décret présidentiel convoquant les électeurs a installé définitivement le double scrutin de 2019 dans le processus électoral, elle ne met pas un terme à d’autres obstacles qui continuent d’entraver l’opération électorale dans son ensemble. C’est le cas du projet d’amendement de la loi électorale qui a finalement été adopté au forcing à l’ARP. Rien n’indique encore si ces amendements vont être validés par l’instance provisoire chargée du contrôle de la constitutionnalité des lois, laquelle a reçu plus de 40 recours déposés pour inconstitutionnalité du projet, et si le projet d’amendement va, dans l’étape suivante, être ratifié par le chef de l’Etat. Le projet gouvernemental qui a été adopté à la majorité parlementaire a, en effet, été fortement critiqué par une partie de la classe politique et de la société civile qui a accusé le chef du gouvernement de chercher à exclure un sérieux rival de la course électorale. Ce, au moment où d’autres parties accusent Nabil Karoui, notamment, patron de la chaîne TV Nessma, de manipulation politique. Une énième polémique qui agite la scène politique mais qui ne devrait pas impacter les élections, même si Baffoun avouait, hier, sur Shems fm, l’existence de pressions exercées sur l’Isie à propos de ce projet d’amendement, ajoutant que « l’Instance a toujours fait face à des pressions, que ça continue et que ses membres savent comment composer avec ces pressions ». Aux dernières nouvelles de sources proches et concordantes, le projet gouvernemental d’amendement de la loi électorale devrait être avalisé mais après l’introduction de quelques modifications souhaitées même par des parties votantes. L’Isie doit à présent se préparer à composer avec l’affaire du niqab qui ne doit pas être toléré dans les bureaux de vote. « Ce n’est pas nouveau pour l’Isie, dans tous les bureaux de vote, il y a des fonctionnaires femmes qui vérifient l’identité des citoyennes intégralement voilées », précise encore le président de l’Isie.

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