Ils ont dit

 

Ahmed Karam: ancien président de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers

« La décision de l’agence Moody’s d’abaisser la note souveraine de la Tunisie de Caa1 à Caa2 est un choc, mais qui est attendu. La faillite de l’Etat est possible si les réformes nécessaires ne sont pas mises en place. Une situation de laquelle nous sommes proches. Il est nécessaire d’appliquer les recommandations de Moody’s, car la situation actuelle aura des effets néfastes sur l’énergie et sur l’importation de marchandises et de services, ainsi que sur le dinar tunisien. il est possible que la Tunisie perde la confiance des institutions et des bailleurs de fonds, ce qui impactera négativement le stock de devises nécessaire au paiement des dettes du pays. Il faut entamer les réformes nécessaires pour dépasser cette situation et éviter le pire ».

Ridha Chkoundali: professeur universitaire

« Le rapport de la Banque centrale de Tunisie, rendu public le vendredi 28 avril, comporte des indicateurs très graves. Ce rapport est très important et comporte d’excellents détails, mais aussi des chiffres alarmants… Quatre  points importants figurent dans ce rapport. Le premier point concerne l’augmentation du volume de la dette publique de l’Etat, sans tenir compte des dettes des institutions publiques, qui a augmenté  de 9 milliards de dinars, passant de 115 milliards de dinars en 2022 à 124 milliards de dinars en 2023. J’estime que c’est un chiffre effrayant, qui appelle à une accélération, soit de l’obtention de l’accord définitif du FMI, une option qui ouvrirait les portes aux pays qui veulent aider la Tunisie, ou bien de la préparation d’un programme alternatif. Une deuxième option qui dépendra principalement de l’amélioration des sources de devises.

Quant au deuxième point, il est représenté par la diminution significative de la liquidité des banques tunisiennes d’un montant global de 6 milliards de dinars, ce qui signifie qu’il est difficile pour l’Etat de continuer à obtenir des prêts de la part des banques tunisiennes. C’est le secteur privé qui va payer cher la facture, notamment les petites et moyennes entreprises qui ont besoin des financements nécessaires. Le troisième  point  concerne la dépréciation du dinar tunisien de 2,88%. Il s’agit d’un point auquel il faut être vigilant car cela va engendrer une inflation ressentie par les Tunisiens et aura des répercussions négatives sur la compétitivité des entreprises tunisiennes, qui supportent des surcoûts sur leurs équipements importés de l’étranger. Quant au quatrième point, il est représenté par les obligations de l’Etat tunisien à l’intérieur et à l’extérieur, mais la situation demeure relativement confortable jusqu’à la fin du troisième trimestre. A partir du mois d’octobre, l’Etat aurait de lourdes obligations, notamment l’emprunt obligataire de 500 millions d’euros à rembourser et le financement de quatre milliards de dinars nécessaires à la clôture de son budget pour l’année 2023. Par conséquent, il devient nécessaire, soit d’avoir une approbation définitive de la part du FMI, soit un programme alternatif qui fournit à la Tunisie des quantités importantes de devises. Dans le cas contraire, les réserves en devises vont baisser et le dinar tunisien va se déprécier encore plus, ce qui menace la paix sociale. Cela peut briser la confiance entre les banques et leurs clients, à l’instar de ce qui s’est passé au Liban. Je propose un programme alternatif et j’ai déjà présenté un programme avec quatre axes principaux. Il semble que le président de la République a vraiment choisi l’axe le plus important, en mettant le secteur du phosphate en termes de production et de transport sous le commandement de l’Armée nationale… pour ce qui est des transferts des Tunisiens à l’étranger, dont les revenus dépassaient les revenus du secteur du tourisme, il faut les encourager à ouvrir des comptes en devises, à un taux d’intérêt élevé. Il faut penser à réduire temporairement, pour une période de 4 ou 5 ans, le ratio performance-bénéfice pour les établissements entièrement exportateurs, le considérant comme une lourde charge pour ces établissements. J’ai déjà proposé une quatrième piste qui consiste à accorder une amnistie fiscale totale pour la devise qui circule sur le marché noir afin de faire sortir le pays de la crise.

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