Si certains valeureux candidats au bac ont rendu heureux les leurs et tracé leur avenir, d’autres ont échoué sans pouvoir supporter le poids du déboire au point de se donner la mort. Triste et révoltant.
Les épreuves du baccalauréat national touchent à leur fin avec la proclamation des résultats de la session de contrôle  le 13 juillet prochain. Cette session donne une dernière chance aux candidats  juste en-dessous de la moyenne afin de se rattraper sur la moyenne pour éviter de redoubler. La session de rattrapage du baccalauréat s’est achevée la semaine dernière après quatre jours consécutifs d’examens.

Au-delà de la lecture des taux de réussite qui sont plus faibles qu’auparavant dans l’ensemble, des cas exceptionnels émergent du lot. Certains bacheliers ont frôlé la perfection avec une moyenne qui tend vers l’excellence notamment grâce à des matières littéraires (philosophie) ou scientifiques ; d’autres bacheliers avec de très mauvaises moyennes sont plus répandus puisque le taux de réussite au tour principal est de 31,6%.

Parmi les lauréats, on retient la performance de la lauréate de la section lettres à Nabeul qui a obtenu 20 /20 en philosophie. Une autre lauréate brillante, de la section sciences expérimentales à Béja, a obtenu des résultats similaires. La joie et la liesse ont envahi le foyer familial de ces lauréates qui ont retenti de youyous de bonheur.

Le refus de l’échec : un candidat se suicide

De l’autre côté du miroir, d’autres candidats ont littéralement sombré à la proclamation des résultats qui ont annoncé leur échec à cet examen national. Parfois de façon radicale et extrême. Un bachelier n’a pas hésité à se donner la mort à cause du harcèlement qu’il a subi de la part de son entourage et du sentiment de honte dissimulé. Les réussites et les échecs sont devenus extrêmes désormais.

Naguère, on avait des taux de près de 60 % de réussite jusqu’aux années 2000, ce qui reflétait un meilleur tableau d’ensemble. Cependant, ce n’est plus le cas aujourd’hui et notamment depuis la révolution tunisienne, sans doute avec les difficultés que traverse depuis lors l’enseignement scolaire. De nouveaux taux de réussite malheureusement très bas autour de 33 à 35 % ont été atteints. Pourtant, certaines voix syndicales de l’enseignement secondaire affirment que les professeurs ont accompli convenablement leur mission et que l’année s’est terminée en beauté.  Malgré les grèves et les interruptions au cours de l’année scolaire.

De nouvelles mesures et difficultés liées au déroulement du baccalauréat notamment la supression des 25% de la moyenne dans la note du bac poussent des élèves à renoncer, cernés entre l’échec scolaire, l’abandon scolaire ou le harcèlement.

Le déroulement de l’examen pendant un mois chargé de tension  et de stress notamment avec la canicule pose parfois des problèmes de préparation mentale qui ne sont pas spécialement pris en compte, planifiés, organisés avant les échéances du baccalauréat. Des répercussions négatives sur les résultats de certains bacheliers se font sentir car l’examen du baccalauréat blanc qui sert de préparation ne suffit pas pour mettre dans les meilleures conditions les candidats du baccalauréat.

Il faudrait trouver d’autres solutions à l’avenir pour améliorer les conditions de déroulement du bac notamment dans le cercle familial avec moins de pression et de harcèlement. Les résultats sont très hétérogènes puisqu’on trouve des bacheliers qui ont même des notes de 20 sur 20 en philosophie et d’autres bacheliers qui ont lamentablement échoué préférant se suicider dans un ultime geste de désespoir.

Ainsi, à Barraket Essahel, il y a de cela deux semaines, un candidat ayant appris son échec au baccalauréat a mis fin à ses jours après la lecture du SMS sans prendre la peine de vérifier s’il comportait une erreur.  La façon dont il est arrivé à le faire dénote la fragilité mentale de certains candidats parfois mal évaluée. Il n’y a pas de préparation mentale ou d’approche psychologique des parents ou éducateurs envers certains candidats «fragiles» qui ont le trac durant les épreuves.

Pourtant, de nombreuses personnes brillantes et des célébrités internationales parmi les écrivains, comédiens, acteurs ou animateurs de télévision n’ont jamais eu leur bac. Ne pas avoir le bac n’est pas la fin du monde. Le bac n’est pas une fin en soi dans la vie mais seulement l’aboutissement d’un long parcours scolaire du cycle primaire au secondaire. Un tremplin pour l’université. Un passeport pour la réussite dans les domaines scientifiques et économiques de façon générale.

Il y a une vie sans le bac !

Pour ceux qui n’ont pas obtenu le bac cette année, il suffira d’attendre l’an prochain pour l’avoir, voire une année supplémentaire sans craquer. On a vu des élèves appartenant à une famille dont tous les membres sont brillants sans exception et qui, pourtant, échouent à l’examen du baccalauréat  à cause de l’angoisse ou du trac. De manière générale, on n’a pas tous les mêmes chances de réussite dans la vie. Il n’y a pas de honte à avoir à redoubler une année mais à condition de se remettre en question pour savoir ce qui n’a pas marché et rectifier le tir.

Si on tient compte des stars du showbizz qui n’ont pas eu le bac en poche mais qui ont une sacrée dose de talent, il y en a un paquet. Le grand couturier Jean-Paul Gaultier, le comédien Jamel Debbouze ou le footballeur Zidane n’ont pas eu leur bac. Mais ils ont compensé de la plus belle des manières en faisant émerger leur talent de cinéaste ou de musicien ou de sportif. Ne pas obtenir le diplôme de fin d’études secondaires ne doit pas être une fatalité. Il y a de nombreuses voies vers une vie meilleure. Les élèves tunisiens doivent se délester de leur complexe dû à l’échec scolaire pour trouver une nouvelle voie. Celle de la réussite et du succès sur une autre scène de la vie et du monde : théâtre, musique, sport, cinéma, littérature, gastronomie…

(Photo : Salma Guizani)

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