• Sous le patronage du chef du gouvernement, Youssef Chahed, une conférence nationale a été tenue, hier, sous le thème «Les séniors et les retraités : des compétences au service de la patrie», une occasion pour mettre sous les projecteurs la situation de ces acteurs sociaux, souvent oubliés, et les mécanismes à même de les réintégrer dans les cercles
de la vie active.
• Un conseil ministériel restreint attendu dans les prochains jours pour examiner la situation des séniors et des rétraités.

L’espérance de vie à la naissance en Tunisie est, actuellement, à hauteur de 75 ans, elle devrait atteindre les 79 ans à l’horizon 2024, de quoi s’attendre à un accroissement du nombre des retraités en Tunisie. Intégrer ces acteurs dans la vie active et dans les circuits de productivité demeure, ainsi, un choix stratégique. C’est dans ce cadre qu’a été tenue la conférence nationale sur la situation des séniors et des retraités, organisée par le ministère des Affaires sociales et celui de la Femme, de la famille, de l’enfance et des séniors.
A cet effet, le chef du gouvernement a fait savoir que cette conférence sera suivie d’un Conseil ministériel restreint pour revenir sur la situation des séniors et des retraités en vue «d’exploiter cette richesse nationale et la réintégrer dans le cercle de la vie active».
En effet, le chef du gouvernement a misé sur la nécessité d’exploiter ces compétences tunisiennes, parties à la retraite, notamment dans l’encadrement des jeunes, car selon ses dires, ce ne sont pas les opportunités de financement qui manquent pour promouvoir l’entrepreneuriat, mais ce sont plutôt les mécanismes d’encadrement et de coaching. «En Tunisie, le point faible dans le domaine de l’entrepreneuriat est l’encadrement des jeunes et il est urgent de valoriser les compétences des retraités à cet effet, car l’Etat tunisien a besoin d’eux», a-t-il souligné, mettant l’accent sur l’importance de promouvoir une vie active après la retraite. Youssef Chahed a également noté que son gouvernement a déjà pris plusieurs mesures au profit de cette catégorie d’âge, rappelant que les pensions de retraite ont été majorées de 18% dans le secteur privé durant les trois dernières années.
Inaugurant cette conférence, le ministre des Affaires sociales, Mohamed Trabelsi, a assuré que la situation des séniors et des retraités constitue une priorité pour le gouvernement dans la mesure où ils constituent un réservoir national de compétences qui devrait être exploité». Dans ce sens, le ministre a critiqué l’image sombre qui s’est progressivement construite autour du retraité tunisien «comme étant un individu inactif» ce qui, selon ses dires, ne reflète en aucun cas la réalité de ces acteurs sociaux. «Les retraités sont une mine de compétence et d’expérience, les marginaliser est synonyme de perte d’une richesse nationale», a-t-il estimé, soulignant l’importance de mettre en place une stratégie nationale pour rendre la retraite «un pont vers une vie meilleure».
Pour sa part, la ministre la Femme, de la famille, de l’enfance et des séniors, Naziha Laâbidi, a annoncé que son département œuvre actuellement à mettre en place des stratégies pour valoriser les retraités outre l’élaboration de programmes avec différents intervenants en vue de promouvoir ces compétences en les faisant rencontrer avec des organisations internationales. A cet effet, Laâbidi a appelé les différents établissements privés et publics et sociétés à mettre en place des programmes pour préparer leurs personnels et les habiliter à entamer cette phase de leur vie.
La retraite active et les moyens d’occuper les retraités pendant leur temps libre était au cœur de cette conférence. D’ailleurs plusieurs intervenants ont proposé des solutions à même de faire sortir certains retraités de leur isolement. Car en effet, bien accueillie ou subie, partir à la retraite marque un tournant dans la vie de ces personnes, pouvant présenter certains risques, dont notamment l’isolement et la déprime. C’est en tout cas ce qu’ont souligné plusieurs spécialistes et académiciens en psychologie et en sociologie présents lors du débat. «Pour éviter ces risques, il est important de maintenir ou reconstruire un tissu social avec sa famille, ses anciens collègues, ses amis, ses voisins de quartier…, sans oublier également le rôle de l’Etat qui devra déployer davantage d’efforts au profit de cette catégorie sociale», ont-ils recommandé.

Quel avenir pour les retraités ?
Présentant une étude intitulée «Quel avenir pour les retraités en Tunisie ?», le chercheur universitaire Lassaâd Laâbidi a appelé à la mise en place de stratégies nationales concrètes en vue de valoriser les retraités tunisiens au vu de l’accroissement prévu durant les prochaines années de leur nombre. Car, actuellement, la Tunisie compte plus de 800 mille retraités mais leur nombre devrait atteindre un million deux mille en 2024. En effet, si selon ce chercheur la priorité est de mettre en place des programmes pour l’intégration de ces acteurs sociaux dans la vie active, c’est parce que, selon ses dires, un grand nombre de ces retraités rencontrent de très grandes difficultés économiques, sociales et psychologiques.
Quant à Slaheddine Ben Feraj, sociologue et chercheur universitaire, il a estimé que partir à la retraire constitue un «phénomène social total» étant donné qu’il touche aux différents aspects de la vie des retraités. Pour lui, la retraite est considérée comme une rupture dans la mesure où elle rompt avec le travail, non seulement comme étant une source de revenus, mais surtout une source de liens sociaux et de repères quotidiens.
A noter que plusieurs ateliers ont été organisés dans le cadre de cette conférence nationale portant notamment sur la situation des retraités et les mécanismes de leur intégration dans la vie active, outre les services de soins et de couverture sociale.

22% de la population en 2041

Le taux des personnes âgées de 60 ans et plus atteindra 22,6% en 2041, contre 11,4% en 2014, donnant lieu ainsi, pour la première fois en Tunisie, à une égalité des taux des personnes âgées (60 ans et plus) et des enfants (moins de 15 ans), a estimé, hier Lassad Laâbidi, expert en sociologie de gériatrie et du service social.
Le nombre des personnes âgées de 60 ans et plus en Tunisie connaîtra, au cours des prochaines années, une augmentation continue , passant de 14,1% de la population globale en 2021 à 18,2% en 2031 et à 20% en 2036, a-t-il affirmé.
L’expert a évoqué l’augmentation du taux des retraités en Tunisie, soit 50% de la population générale, ce qui aura des répercussions sur le marché de l’emploi et les régimes de la sécurité sociale, ainsi que sur la cohésion sociale. Il a appelé à ce propos, à adopter une approche objective pour l’analyse de cette question.
Laâbidi a appelé à promouvoir la culture d’une retraite active loin des stéréotypes afin de protéger le retraité des différentes maladies. Il a, dans ce même ordre d’idées, exhorté les institutions publiques à élaborer des programmes de préparation à la retraite et à adopter la règle de la retraite progressive, lors des deux dernières années avant le départ définitif à la retraite, outre la création de conseils de retraités auprès des autorités locales.

Charger plus d'articles
Charger plus par Mohamed Khalil JELASSI
Charger plus dans à la une

Laisser un commentaire