Les leçons non retenues de l’histoire

Editorial La Presse

Quand l’histoire se répète. La cause palestinienne a toujours servi de prétextes aux dirigeants arabes pour asseoir leur pouvoir, pour gagner en légitimité populaire et historique, depuis le drame originel de 1948. La guerre qui fait rage en ce moment en Palestine ne déroge pas à la règle. Des formations politiques qui ont très peu d’impact et d’activités sur la scène publique nationale ont sauté sur l’occasion pour se repositionner. D’où des appels à tout-va.

Et comme d’habitude, c’est l’occasion pour laisser se déployer une surenchère vaine, puérile et lassante. Les uns appellent à renvoyer des ambassadeurs ?! Ceux là-mêmes dont les pays sont les partenaires proches et solides de la Tunisie. D’autres appellent à changer les noms des avenues et des rues du pays ?! D’autres à criminaliser la normalisation, sans préciser en quoi cela consiste vraiment, en matière de fondement, de dispositions et de règlements d’application. Montesquieu n’écrit-il pas dans l’Esprit des lois que «la loi ne doit pas contenir d’expressions vagues».

A travers les appels à manifester, des slogans ont même ciblé le pouvoir en place, l’accusant de tiédeur dans ses prises de position. Alors que la Tunisie, peuple et décideurs, n’a jamais été aussi déterminée dans son soutien aux Palestiniens ni aussi engagée sur la scène diplomatique.

Le plus dur, nous avons l’impression que les leçons de l’histoire n’ont pas été tirées comme il le faut. L’on se souvient des promesses tonitruantes lancées par les dirigeants arabes lors de la guerre des Six-Jours, marquée par un échec cuisant et par la perte de nouvelles terres palestiniennes. Après la Nakba de 1948, ce fut donc la Naksa de 1967.

Moralité, les guerres ne se gagnent ni par les slogans ni par les arrêts de cours aux campus ni par le renvoi des ambassadeurs de pays amis, même si nous ne sommes pas d’accord avec eux — parce qu’au final, c’est la Tunisie qui sera la grande perdante —, mais par le biais de stratégies élaborées intelligemment et avec pragmatisme, en mesurant froidement le rapport de force. Le boycott des enseignes qui ont affiché leur soutien inconditionnel à Israël, la collecte de dons par les autorités institutionnelles et les organisations accréditées, les manifestations dans les plus grandes villes du monde et l’activisme sur les réseaux sociaux,  ont commencé, à l’évidence, à porter concrètement leurs fruits.

Jamais la cause palestinienne n’a autant interpellé. Des influenceurs de toutes les nationalités et dans toutes les langues ont mis à nu le génocide qui est en train de se perpétrer sous les yeux de l’humanité, si ce mot a encore un sens. La vibrante et poignante chanson suédoise «Leve Palestina» (vive la Palestine) est entonnée dans le monde entier.

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