Pour son démarrage, le Festival international de Hammamet a offert à son public un bond théâtral dans le temps : des spectateurs venus nombreux, en présence du ministre des Affaires cultuelles, M. Mohamed Zine Al Abidine, de Mme Saloua Khiari, gouverneur de Nabeul, et d’ambassadeurs.

Scruter à la loupe notre passé pour mieux cerner notre présent houleux, tel est l’objectif de la création scénique «Messages de liberté» texte d’Ezzedine Madani et mise en scène par Hafedh Khalifa, présentée, en première dans la nuit du 10 juillet 2019.
Des décors rustiques, traditionnels, qu’on a l’habitude de voir dans un théâtre classique, un texte en arabe pesant, riche en lexique ancien et une panoplie d’acteurs de théâtre—un peu plus d’une quinzaine—se sont emparés de la scène du théâtre de Hammamet. L’œuvre théâtrale laisse d’emblée sous entendre qu’il s’agira d’un hymne à une liberté, à vrai dire, jamais totalement acquise par ce peuple secoué, imprégné par les aléas de son Histoire riche : d’une période à une autre, au gré de nombreuses civilisations qui ont traversé la Tunisie, une pierre vient enrichir le patrimoine culturel de son peuple, finalement multiculturel et millénaire, et ce, à travers des siècles, jusqu’à nos jours. Un parallélisme entre passé et présent est activé sur deux heures.
Cette ouverture théâtrale, aux faux airs d’une tragicomédie musicale, à la scénographie imposante, relate une période délicate, glissante de l’histoire de la Tunisie, riche de son passé religieux, sectaire, et politiquement instable : en effet, depuis des lustres, religion et politique n’ont jamais fait bon ménage, et la pièce nous le décortique, en suivant la création d’un mouvement ancien populaire qui aspirait à une liberté et qui finit par déclencher une révolution, aussitôt avortée et confisquée par des individus qui possèdent un certain pouvoir et qui sont peu scrupuleux, et peu consciencieux. On assiste à la naissance d’un Etat certes, mais aussitôt démoli par des fanatiques et les sacrifices des martyrs avec.


Vous l’aurez compris, il s’agit d’un scénario d’actualité, fidèle à la réalité : la création interroge des situations similaires dans des règnes historiques, qui venaient tout juste de se créer et met en relief la résistance, et ses révolutionnaires qui se battaient pour conscientiser un peuple et le sensibiliser à la lutte pour ses libertés, en usant des premières réflexions à avoir si un peuple aspire à vivre dans une démocratie plus juste. Le pouvoir, l’Etat, la collusion Etat-religion, les fanatiques religieux qui luttent pour l’instauration d’un Etat religieux, dénués de toute forme de liberté, qui dissipent toute culture ou formation démocratique naissante dans une nation fragilisée, en cours de construction. Cette succession de « Messages de liberté » revient sur des évènements du passé pour mieux aborder le présent. Une recherche historique importante a eu lieu pour pouvoir concrétiser ce travail y compris sur le plan lexique et vocabulaire arabe. De nombreux spectateurs on critiqué l’aspect classique, archaïque de la création, peu captivant, et pas du tout contemporain, sur le plan de la mise en scène, du texte, des costumes et ont salué par ailleurs presque à l’unanimité un jeu d’acteurs globalement bons. Tout ce qu’on a vu défiler sur scène reste sujet à des interprétations personnelles diverses.

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