Jusqu’où ira l’impuissance arabe ?

Editorial La Presse

 

LES événements tragiques à Gaza et cette héroïque résistance palestinienne devant le génocide perpétré par l’armée sioniste ont, entre autres, mis au jour l’impuissance des pays arabes en premier lieu. Aucun poids, aucune solidarité effective hormis celle des peuples et de quelques régimes, et surtout une désespérante inefficacité et indifférence qu’on a pu remarquer lors de la dernière réunion arabo-islamique en Arabie Saoudite. Où est passée la solidarité entre pays membres de la Ligue arabe qui a dormi pendant des semaines avant de se rappeler qu’un peuple arabe est en train d’être exterminé sous les yeux du monde entier ? Les années passent et la balance géopolitique, dans le giron officiel arabe, se penche doucement en faveur de l’ennemi sioniste. On est passé d’une Ligue arabe qui soumet ses fameux « trois non » en 1967 à une ligue arabe qui propose à Israël une offre de paix sur la base d’un Etat palestinien sur les territoires occupés en 1967 (quelques jours après, Israël a envahi Jénine et assiégé Yasser Arafat), à une Ligue arabe qui se contente pour la énième fois de dénoncer timidement les crimes atroces des Israéliens en 2023. On en est arrivé à une situation où les pays arabes qui boycottent l’Eta hébreu se font minoritaires devant ceux qui ont normalisé ou qui s’apprêtent à le faire.   

Que peuvent  faire les pays arabes ? Par leurs lourds investissements dans les pays influents, notamment les USA, à travers le pétrole, le gaz, leur poids géopolitique, leurs intérêts complexes avec l’Occident, leur lobbying, les pays arabes pouvaient empêcher les sionistes de franchir encore et encore toutes les lignes rouges. Les Palestiniens n’ont pas demandé à ces pays arabes de mobiliser leurs armées ou qu’ils leur fournissent des armes ou de l’argent (une époque révolue avec les vrais leaders décédés), ils ont juste demandé que le passage de Rafah fonctionne normalement et que l’on puisse acheminer les aides à temps et en quantités suffisantes. Est-ce impossible ? Il s’avère que la majorité des régimes arabes ne veulent plus de la cause palestinienne et qu’ils ont changé de boussole. L’insignifiante et morbide Ligue arabe est l’illustration fidèle de cette impuissance arabe. La Palestine ne concerne plus les pays arabes, et tant mieux, parce que des pays islamiques d’Asie et des Etats d’Amérique du sud ont agi avec plus d’honneur et de sens de l’humain. C’est un virage malheureux mais fatidique, et l’Histoire retiendra que cette impuissance, même dans le camp palestinien (attitude sournoise de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbes), est devenue une politique délibérée et non un simple signe de faiblesse.

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