Etalages anarchiques et zone de non-droit

Editorial La Presse

Une campagne est menée depuis le 9 septembre contre les étalages qui occupent illégalement les trottoirs du centre-ville de Tunis. Les places et rues visées sont parmi les plus commerçantes et fréquentées de la capitale. Sans chercher à justifier ce qui relève de toute façon de leurs attributions, les pouvoirs publics ont expliqué qu’ils veulent rétablir l’ordre, la tranquillité publique et l’équité dans le commerce. En effet, en occupant la rue de la sorte, les vendeurs ambulants ont installé avec eux l’insécurité, l’insalubrité et fait du tort aux magasins littéralement dissimulés derrière et fortement pénalisés par un commerce informel invasif et agressif.

Envahie par les étals et par les stands des fripiers, intouchables et unis, la capitale est devenue un vaste marché de bric et de broc. Les étalages et les charrettes en bois des vendeurs ambulants charriant ordures et désordre, outre la vétusté des équipements urbains et l’incivilité des gens, des bidonvilles se sont installés au cœur de Tunis. Cet illégalisme rampant menace également le consommateur, puisque par définition, il se situe en marge des contrôles, en dehors de l’ordre étatique, avec ses produits périmés, l’absence de contrôle qualité et de traçabilité.

Face à l’inertie ambiante, ce sont donc les caïds qui avaient pris possession de la rue. Il était impossible de s’installer sur une des rues marchandes les plus en vue sans payer une dîme à ces nouveaux maîtres des lieux. Progressivement, l’Etat s’est retiré de ces zones devenues de non-droit. Et même si de temps à autre, dans un sursaut d’autorité, les services de la ville, appuyés par les forces de l’ordre, délogeaient les vendeurs à la sauvette. Agiles et rompus à l’exercice, ceux-ci revenaient dès que le dernier agent avait le dos tourné.

S’ils étaient présents avant 2011, les étalages anarchiques ont explosé après. Leur ampleur est toujours le signe de l’affaiblissement de l’Etat et d’un rapport de force en faveur de ces activités interlopes, entre la survie et l’illicite. C’est pourquoi l’action de démantèlement est importante, témoignant d’une reprise en main rigoureuse de l’Etat. Pour éviter maintenant le retour du désordre, il ne suffi t pas d’avoir désarmé les caïds. Il faut penser à ceux, nombreux, qui ont fait du commerce ambulant une activité de survie. Ceux-là méritent des solutions de remplacement ou tout autre forme d’inclusion dans l’économie. Et cela va des formations rapides à de petits métiers à l’aménagement d’espaces fermés où ils seraient regroupés. Pour avoir le mérite d’être définitive, la solution sera multifactorielle ou ne sera pas.

>>Lire aussi: Etalages anarchiques dans l’espace public : Le jeu du chat et de la souris !

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