Beaucoup plus que la qualification pour les quarts de finale au détriment du Ghana, un mastodonte du football africain, ce fut la manière et l’esprit avec lesquels notre équipe nationale a évolué. On en redemande !

Comme par enchantement, l’équipe nationale s’est totalement métamorphosée avant-hier devant le Ghana dans leur duel des huitièmes de finale de cette CAN 2019, truffée de rebondissements et de paradoxes.
Certes, on s’attendait à une réaction des nôtres après leur pâle figure affichée lors du premier tour ponctué de trois nuls fades et insipides, mais de là à nous régaler d’une prestation exceptionnelle, cela relevait de l’optimisme exagéré quand même !
Tous les Tunisiens retenaient leur souffle avant ce duel redouté avec le bourreau traditionnel de notre sélection et dissimulaient mal leur peur de voir la Tunisie subir le même sort que celui de l’Egypte et du Maroc, qui ont pourtant réussi un premier tour sans la moindre faille avec neuf points à la clé.
Tout le monde était prêt à se résigner et à admettre que la Tunisie était plutôt près de la porte de sortie nettement plus que de réussir un grand coup face au quadruple champion d’Afrique, que l’on qualifiait jadis de «Brésil du Continent Noir».

Rassurés dès l’entame du match
Seulement, la Tunisie, tel un phénix, va renaître de ses cendres et se rebiffer d’une belle manière face au Ghana en faisant fi de l’avantage historique et de la notoriété de l’adversaire qui compte dans ses rangs d’énormes «Black Stars», comme les frères Ayew, Gian Asamoha, Mubarak Wakaso, Thomas Partey (Atlético Madrid), Acquah (Empoli/Italie), Kwando Asamoah (Inter de Milan) et la liste est longue.
Tous, on redoutait d’être cueillis à froid par ce redoutable adversaire, mais grande et très agréable fut notre surprise lorsqu’on a vu nos joueurs imposer leur style et leur rythme dès les premiers abords.
Malgré cela, on craignait qu’il ne s’agissait que d’un simple sursaut d’orgueil pour tenter de présenter un beau visage et de faire oublier le décevant premier tour.
Ce ne fut nullement le cas car la Tunisie a joué d’égal à égal avec le Ghana, dont le visage des joueurs, notamment le capitaine André Ayew, affichait une criarde peur de rater le coche devant cette «énigmatique» Tunisie qui leur a montré des vertes et des pas mûres tout au long du match.
La rapidité du rythme, la bonne progression avec le ballon et la création d’un bon nombre d’occasions n’étaient plus l’apanage du Ghana, l’un des fleurons du football africain. C’est que, coup pour coup, la Tunisie s’est montrée à la fois efficace en défense, mais surtout très inspirée sur le plan offensif grâce au rendement généreux de Msakni, Khénissi, Khazri, Sliti et consorts.

Giresse s’inspire de Valcareggi
En résumé, la Tunisie s’était nettement libérée de tous ses défauts et ses handicaps de tout ordre dans ce match. Elle va même ouvrir la marque grâce à Khénissi (73’) suite à une belle action menée par Khazri et Kechrida. Elle va même gagner la rencontre aux tirs au but (5-4) après l’égalisation du Ghana (90’+1’).
Mais ce qu’il y a lieu de retenir après ce huitième de finale qui a éloquemment blanchi les joueurs et leur coach qui se sont réconciliés avec tous les Tunisiens sans exception, ce fut la manière de jouer. Celle d’une grande équipe capable de postuler pour le titre continental sans la moindre prétention.
Sans trop entrer dans les détails des analyses technico-tactiques qui ne sont, souvent, que littérature, on ne peut pas passer outre un détail très important. Le fait saillant de ce match historique: la solution trouvée au problème Khazri-Msakni. Eh bien, nous ne pouvons que saluer le courage de Giresse de faire jouer nos deux meilleurs joueurs en alternance (ou presque).
Ainsi, il semble que Giresse a trouvé la bonne alchimie, consistant à confier la «direction» des opérations offensives à Msakni dans un premier temps, puis à Khazri qui fut incorporé à la 68’. «Trop de bien nuit», cette expression sied bien à la situation de l’équipe nationale sur ce point précis. Cela nous rappelle une situation historiquement et mondialement semblable, celle de l’incompatibilité des meilleurs produits du football italien Sandro Mazzola et Gianni Rivera dans les années 1970. Ferruccio Valcareggi, l’illustre entraîneur national d’Italie à l’époque, était souvent contraint à ne pas les aligner ensemble car il était convaincu que, pour conduire un bateau à bon port, il faut un seul capitaine. C’est parfois cruel, mais c’est comme ça qu’il faut faire !
Amor BACCAR

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