De l’agriculteur à l’État, en passant par les structures professionnelles, tout le monde a sa part de responsabilité dans la crise qui secoue le secteur des céréales

Il suffit d’une bonne saison agricole pour que tout le système s’écroule. La preuve nous a été donnée à plusieurs reprises à l’occasion de la production de lait. On a vu, alors, nos agriculteurs déverser des centaines de litres de ce produit à même le sol.
Il en a été de même des œufs, des volailles et de la surproduction dans beaucoup d’autres domaines.  En fin de printemps il était question des fruits et de l’interdiction de les exporter sans autorisation, à l’instar de la grande production d’abricots et l’incapacité de l’écouler à des prix qui satisfassent les agriculteurs.
La difficulté de gérer l’abondance semble s’ériger en règle alors que d’un autre côté on ne manque pas de se plaindre à la moindre pénurie. Ces derniers jours, la crise touche à un secteur des plus vitaux, à savoir celui des céréales. On assiste, en effet, à l’une des meilleures récoltes jamais enregistrées : environ 20 millions de quintaux. Contre 14 millions l’année dernière. Au lieu de s’en réjouir, nos agriculteurs ont commencé à râler et à critiquer les autorités. Mais personne ne songe à voir la réalité en face. Cette incapacité à affronter cette conjoncture est collective. Il ne faudrait pas l’imputer à une partie plutôt qu’à une autre. De l’agriculteur à l’État en passant par les structures professionnelles, tout le monde a sa part de responsabilité dans la crise qui secoue le secteur des céréales. Le fait qu’on n’ait pas pu réagir comme il faut à cette abondance montre un manque de prévoyance et d’organisation. Car à bien y voir, on constaterait que même nos anciens agriculteurs avaient, toujours, en tête tous les scénarios possibles. Ceux de la crise et ceux de l’abondance. Pour ce dernier cas, ils se préparaient en enfouissant le surplus sous terre de façon à ce qu’il soit bien conservé et soit récupérable en temps voulu.

Parer au plus urgent
L’incapacité de collecter, d’ensiler les quantités récoltées trahit, bien plus, une flagrante impréparation de toutes les parties. L’État, en premier, qui a le monopole dans ce secteur aurait dû assurer les circuits de collecte, de réception et de transport de la récolte. L’impact positif de cette bonne saison est quasiment annulé en raison de cette impréparation. Quand on ajoute à cela les autres problèmes comme les incendies on comprend bien les véritables enjeux. On estime les pertes subies à cause de ce fléau à 2 millions de quintaux. Or, avec les prévisions pour cette année en matière d’importation, on pense que nous pouvons parvenir à économiser près de 200 milliards de nos millimes. On sait, justement, que notre consommation en cette matière se situe autour de 30 millions de quintaux. Le déficit qui aurait pu assurer notre autosuffisance alimentaire situerait autour de 8 à 10 millions de quintaux.
En tout état de cause, la recherche de solutions à cette crise n’a pas été probante. Certes, on a eu recours à près d’une trentaine de véhicules militaires pour transporter quelques chargements de céréales. La Sncft, pour sa part, est revenue au-devant de la scène. Après une longue absence, elle s’investit, de nouveau, dans le transport des céréales. A cet effet, elle vient même de renforcer son parc par l’acquisition de 60 nouveaux wagons destinés, justement, au transport de ces produits. Une dérogation spéciale a également été accordée aux transporteurs privés pour livrer d’autres quantités aux centres ou aux meuneries. Mais ce sont toujours des solutions conjoncturelles et de circonstances.
On ne devrait plus retomber dans de tels pièges et vivre à chaque bonne moisson les angoisses et les pressions. On ne devrait pas revivre pour la énième fois ces situations où notre blé reste entassé à même le sol ou dans des sacs entreposés dans des gares. On se rappelle que durant une saison d’abondance dans les années 1980, on avait vu le blé pousser dans les sacs mêmes !
Pour le moment, il n’est pas question de pointer telle ou telle partie mais de parer au plus urgent. C’est-à-dire trouver les réponses adéquates à toutes les problématiques que rencontrent les différents intervenants. Car, il serait facile d’accuser l’autre et de lui faire endosser la responsabilité. Le producteur céréalier a rempli sa mission en menant sa culture à bon terme. Au reste de la chaîne de continuer la tâche qui lui incombe.
En effet, la responsabilité dans ce domaine est donc partagée. La recherche d’une solution est, avant tout, collective. Ce n’est que par ce biais que l’on pourra sortir de l’impasse avec le moins de dommages possible.
L’absence d’un plan d’urgence dans cette étape servira de leçon pour les prochaines échéances. D’ores et déjà, toutes les parties (autorités, organisations professionnelles, agriculteurs…) sont appelés à se préparer à de telles éventualités. On doit être capable de faire face aussi bien aux situations critiques qu’aux situations exceptionnelles de surproduction. Sinon il y a risque que le producteur soit démotivé et s’éloigne du secteur de la céréaliculture.

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