Poursuivre des études en médecine et pratiquer le football au sein d’un grand club comme l’Espérance, tout en faisant partie de la lignée des grands joueurs de son époque et de l’équipe nationale, n’est nullement donné à tout le monde.Ces quelques mots de prélude résument en gros la carrière de l’international «sang et or» des années 50 et 60 Rached Meddeb qui n’est autre que l’aîné de la fratrie Rached, Afif et Raouf qui ont tous porté le maillot du doyen des clubs tunisiens. Rencontre.

Quand on est issu du quartier populaire de «Hammam Rémimi», qui se trouve à quelques encablures de Bab Souika, on ne peut porter dans son cœur que l’amour de l’Espérance Sportive de Tunis et être ardemment animé par le désir de porter son maillot un jour. Ce fut là le rêve exaucé de Rached qui fêtera ses quatre-vingt ans l’année prochaine, bien que personne ne peut lui donner plus de cinquante-cinq ans d’âge tellement il est bien conservé. Cela s’explique sûrement par l’alliance entre le sport et la médecine qui ont accaparé sa vie.
Et Rached de nous en dire davantage : «En effet, en même temps que le football, mes études ont toujours figuré parmi les priorités de ma vie. Bien qu’en fin de compte, ce sont les études qui ont été priviligiées. C’est que je me devais d’obtempérer aux conseils et recommandations de feu mon père qui nous a d’ailleurs bien guidés dans notre vie. Moi j’ai fini par devenir médecin dentiste et mon frère cadet, Afif, qui a évolué un certain temps comme arrière droit à l’EST était devenu gynécologue en France.
Quant au benjamin Raouf il vit depuis très longtemps à Barcelone. Mais cela ne nous a jamais empêchés d’être des mordus de football que nous avons pratiqué dans tous les terrains vagues de la capitale parfois en même temps qu’au sein de l’Espérance».

«Hédi Jemaïel et Kristic, quels grands hommes!»
Rached Meddeb est né à Tunis en 1940 et c’est en 1954 à l’âge de quatorze ans qu’il va rejoindre l’Espérance dans la catégorie des minimes. Il a rapidement grimpé les échelons pour faire partie précocement de la catégorie des séniors à l’âge de 18 ans. Et en 1959, à l’âge de 19 ans, il est déjà international aux côtés de Chedly Laâouini, Noureddine Diwa, Khaled Gharbi, Abdelmajid Chetali, Taoufik Ben Othmen, Mohieddine Sghaïer, Mohamed Salah Jedidi et tant d’autres illustres footballeurs de son époque. «Avec Brahim Kerrit, Moncef Chérif et les noms ci-haut cités, j’ai fait partie de l’équipe nationale qui a joué contre l’Italie au mois de mai 1959 à Reggio Calabria. C’était l’époque des débuts de l’équipe nationale d’après-Indépendance».
Rached Meddeb évoluait au poste d’attaquant de pointe et parfois de celui d’inter (milieu). C’était un joueur complet doté d’une technique raffinée. Et il doit son talent à plusieurs entraîneurs qui, selon lui, ont marqué de leur empreinte l’histoire du football tunisien. «Je dois ma toute première initiation aux règles du football à un entraîneur de renom à La Marsa qui est feu Hédi Jemaïel. C’était un entraîneur exemplaire qui a formé des centaines de jeunes footballeurs. Après lui c’est le grand entraîneur serbe (ex-Yougoslavie), Milan Kristic, qui, avec André Nagy, restent parmi les meilleurs qui ont exercé en Tunisie. Avec lui, c’est la rigueur tactique, la bonne préparation physique et surtout le discipline qui étaient toujours les maîtres-mots à l’entraînement. Ces gens-là on ne peut jamais les effacer de son esprit. Ce sont de vraies icônes. Avec eux, il y avait également Hachemi Cherif, Cheikh Drawa, l’Algérien qui a joué à l’Espérance avant de devenir entraîneur au grand savoir-faire.

Une brève expérience à Montpellier
La carrière de Rached Meddeb aurait pu être plus fulgurante s’il s’était consacré exclusivement au football.
«Il ne vous échappe pas que les études en médecine exigent beaucoup d’assiduité pour être réussies. De plus c’est à Montpellier que je les ai faites au début des années soixante. Et c’est pour cela que malgré une certaine notoriété acquise à l’Espérance et en équipe nationale, ma carrière était souvent entrecoupée. Mais mon amour pour le football m’a poussé à vivre une brève expérience avec le club professionnel de Montpellier.
Seulement les exigences du professionnalisme marquées surtout par la double-séance quotidienne d’entraînement m’empêchaient de concilier les études et les entraînements».

«Nous devons beaucoup aux joueurs du FLN»
D’ailleurs, Dr Rached Meddeb va jouer le dernier match de sa carrière saccadée en 1964 contre le Club Sportif d’Hammam-Lif. Et depuis, il est resté l’un des fervents supporters de l’Espérance et de l’équipe nationale dont il suit toujours le parcours avec le même intérêt qu’il leur a sans cesse réservé.
A la question de savoir comment il avait vécu la finale de la CAN organisée à Tunis en 1964 et ratée devant le Ghana (2-3), Rached Meddeb précise : «A l’époque j’étais à Montpellier. Bien évidemment, je venais juste de clôturer ma carrière de joueur international (1959-1963) et cela m’a beaucoup peiné. Il faut dire que la Tunisie n’était pas encore prête pour l’aventure africaine. On comptait certes dans nos rangs d’énormes footballeurs à l’image de Noureddine Diwa, Chetali, Jédidi, etc. mais il nous manquait ce petit quelque chose qui devait nous transcender très haut. Et en parlant de l’équipe nationale je ne peux pas occulter un fait saillant dans son histoire : celui du séjour «forcé» de toute l’équipe d’Algérie représentative du FLN (Front de libération nationale) qui s’était étalé sur la période allant de 1958 à 1961.
C’est à cette grande équipe algérienne qui regorgeait de footballeurs talentueux à l’instar de Rachid Makhloufi, Mustapha Zitouni, Brahimi, Bouchach et tant d’autres que notre sélection doit son premier grand apprentissage technico-tactique.
Pour entretenir sa forme, l’équipe du FLN s’entaînait très souvent avec la nôtre dans le cadre de matches de sparring-partners. Au début c’était des scores fleuves qu’on essuyait (8-0, 6-1, etc.) face à ces ténors algériens. Mais à la fin de son séjour en Tunisie, l’équipe algérienne gagnait sur des scores étriqués ou se faisait accrocher par la nôtre. A mon avis, c’etait la première période d’aguerrissement de nos internationaux sur le plan arabe et africain».
Et ce n’est donc pas un hasard si l’Algérie et la Tunisie ont atteint un stade très avancé dans l’actuelle CAN d’Egypte. «Effectivement, conclut Rached Meddeb, je suis épaté par le visage présenté par nos deux équipes nationales. Ça met du baume au cœur».
Entretien conduit par Amor BACCAR

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